Le torticolis américain

Établi aux États-Unis depuis 1990, le journaliste Richard... (Photo Alain Roberge, La Presse)

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Établi aux États-Unis depuis 1990, le journaliste Richard Hétu revient sur ses années au sud de la frontière dans son livre Mes 25 ans aux USA - Et puis Trump a été élu.

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Notre collègue Richard Hétu lance cette semaine un nouveau récit inspiré de son parcours personnel et professionnel, Mes 25 ans aux USA - Et puis Trump a été élu. Si Richard s'est établi au sud de la frontière en 1990, c'est aussi grâce au coup de main de son ami, Philippe Cantin. Les deux hommes se sont rencontrés cette semaine pour échanger sur leur passion commune, les États-Unis.

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Mes 25 ans aux USA - Et puis Trump a été élu, de Richard Hétu

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Mes 25 ans aux USA - Et puis Trump a été élu.

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Dans son nouveau livre, Richard Hétu décrit le coin de East Harlem, avec ses « petites fioles de crack vides » abandonnées sur le trottoir, où il s'est établi en août 1990. Son nouvel appartement était situé au cinquième étage d'un immeuble sans ascenseur. Je m'en souviens encore. Le jour de son installation, j'étais son aide-déménageur. Nous étions partis de Montréal tôt le matin, dans un camion de location chargé de quelques meubles.

Même s'il avait à peine 27 ans, Richard travaillait à La Presse déjà depuis six ans. Il avait notamment couvert la conquête de la Coupe Stanley par le Canadien en 1986. Une passion profonde supplantait néanmoins son amour du sport : celle des États-Unis et de sa vie politique bouillonnante. Sa décision de se fixer à New York ne m'a pas surpris. Nous avions déjà eu mille conversations sur l'histoire de ce pays, alimentées par les articles du New York Times et des livres sur Franklin Delano Roosevelt, la famille Kennedy, la guerre du Viêtnam, le Watergate...

Richard est mon ami depuis plus de 30 ans. Je n'étonnerai personne en disant que j'ai dévoré d'un trait Mes 25 ans aux USA - Et puis Trump a été élu. De sa plume alerte, il raconte son parcours d'un quart de siècle chez nos puissants voisins américains. Cette semaine, autour d'un café, j'ai discuté avec lui de ce récit captivant où son travail de journaliste s'imbrique à des épisodes clés de sa vie personnelle.

PC: Il s'en est passé des choses depuis cette journée où tu es débarqué sur Madison Avenue. Tu as rencontré la femme de ta vie, vous avez eu un enfant et... tu es devenu citoyen américain en 2009. Dans ton livre, tu racontes la réaction peu enthousiaste de ta mère adoptive en apprenant cette nouvelle. Tu sais, j'ai été moi aussi un peu surpris...

RH: L'élection de Barack Obama en 2008 a été un déclic. Il ne me serait pas venu à l'idée de demander la citoyenneté durant la présidence de George W. Bush. Avec Obama, c'était différent. Ma femme est une Afro-Américaine qui a grandi à Chicago, dans le quartier où les Obama ont déjà évolué. Elle a vécu toute cette campagne électorale de façon très personnelle et très passionnée. C'est aussi à cette époque que mon fils s'est éveillé à la politique. Sur le plan familial, je me sentais porté par cet enthousiasme. Et je voulais voter et participer à la vie démocratique.

PC: Obama incarnait ta vision de jeunesse des États-Unis : ouverture aux autres, tolérance, progressisme... Aujourd'hui, c'est autre chose. Remets-tu parfois ton choix en cause ?

RH: Non, je n'ai aucun regret. Je suis toujours porté par cette idée que tout ce qui est mauvais aux États-Unis peut être corrigé par tout ce qui est bon, comme le disait Bill Clinton. Il y aura un après-Trump, qu'on ne connaît pas encore. Ce pays se relèvera-t-il ou s'enfoncera-t-il encore davantage dans ce qui semble être une négation de ses valeurs fondamentales ? Les États-Unis demeurent une démocratie, et la possibilité de redressement existe. Je ne perds pas espoir, mais c'est une période troublante. Donald Trump est le symptôme d'une dislocation politique. Il y a eu un ressac racial à l'élection d'Obama. Et Trump l'a exploité, que ce soit en mettant en doute sa naissance aux États-Unis ou avec ses propos à l'endroit des Mexicains durant sa campagne présidentielle.

PC: Ton livre dresse un portrait dévastateur de Trump, qui « exagère, calomnie et vitupère tout en se positionnant en homme providentiel », comme tu l'écris si bien. J'espère que les États-Unis redeviendront porteurs de grands idéaux, mais c'est difficile de le croire ces jours-ci. Peux-tu me réconforter ?

RH: La politique nous surprend toujours. Je ne me permets pas de renoncer à l'espoir. Je souhaite vivre dans un pays qui retrouve les valeurs m'ayant amené à vouloir y vivre... tout en sachant qu'il s'agit d'un pays imparfait.

Aujourd'hui, on vit une crise. Mais reportons-nous à la guerre du Viêtnam. On parle de dizaines de milliers d'Américains qui se sont fait tuer pour des mensonges. Ce qui s'est produit à cette époque est épouvantable. Le récent documentaire de Ken Burns et Lynn Novick le démontre bien. On constate que Lyndon Johnson, alors président américain, n'avait rien à envier à Trump dans l'usage du mensonge. Il le faisait autrement, mais mentait de façon éhontée à la population.

PC: En plus de visiter des dizaines de pays, tu as parcouru les États-Unis, trop souvent pour couvrir les suites d'une tuerie. Tu en dresses une liste terrible, cruel rappel de la prolifération des armes à feu aux États-Unis. Comme tu l'écris, on est loin de l'intention ayant conduit à l'adoption du deuxième amendement à la Constitution américaine en 1791...

RH: L'idée était de garantir le droit de former des milices pour défendre l'État en cas d'attaque. Selon la Constitution, c'est dans ce contexte que le port d'armes est justifié. Mais au fil du temps, une nouvelle interprétation a surgi. Le droit de porter des armes est devenu sacralisé, même s'il est issu d'une autre époque. On a changé le sens d'un amendement qui était peut-être formulé de façon ambiguë. Et il est maintenant utilisé pour bloquer toute limite à l'accès aux armes à feu.

PC: Et ce n'est pas Trump qui essaiera de changer ça. Bien des gens souhaitent qu'il soit destitué de son poste avant l'échéance de son premier mandat. Mais tu crains un peu cette possibilité en raison du ressentiment que cela provoquerait chez ses partisans.

RH: Ces gens-là partent du principe que tout est truqué, que les élites sont contre le peuple ordinaire. Ils pensent que l'histoire de l'ingérence russe dans la campagne électorale est une invention des démocrates, de CNN et du New York Times pour excuser la défaite d'Hillary Clinton. Dans ce contexte, un procès en destitution augmenterait davantage leur ressentiment. Il serait peut-être préférable que ce soit l'électorat qui le sanctionne au terme de son mandat.

PC: Vivre aux États-Unis n'est pas simple aujourd'hui...

RH: On devient étourdis par le flot d'informations plus ou moins rassurantes émanant de Washington. Et si on commence à trop s'inquiéter, ça peut être dangereux pour notre équilibre mental. Ce barrage quotidien de nouvelles et de réactions donne le torticolis. Certaines personnes ont complètement décroché de l'actualité pour se protéger.

PC: Je comprends cette réaction, mais le problème demeure entier. On assistera à d'autres rebondissements. J'ai l'impression que tu pourras écrire une suite à ton livre, qui nous permet déjà de mieux décoder la situation actuelle aux États-Unis.

RH: Merci ! Et merci aussi de m'avoir aidé à déménager en 1990...




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