L'embûche du stade

Le maire Denis Coderre croit fermement au retour... (PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, LA PRESSE)

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Le maire Denis Coderre croit fermement au retour du baseball majeur à Montréal.

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On aurait pu croire qu'avec le temps, l'intérêt des Montréalais pour la visite annuelle des Blue Jays au Stade olympique s'estomperait. Après tout, il y a quelque chose de bizarre à voir autant de gens assister à deux matchs pré-saison d'une équipe de Toronto.

Pourtant, la semaine prochaine, plus de 106 000 amateurs franchiront les tourniquets. La rencontre du 2 avril est déjà à guichets fermés, du jamais vu depuis le lancement de cette initiative en 2014.

Ne minimisons pas les conséquences de ce succès inattendu. Ces amateurs répondent à l'appel de Denis Coderre. Sans présumer des intentions de chacun, on peut croire que des milliers d'entre eux votent ainsi pour le retour des Expos. 

Le «message fort» à l'intention du baseball majeur, si souvent réclamé par le maire, trouve un écho.

Dans ce contexte, M. Coderre était rayonnant, mercredi midi, en confirmant qu'on rendrait hommage à Pedro Martinez et Tim Raines lors du premier de ces deux affrontements contre les Red Sox de Boston, le 1er avril.

Le lendemain, la mémoire de Jim Fanning, mort l'an dernier avec une bague des Expos au doigt, sera célébrée. L'ancien gérant a tout fait ou presque dans l'histoire de l'équipe.

Ceux qui espéraient une annonce-choc à propos du projet de retour des Z'Amours ont cependant été déçus. Au mieux, le maire a dévoilé que des ententes à plusieurs volets avec Toronto et Mexico comporteront un élément de baseball, signe que ce sport est au coeur de ses préoccupations. Il a aussi réitéré son désir d'accueillir à Montréal quelques matchs en saison, l'année prochaine.

Pour le reste, dit-il, le travail se poursuit étape par étape. Seul changement: il recommande la patience à l'aide d'une nouvelle image. Ainsi, le désormais célèbre «On ne tire pas sur une fleur pour la faire pousser plus vite» devient «Un plat mijoté a plus de saveur»...

Le maire n'est pas ébranlé par le refus d'Ottawa et Québec de contribuer à la construction d'un futur nouveau stade au centre-ville. «Il y a des façons de travailler ensemble», nuance-t-il, disant voir le sport comme un investissement plutôt qu'une dépense. Et il rappelle une idée de financement proposée par l'avocat Dominic Therrien, soit un programme ciblé à l'intention d'immigrés investisseurs, ce qui exigerait une intervention gouvernementale.

M. Coderre s'empresse cependant d'ajouter que le «fruit n'est pas mûr» pour lancer le débat autour de cette idée ou d'une autre. Mais ses propos ne laissent aucun doute: il sera prêt lorsque la bataille s'engagera.

«C'est un projet structurant, ajoute-t-il. Et c'est dans ce sens-là qu'il faut le regarder. Ce n'est pas juste une affaire de piastres, mais aussi une affaire de rayonnement de la métropole, d'engouement, d'outil de développement pour notre jeunesse et pour notre développement économique.

«C'est sûr qu'on va avoir les pour et les contre, pis que ça va se déchirer la chemise d'un bord et de l'autre. Mais on aura un débat décent en temps et lieu.»

Pour l'instant, poursuit-il, «il faut démontrer aux gens qu'on est sérieux dans la démarche».

***

Pour atteindre ce but, le public devra en savoir davantage. On ignore toujours qui épongera la facture de l'acquisition d'une équipe. Stephen Bronfman est tenté par l'aventure, mais il ne voudrait sans doute pas être propriétaire majoritaire.

Voilà pourquoi, à mon avis, un autre scénario est possible: celui d'un actionnaire de contrôle américain qui détiendrait, par exemple, 51% des parts. Le solde appartiendrait à des investisseurs d'ici.

Si une concession actuelle déménageait à Montréal, cette idée fonctionnerait très bien. Le propriétaire déjà en place - pensons par exemple à celui des Rays de Tampa Bay - exploiterait simplement son équipe à Montréal, tout en accueillant des investisseurs québécois et canadiens au sein de son groupe d'actionnariat.

Si Montréal obtenait plutôt un club de l'expansion, à un coût de plusieurs centaines de millions, cette structure serait quasi essentielle pour réunir les fonds nécessaires. Et de nombreux gens d'affaires américains pourraient être intéressés.

Après tout, Montréal compte parmi les grands marchés d'Amérique du Nord sans équipe des ligues majeures. Et le généreux programme de partage des revenus du baseball diminue le risque lié à la fluctuation du dollar canadien.

La présence d'un propriétaire américain rappellerait le triste séjour de Jeffrey Loria à la tête des Expos. Mais n'oublions pas qu'un autre Américain, George Gillett, a été un excellent propriétaire du Canadien pendant une dizaine d'années, avant de vendre l'équipe au groupe dirigé par les frères Molson.

Quant au nouveau stade, le plan initial déposé en décembre 2013 prévoyait un édifice de 500 millions financé aux deux tiers par les pouvoirs publics, soit 335 millions.

Ces chiffres seront sûrement revus. Un stade coûterait au moins 600 millions. L'idée de réclamer 67% du coût de construction à l'État est aussi excessive. Il faudra revoir ce pourcentage nettement à la baisse et, surtout, trouver une manière créative d'organiser ce financement. Chose sûre, aucun gouvernement ne signera un chèque de 200 millions comme celui du Québec l'a fait pour le Centre Vidéotron.

L'idée de faire appel à des immigrés investisseurs représente une piste, mais ce n'est sûrement pas la seule. On l'a vu ailleurs: des frais additionnels sur le coût d'un billet contribuent au remboursement des intérêts d'un prêt.

Le dossier du stade demeure néanmoins l'éléphant dans la pièce, celui susceptible d'indisposer les contribuables et de stopper brusquement le projet. M. Coderre devra faire preuve de magie pour relever ce défi et convaincre les Québécois du bien-fondé de l'idée. Il profitera d'un appui important: Régis Labeaume, le maire de Québec, m'a assuré l'automne dernier qu'il soutiendrait la démarche de son collègue.

***

Denis Coderre l'a répété mercredi. Dans son esprit, le retour des Expos n'est pas un «si» mais un «quand». Et lorsqu'un collègue lui a demandé s'il s'agissait d'un projet à long terme, il a rétorqué: «À moyen terme.»

Les prévisibles embûches ne minent manifestement pas sa confiance.

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