Félix à l'Université Federer

Félix Auger-Aliassime n'a que 17 ans et ses chances... (Photo Ben Curtis, archives Associated Press)

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Félix Auger-Aliassime n'a que 17 ans et ses chances de connaître une grande carrière sont excellentes. Mais rien n'est joué, écrit notre chroniqueur.

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C'était l'été dernier, au tournoi de la Coupe Rogers, à Montréal. Autour d'une table, Félix Auger-Aliassime et son entraîneur Guillaume Marx discutent avec Roger Federer, qui donne idées et conseils. La conversation dure une heure et demie, un moment privilégié pour le jeune Québécois.

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Sylvain Bruneau, entraîneur de l'équipe canadienne de la Coupe Fed

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Guillaume Marx est l'entraîneur de Félix Auger-Aliassime.... (Photo Hugo-Sébastien Aubert, Archives La Presse) - image 1.1

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Guillaume Marx est l'entraîneur de Félix Auger-Aliassime.

Photo Hugo-Sébastien Aubert, Archives La Presse

On pourrait penser que la garde rapprochée d'Auger-Aliassime a travaillé fort pour obtenir cette rencontre. Après tout, quel espoir ne voudrait pas bavarder avec le meilleur joueur de l'histoire ? En fait, c'est plutôt l'inverse qui s'est produit. Federer souhaitait s'entretenir avec lui. Étonnant ? Pas du tout, selon ceux qui connaissent le champion suisse.

« Federer est un véritable mordu du tennis, explique Marx. Il s'intéresse aux résultats jusque dans les petites catégories. C'est assez hallucinant. Il connaît les noms de ceux qui percent, regarde des vidéos de leurs matchs et veut les rencontrer. C'est pourquoi il tenait à parler avec Félix. Et l'entretien s'est bien déroulé. »

Eugène Lapierre, le grand patron de la Coupe Rogers, ajoute : « Federer est un maniaque de tennis. Son agent Tony Godsick m'a raconté que récemment, avant un de ses matchs, il avait expédié des messages de soutien à l'équipe suisse des 14 ans et moins qui participait à une compétition internationale ! Il suit tout, absolument tout... »

En octobre, Auger-Aliassime a pris part à un tournoi à Bâle. Durant son séjour en Suisse, il s'est entraîné deux fois avec Federer. Et celui-ci lui a prodigué mille conseils. Non, ce ne fut pas du tennis silencieux...

Bonne nouvelle, les cours d'Auger-Aliassime à l'Université Federer se poursuivront le mois prochain. Le grand champion l'a invité à se joindre à un petit groupe de joueurs qui prépareront la saison 2018 à Dubaï. Le Français Lucas Pouille, l'Ukrainien Alexander Dolgopolov et peut-être même l'Écossais Andy Murray seront de la partie. Trois semaines de tennis de haut niveau, voilà la manière idéale d'améliorer son jeu. « Félix est très content », ajoute Marx, qui accompagnera son protégé et en profitera aussi pour élargir ses connaissances.

Auger-Aliassime ne rentrera pas au Québec après ce camp d'entraînement. Il s'envolera pour l'Australie, où il disputera un tournoi à Adélaïde, avant les matchs de qualifications en vue du premier tournoi de Grand Chelem de la saison, à Melbourne.

***

Denis Shapovalov a été la révélation de l'année dans le sport canadien. Son jeu explosif et sa personnalité attachante en ont fait une vedette instantanée. Mais dans le tennis mondial, on surveille aussi la progression d'Auger-Aliassime, comme Eugène Lapierre l'a constaté lors de récentes réunions en Angleterre.

« Je pensais que tout le monde me parlerait de Denis, mais Félix retient aussi l'attention, explique-t-il. Les gens me disent que nous sommes chanceux de compter sur deux espoirs de ce calibre au Canada. »

Contrairement aux joueurs de la génération de Milos Raonic, Shapovalov et Auger-Aliassime atteindront leur sommet au moment où Federer, Rafael Nadal, Novak Djokovic et Andy Murray auront ralenti ou pris leur retraite. Cela leur offrira une chance inouïe de s'imposer.

« Les responsables du tennis mondial se demandent ce qui arrivera après l'ère Federer-Nadal, ajoute Lapierre. Plus que jamais, ils essaient d'identifier les prochaines vedettes charismatiques du circuit. »

À moins d'une surprise, Shapovalov sera un de ces champions. Mais attention : il faut être patient avec lui, comme le rappelle Louis Borfiga, responsable du développement de l'élite à Tennis Canada. « Denis occupe le 50e rang mondial et c'est déjà un exploit incroyable, dit-il. S'il se maintient à ce niveau l'année prochaine, ce sera un excellent résultat. »

Le cas Auger-Aliassime est différent. Il n'a que 17 ans. Ses chances de connaître une grande carrière sont excellentes, mais rien n'est joué. Et les gens de Tennis Canada lui souhaitent manifestement une ascension en douceur. Ils savent désormais combien des succès trop rapides peuvent être suivis d'une interminable glissade. Eh oui, c'est maintenant le temps de parler d'Eugenie Bouchard...

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Du cinquième rang mondial en octobre 2014, Bouchard a chuté au 81e. Des entraîneurs réputés comme Nick Saviano, Sam Sumyk et Thomas Hogstedt ont été incapables de stopper cette régression. Sylvain Bruneau croit néanmoins en ses chances de rebondir. « Elle a sa place dans le top 20 », dit-il.

Entraîneur de l'équipe canadienne de la Coupe Fed, Bruneau côtoie Bouchard depuis longtemps. Dans son esprit, elle a d'abord besoin de stabilité dans son entourage. Et il raconte cette anecdote intéressante.

« Eugenie a toujours aimé le changement, dit-il. Même quand elle était junior, à l'âge de 15 ou 16 ans, elle aimait l'énergie apportée par un nouvel entraîneur. »

Chez les professionnelles, Bouchard est demeurée à la recherche de nouvelles voix. Mais les résultats ne sont plus au rendez-vous. Selon Bruneau, elle prend « le temps de se questionner ». Il souhaite qu'elle opte pour la continuité. Car les changements à répétition peuvent devenir déstabilisants.

Qui sera le prochain entraîneur de Bouchard ? Bruneau dit que les personnes intéressées sont nombreuses : « Aider une athlète à revenir au sommet est un super défi. »

***

Les tribulations de Bouchard influenceront-elles la manière dont Auger-Aliassime mènera sa carrière ? Souhaitons qu'il en tire des leçons. Sur ce plan, ses liens avec Federer, dont le parcours est exemplaire, sont prometteurs.

Bien sûr, Federer, qui possède avec son agent Tony Godsick la firme de représentation Team 8, ne détesterait sans doute pas que l'espoir québécois se joigne à son écurie. Peu importe, en le prenant ainsi sous son aile, il contribue à son développement.

Tout cela me rappelle le jour où Ivan Lendl a invité un jeune joueur de 17 ans à échanger des balles avec lui, à la fin des années 80. Il s'appelait Pete Sampras.




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