Sept-Îles, l'espoir

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Pierre Foglia
La Presse

Je vous devine tournés vers Copenhague comme mon ami Abdel Khadir ben Couscous qui se tourne vers La Mecque, tous les midis. Vous serez déçus, je le crains. Il n'arrivera rien à Copenhague. Vont faire semblant de s'entendre pour 2050. Seront morts et vous aussi.

Pour des vraies raisons d'espérer, regardez plutôt vers Sept-Îles.

Ces 24 médecins debout. S'il doit arriver quelque chose d'ici 2050, ce sera par des gens comme eux. Par des gestes comme le leur.

Rappel des faits. Devant l'imminente ouverture d'une mine d'uranium sur le territoire de Sept-Îles (le projet du lac Kachiwiss), une vingtaine de médecins du CSSS local ont adressé publiquement une lettre au ministre de la Santé pour l'informer de leur volonté de quitter la région si le gouvernement du Québec n'adoptait pas un moratoire sur l'exploitation des mines d'uranium.

C'était il y a deux semaines. Depuis, la société minière a indiqué qu'elle laissait tomber son projet,invoquant la faiblesse du marché de l'uranium.

D'abord traités avec circonspection, les médecins démissionnaires ont rapidement reçu l'appui du maire de Sept-Îles, de la Chambre de commerce de Sept-Îles et surtout de la population, plus de 1000 personnes à une manifestation l'autre week-end.

Pour ce qui est du gouvernement du Québec, son attitude est plus trouble et pour cause. Le directeur de la Santé publique, le Dr Alain Poirier, s'est dépêché d'aller éteindre le feu à Sept-Îles. S'en est suivie la formation d'un-comité-de-travail-qui-évaluera-les-risques- qu'entraîne-l'exploitation-des-mines-d'uranium.

Petit problème: cette même direction de la Santé publique a statué en janvier 2009 que l'exploitation des mines d'uranium n'entraîne aucun risque pour la santé publique. La direction de la Santé publique peut-elle revoir son jugement? Bien sûr. Mais il ne faudrait pas que le cours de l'uranium remonte.

Combien de fois ai-je écrit dans cette chronique que ce qui me fatigue, avec la Santé publique, n'est pas tant la société aseptisée et à risque nul qu'elle cherche à nous imposer à travers ses diktats sur la bouffe, sur la sécurité et le reste; ce qui me fatigue, c'est sa systématique frilosité quand il s'agit d'évaluer les risques qu'entraînent les pollutions industrielles, les liens à faire par exemple entre les taux de cancer et la présence des alumineries dans une région donnée.

Le cholestérol, wouache. Une piscine pas de clôture autour: cri-mi-nel. En ski pas de casque: ir-res-pon-sable.

Mais les résidus radioactifs sur le bord de la 138, ah ben là, n'exagérez pas, voulez-vous! Êtes-vous certains qu'ils sont radioactifs?

En tout cas, 22 géologues et ingénieurs des mines viennent de déclarer que non, ils ne sont pas radioactifs. Ils accusent les médecins démissionnaires de Sept-Îles de désinformation.

Ils nous désinformeraient pourquoi, ces médecins? Ce ne sont pas des politiciens qui ont à se faire réélire. Pas des ingénieurs ou des géologues qui vivent de la mine. Pas des carriéristes. S'ils l'étaient, ils ne seraient pas pneumologues à Sept-Îles. Pas des écologistes. Pas des idéologues. Des médecins. Engagés dans leur communauté et qui se sont dit: c'est pas vrai, sacrament, on va pas fermer nos gueules; c'est pas vrai, on va pas se ramasser avec le plus haut taux de mortalité de la province chez les travailleurs de 50 ans. Cette saloperie de mine d'uranium n'aura pas lieu.

Je vous devine tournés vers Copenhague.

Pour des raisons d'espérer, regardez donc plutôt vers Sept-Îles.

L'autre jour aussi je parlais d'écologie. De nombreux lecteurs n'ont pas vu que c'était une chronique pour rire. Il y a toutes sortes de rires pour toutes sortes de gens: des rires fins-finauds pour les fins-finauds; des rires noirs pour les méchants; Luchini pour les intellos; des rires absurdes pour ne pas pleurer; mais dans tous les cas, je sais maintenant qu'il vaut mieux avertir avant. Attention, c'est pour rire. Attention, Festival de l'humour. Attention, Martin Matte. Comme ça les gens peuvent se mettre «en état de rire».

Cette phrase dans le texte: Il faut faire entrer l'écologie dans le capitalisme sans l'encombrer, sans le remettre en question. Sans le ralentir. Comment? En s'assurant qu'aucune mesure ne mettra un frein au développement, c'est-à-dire à notre capacité de produire et de consommer. Cette phrase, si tu ne dis pas avant, attention, Festival de l'humour devant, sur dix lecteurs, quatre vont te traiter de salaud. Quatre autres vont te féliciter: Enfin, t'as compris! Et il y en a deux qui rient mais qui ne t'écrivent pas. Ils devraient, parce qu'à ce moment-là, t'es un peu désespéré.

Mais il est possible aussi que je me trompe du tout au tout, que ce n'est pas que le rire qui est cause ici, mais bien l'écologie. Les gens ne peuvent pas deviner que c'est une joke parce que précisément, ils ne sont pas si loin de penser qu'il faut faire entrer l'écologie dans le capitalisme sans le déranger.

C'était bien une joke. Je peux vous la raconter autrement, si vous voulez: une fois c't'un gars qui s'en allait à Copenhague...

Parlant de blague, celle qui suit m'a été inspirée par un lecteur. C'est une lettre au père Noël. Cher père Noël, c'est pour te rappeler que cette année tu m'as pris un de mes auteurs favoris, John Updike; tu m'as pris un des mes anthropologues favoris, Claude Lévi-Strauss; tu m'as pris un de mes meilleurs amis, Pierre Gobeil; tu m'as pris un de mes chanteurs favoris, Alain Bashung; tu m'a pris un de mes polémistes favoris, Pierre Falardeau. Je ne te reproche rien, père Noël. C'est juste que je me demandais si tu savais que Stephen Harper, actuellement à Copenhague, est un de mes politiciens favoris...




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