Les Québécois ont brillé... en anglais

On savait déjà que Hockey Canada s'était moqué des amateurs avec le coût... (Photo Alain Roberge, La Presse)

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On savait déjà que Hockey Canada s'était moqué des amateurs avec le coût absurde des billets lors du Championnat mondial junior. On ignorait cependant à quel point l'utilisation du français avait été découragée au sein de notre équipe nationale, celle d'un pays bilingue avec deux peuples fondateurs.

L'attaquant Julien Gauthier a dévoilé cette troublante réalité, vendredi dernier, dans une excellente entrevue de Dave Morissette sur TVA Sports. Lorsque l'animateur lui a demandé s'il était plus difficile pour un Québécois francophone d'évoluer dans un milieu anglophone, Gauthier a répondu sans faux-fuyant. Son ton était serein, mais ses mots traduisaient une vérité brutale.

«C'est pas facile parce que là-bas, t'as droit à aucun français, a expliqué Gauthier. Tu parles aucunement français, t'as pas le droit, vu que [pour] tout le monde, la langue première, c'est l'anglais là-bas. À un moment donné, t'essaies de parler en français avec tes chums, mais tu peux pas. Alors c'est un peu dur de s'adapter. Ce n'est pas fatigant à la longue, mais faut s'habituer dans un court laps de temps. »

«Il faut que tu embarques vite dans le système de l'équipe.»

Dominique Ducharme, l'entraîneur-chef d'Équipe Canada, dresse un portrait plus nuancé de la situation. Les joueurs francophones n'ont jamais eu l'interdiction de parler français entre eux, assure-t-il. Et lui-même s'exprimait en français lorsqu'il rencontrait uniquement des joueurs francophones, par exemple les membres d'un même trio. En revanche, les conversations de groupe se déroulaient en anglais.

«Au sein d'une équipe, quand on se retrouve à plusieurs, on s'arrange pour que tout le monde se comprenne et occupe une place à part entière», m'a dit Ducharme, hier, lors d'un entretien téléphonique. «Alors on a demandé de faire attention. On voulait que tout le monde soit inclus. Ce n'est pas une interdiction. On voulait former l'équipe la plus forte possible ensemble. Il fallait que tout le monde se comprenne.» 

- Et pour atteindre cet objectif, l'utilisation de l'anglais était obligatoire?

- J'aimerais ça que tout le monde soit bilingue au Canada, répond Ducharme. Mais ce n'est pas le cas.»

***

Que la langue de travail au sein d'Équipe Canada ait été l'anglais n'étonnera personne. La loi de la majorité l'emporte à tout coup en sport collectif. Il n'en reste pas moins que le tournoi de cette année offrait une rare occasion aux dirigeants de Hockey Canada de démontrer que leur organisme était minimalement sensible à l'existence du bilinguisme officiel en vigueur au pays.

Pourquoi? Parce qu'on ne se souvient pas de la dernière fois où la représentation francophone au sein de l'équipe nationale junior a été aussi forte : sept joueurs (six Québécois et un Néo-Brunswickois) s'exprimaient en français, en plus de l'entraîneur-chef et de Joël Bouchard, principal gestionnaire de l'équipe.

On aurait pu demander aux joueurs et aux membres du personnel unilingues anglophones de s'adapter un tant soit peu à cette réalité, de faire eux aussi un effort pour comprendre leurs camarades francophones. Peine perdue. Encore une fois, ce fut aux francophones de s'ajuster, de faire un effort de plus.

Cela dit, je comprends certains des arguments de Ducharme. Voilà un homme à l'esprit vif, qui explique son point de vue clairement et dont la carrière d'entraîneur est sur une superbe lancée. 

«Quand je parle aux joueurs, je ne peux pas faire la moitié de mon speech en français et l'autre moitié en anglais, ou le faire en double. Je dois aller direct au but, ne pas parler trop longtemps. Je veux que mon message passe», affirme-t-il. 

Que l'entraîneur s'exprime en anglais afin d'être compris de tous est une chose. Que les joueurs francophones aient la même obligation en est une autre. La déclaration de Julien Gauthier à Dave Morissette démontre que cette exigence a représenté un défi supplémentaire pour les francophones. Ils ont parfois dû mettre de côté leur langue, une demande n'ayant pas été adressée aux autres joueurs de la formation.

***

Si Hockey Canada donnait au français la place qui lui revient, cette situation serait peut-être moins troublante. Mais ce n'est pas le cas. Ainsi, la récente conférence de presse annonçant la nomination de Scott Smith au poste de président en remplacement de Tom Renney s'est déroulée uniquement en anglais, comme mon collègue Gabriel Béland l'a noté dans La Presse.

On peut trouver ça anecdotique. J'y vois plutôt une nouvelle preuve de l'absence totale de sensibilité envers le fait français de cette haute direction, bien cantonnée dans ses bureaux de Calgary.

Cette attitude a des effets négatifs importants. S'ils étaient mieux branchés sur le Québec, les dirigeants de Hockey Canada auraient tiré les leçons appropriées du championnat de 2015 présenté en partie à Montréal, où les assistances ont été décevantes en raison du coût excessif des billets. Deux ans plus tard, sans véritables antennes dans le milieu, ils ont répété la même erreur.

***

J'aimerais croire que les propos de Julien Gauthier inciteront Hockey Canada à la réflexion. Je doute que cela se produise. Alors peut-être vaut-il mieux trouver du réconfort dans une autre opinion de Ducharme. Il rappelle que dans le hockey d'aujourd'hui, plus international que jamais, l'anglais est la langue permettant de faire le pont. Et que les jeunes Québécois francophones, plus à l'aise dans cette langue, ont une longueur d'avance sur leurs prédécesseurs.

«Durant le premier mois et demi de mes études dans une université américaine, ça me prenait tout mon p'tit change pour comprendre les professeurs, explique Ducharme. Et Joël Bouchard ne comprenait rien à son premier camp d'entraînement avec les Flames de Calgary. Aujourd'hui, nos jeunes savent ce qui se passe. On a fait un pas de ce côté-là.»

Sans aucun doute. Mais le français doit néanmoins avoir droit de cité dans nos équipes «nationales», si on veut que cet adjectif ait un sens. Si nous ne sommes pas vigilants, il finira par être oblitéré des structures sportives canadiennes.

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