Le match de la rupture

Selon notre chroniqueur Philippe Cantin, la pitoyable performance... (Photo Greg M. Cooper, USA Today Sports)

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Selon notre chroniqueur Philippe Cantin, la pitoyable performance du Canadien mercredi à Boston a provoqué une rupture entre l'organisations et les partisans de l'équipe.

Photo Greg M. Cooper, USA Today Sports

Le Canadien n'a pas seulement perdu un match, mercredi, à Boston. Sa performance pitoyable a aussi provoqué une rupture entre l'organisation et les fans. Il suffit d'écouter les commentaires des gens dans les conversations de la vie quotidienne ou les analyses des commentateurs sur les ondes sportives pour le comprendre. Ce triste spectacle a achevé de briser un lien de confiance déjà fragilisé par cette saison désastreuse.

Dans un affrontement émotivement significatif pour Claude Julien, son retour au TD Garden après son congédiement par les Bruins l'hiver dernier, ses joueurs ont montré toutes leurs limites, sur le plan du talent comme celui de l'engagement. On a vu une équipe mollassonne et désintéressée.

C'était franchement absurde d'entendre Max Pacioretty expliquer encore une fois que ses coéquipiers et lui devaient absolument faire mieux. Le message du coach passe-t-il encore ? Difficile à dire. Mais on sait que les appels du capitaine ne sont pas entendus.

À l'évidence, dans ce vestiaire dénué de passion et de leadership, peu de joueurs croient encore à la possibilité de participer aux séries éliminatoires. Après la décevante saison 2015-2016, marquée par la longue absence du gardien-vedette, Geoff Molson et Marc Bergevin ont assuré qu'ils avaient tiré les bonnes leçons de cette expérience.

Résultat, ils ont échangé P.K. Subban, le joueur le plus populaire de l'équipe, et un défenseur bâti sur mesure pour la LNH d'aujourd'hui. Sa personnalité exubérante, sa vie pleine à l'extérieur de la patinoire et son désir d'assumer son individualité dans un sport conservateur où les joueurs doivent la fondre dans le collectif ne convenaient pas à l'organisation.

Cette transaction a sans doute assaini l'ambiance dans le vestiaire et réjoui le DG, mais elle a surtout enlevé beaucoup d'énergie et de créativité au Canadien. Avec ses nombreux « leaders silencieux », l'équipe est fade comme jamais.

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Dans ce contexte, comment Marc Bergevin peut-il encore incarner l'espoir ? Qui, à part Geoff Molson, le croit réellement capable de renverser la tendance lourde des trois dernières saisons ?

Lorsque le Canadien sera officiellement exclu des séries éliminatoires, cela signifiera que l'équipe n'aura disputé qu'une seule série éliminatoire en trois ans. M. Molson devra renouveler son discours pour nous convaincre que Bergevin demeure l'homme de la situation.

Pas sûr que nous offrir des statistiques sur les performances de l'équipe depuis l'entrée en poste du DG, comme il l'a fait après le mauvais début de saison, convaincra beaucoup de monde.

En octobre dernier, après l'éprouvant séjour du Canadien en Californie, M. Molson a répondu aux questions d'un collègue et moi. Confiant dans la capacité de rebond de son équipe, il a lancé : « À l'interne, on sent notre potentiel de gagner. On a une très bonne équipe. » Il a ensuite ajouté : « On se reparlera après 60 matchs », manière de marquer sa confiance : la situation s'améliorerait d'ici là.

Le Canadien a maintenant disputé 46 matchs, et le virement de cap espéré par M. Molson ne s'est pas concrétisé. Cela diminuera-t-il sa confiance envers son équipe de direction ? Continuera-t-il à « acheter » leur discours ?

Celui-ci est essentiellement basé sur deux axes. Le premier, très défensif, repose sur les difficultés d'obtenir du succès. Bergevin le répète souvent : c'est difficile de réaliser des transactions, c'est difficile - sinon impossible - d'obtenir un bon joueur de centre, c'est difficile de composer avec le plafond salarial, c'est difficile d'évaluer avec assurance de jeunes joueurs admissibles au repêchage, une fois les premiers choisis.

Bergevin a raison : c'est en effet difficile. Mais il est bien payé pour relever ce défi et inscrire son nom dans le groupe des meilleurs DG. Des postes de hautes responsabilités qui sont faciles, je n'en connais pas. Des industries qui ne proposent pas à leurs gestionnaires des difficultés particulières, je n'en connais pas. Et des entreprises qui n'ont pas à lutter avec la concurrence, à moins de profiter d'un monopole d'État, je n'en connais pas.

Pourtant, à force d'écouter Bergevin, on a l'impression qu'il est le seul vice-président d'une entreprise importante à se retrouver dans cette situation.

Cela met en doute sa capacité à composer avec cette pression, malgré un atout dont rêvent plusieurs autres DG : un budget généreux, qui lui permet de verser le maximum autorisé en salaires aux joueurs, en plus de s'entourer de nombreux adjoints et recruteurs.

Le deuxième axe du discours de Bergevin s'appuie sur la perspective de jours meilleurs. Évoquant les noms d'Arturri Lehkonen, Charles Hudon, Nikita Scherbak, Victor Mete et Charlie Lindgren, il a lancé, en dressant son bilan de mi-saison plus tôt ce mois-ci : « On a des jeunes qui poussent et qui s'améliorent ». Prudent, il a ensuite évoqué un concept commode, la « parité » de la LNH, pour dire qu'il ne pouvait faire de promesses sur le rendement futur de l'équipe.

Bonne idée. Parce que le noyau d'espoirs du CH est moins convaincant que Bergevin le laisse entendre. Et l'avenir ne s'annonce pas rose.

***

M. Molson assure que Bergevin a un plan. Espérons qu'il soit plus solide et cohérent que le rêve d'embaucher John Tavares, si celui-ci profite de son autonomie. Oui, l'arrivée de ce centre de haut niveau serait une nouvelle extraordinaire. Mais compter là-dessus n'est pas un plan. C'est miser sur un coup de dés chanceux.

Le bilan de Bergevin n'est pas impressionnant depuis trois ans. On a l'impression qu'il croit encore à un principe qu'il a lui-même élevé en dogme : avec Carey Price, tout est possible.

On le sait aujourd'hui : un gardien d'exception ne transforme pas à lui seul un club ordinaire en équipe de pointe. Le hockey de la LNH a changé, et le Canadien ne s'est pas adapté à la nouvelle réalité.

Geoff Molson croit encore en Bergevin, mais la plupart des amateurs ne partagent plus sa foi envers le DG. Le propriétaire-président devra en prendre acte. Peu importe le secteur d'activité, être à l'écoute des clients est une priorité. Une fois le lien de confiance rompu, il faut beaucoup de travail pour le reconstruire.




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