L'ambiance des beaux jours

Tim Raines lors des cérémonies d'avant-match de la... (PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE)

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Tim Raines lors des cérémonies d'avant-match de la rencontre de vendredi.

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Assis dans les profondeurs du Stade olympique vendredi après-midi, Denis Coderre dévoilait les nouveaux éléments de son « Plan d'action » pour le baseball lorsqu'il a lancé : « On n'aurait jamais dû perdre l'équipe... »

Quelques heures plus tard, quand Ellis Valentine, Marquis Grissom, Jose Vidro, Tim Raines et Pedro Martinez ont été présentés à la foule avant le match Red Sox-Blue Jays, des milliers de partisans des Expos ont sûrement pensé la même chose.

Pour quiconque ayant vibré un tant soit peu au rythme des Z'Amours, ce fut touchant de voir Valentine, une des premières vedettes formées par l'organisation, saluer la foule, l'ancien chandail de l'équipe sur le dos. L'arrivée de Raines, qui sera peut-être élu au Temple de la renommée grâce à ses exploits avec les Expos, a ajouté à la force du moment.

Et lorsque Pedro, « notre » Pedro, s'est à son tour présenté sur le terrain, ce sentiment très net de renouer quelque chose de significatif pour Montréal s'est accru.

Valentine, Raines et Pedro représentent chacun une partie de l'histoire des Expos. La génération de Valentine a transformé l'équipe en puissance de la Ligue nationale dans la deuxième partie des années 70. Celle de Raines a poursuivi le travail durant les années 80. Et celle de Pedro aurait peut-être remporté la Série mondiale sans la grève de 1994.

Lorsque le petit droitier a été échangé après avoir remporté le Cy-Young en 1997, les Expos tels qu'on les aimait ont amorcé leur déclin. Cette ultime vente de feu a rompu le lien de confiance entre l'organisation et ses partisans. La suite n'a été qu'une longue agonie, où seuls les miracles de Guerrero ont apporté un peu d'air frais.

Voilà pourquoi ce serait une erreur d'estimer les chances de réussite d'éventuels Expos 2.0 sur la foi des catastrophiques dernières saisons. On l'oublie trop souvent : à leurs plus belles années, les Expos attiraient des foules n'enviant rien à celles de plusieurs de leurs concurrents. Et vendredi, en voyant autant de gens réunis au Stade olympique, on se sentait davantage dans l'ambiance des beaux jours que celle du début des années 2000.

***

Ce n'est pas donné à toutes les équipes sportives professionnelles de profiter d'un coup de chance. Les Expos en ont fait la preuve.

Inutile de revenir sur le circuit de Rick Monday en 1981. Ou le conflit de travail de 1994. Mais ces deux événements tristement légendaires ne furent pas les seuls uppercuts encaissés par l'équipe. La fin de saison 1989 fut aussi cauchemardesque.

« Sûrement le moment le plus difficile de mon séjour avec les Expos, dit David Dombrowski. Je croyais que nous avions la meilleure équipe de notre division, mais on s'est effondrés... »

Le cheveu grisonnant, mais élégant comme à l'époque où il était directeur général des Expos, Dombrowski était de retour au Stade olympique, vendredi. Après avoir bâti de solides équipes en Floride et à Detroit au cours des 25 dernières années, le voici président des opérations baseball des Red Sox de Boston, le poste le plus prestigieux de sa carrière.

Dombrowski n'a rien oublié de Montréal : les bons restaurants et le jogging sur le mont Royal, bien sûr, mais aussi Charles Bronfman (« un propriétaire pour qui on voulait gagner ») et les matchs Canadien-Nordiques au Forum (« avec les frères Stastny, c'était incroyable ! »)...

Comme plusieurs joueurs et de nombreux gestionnaires, c'est à Montréal que Dombrowski a obtenu sa première véritable chance de se démarquer. Il n'avait que 31 ans lorsque les Expos lui ont confié le rôle de DG en 1988. Un an plus tard, il a réalisé une transaction spectaculaire, obtenant le gaucher Mark Langston des Mariners de Seattle, alors un lanceur de très haut niveau. Malheureusement, ce ne fut pas suffisant pour permettre aux Z'Amours de remporter leur division.

« On était en première place lorsqu'on s'est présentés à Chicago pour une série de trois matchs au début d'août. Les Cubs nous ont balayés. On ne s'en est jamais remis », avoue Dombrowski.

Non seulement les Expos terminèrent la saison au quatrième rang de leur division, mais encore l'acquisition de Langston leur coûta un espoir de premier plan : le gaucher Randy Johnson, qui remporterait cinq fois le Cy-Young durant sa carrière.

Cette terrible fin de saison laissa des traces. Dombrowski fut tenté de congédier le gérant Buck Rodgers, très populaire auprès des partisans. Au bout du compte, il lui fit de nouveau confiance, mais précisa que Rodgers « devrait modifier certaines choses », notamment diminuer le temps qu'il consacrait à ses entretiens avec les journalistes !

Les relations entre les deux hommes, déjà pas très chaudes, prirent une tournure pour le pire, et Dombrowski congédia finalement Rodgers en juin 1991. Tom Runnells devint le nouveau gérant de l'équipe, un choix malheureux.

Moins de quatre mois plus tard, Dombrowski quitta à son tour l'organisation, acceptant de devenir le premier DG des Marlins de la Floride. Encore une fois, un chapitre de l'histoire des Expos n'avait pas rempli ses promesses.

***

Denis Coderre appelle cela « entretenir la flamme ». Il s'agit d'un ensemble de mesures pour favoriser l'essor du baseball à Montréal, dans l'espoir évident que le reste du Québec suive le mouvement. L'idée n'est pas d'accorder moins d'importance aux autres disciplines, mais simplement d'aider ce sport à reprendre la place qu'il a longtemps occupée.

« Il faut montrer notre amour du baseball. Et ça, c'est beaucoup plus que juste le retour des Expos. Il faut travailler pour le développement du sport », soutient le maire.

Au cours des prochaines années, 15 millions seront investis pour créer deux pôles de sports de balle, chacun doté d'un terrain répondant aux normes internationales. L'objectif est d'accueillir un jour le Championnat du monde des 18 ans et moins.

Il y a cinq ans, évoquer le retour des Expos relevait de l'utopie. Il faudra encore beaucoup de travail, et surtout des investisseurs aux poches profondes, pour concrétiser cet objectif. Le financement d'un stade au centre-ville demeure un obstacle gigantesque.

On aura bien le temps d'en reparler. Mais un constant s'impose : lorsque deux matchs préparatoires attirent 100 000 personnes pour une troisième année consécutive, c'est signe que le baseball renaît lentement de ses cendres au Québec.

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