Bergevin et la zone de confort

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Pour la première fois depuis qu'il est aux commandes du Canadien, Marc Bergevin était vendeur à l'approche de la date limite des transactions.

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Quelles conclusions tirer du point de presse de Marc Bergevin, lundi, à l'issue de la période des transactions? La réponse à cette question n'est pas évidente.

Rien dans les propos du DG n'annonce un coup d'éclat estival afin de relancer l'équipe. Un échange? Aux journalistes présents à San Jose, il a indiqué que pour obtenir un «gros morceau», il fallait en donner un en retour. Son ton était clair: cette solution n'est pas sa préférée.

La signature d'un joueur autonome? Sans fermer la porte à double tour, Bergevin a répété une de ses convictions les plus profondes: il ne croit pas aux miracles du 1er juillet, date d'ouverture du marché des joueurs autonomes. Il y voit un piège où la tentation de surpayer devient très forte. Il n'a aucun goût d'ajouter son nom à la liste des DG ayant succombé, pour leur plus grand malheur, à la surenchère de cette journée.

Bergevin a plutôt rappelé avoir appris le métier à Chicago, où les Blackhawks ont été bâtis avec le repêchage, «la façon la plus efficace d'aller chercher des joueurs d'impact», a-t-il précisé.

Ces mots décrivent bien sa philosophie. On peut reprocher à Bergevin de ne pas être plus actif sur le marché des transactions - c'est mon cas -, mais force est de constater que l'exemple du Canadien soutient en partie sa théorie. Les cinq joueurs qui, à moins d'une surprise, constitueront encore longtemps le noyau de l'équipe sont arrivés à Montréal de cette façon: Carey Price, P.K. Subban, Max Pacioretty, Brendan Gallagher et Alex Galchenyuk.

En écoutant le DG à la télé, j'essayais de saisir son plan. Après ces semaines de misère, comment compte-t-il redémarrer la machine en vue de la prochaine saison? En jumelant ses remarques de lundi à une entrevue qu'il m'a accordée le printemps dernier, avant le début des séries éliminatoires, j'ai déterminé des pistes de réponse.

***

Ce jour-là, Bergevin était en pleine forme. Le Canadien connaissait une saison formidable et la suite s'annonçait prometteuse. J'ai évoqué avec lui la «fenêtre d'opportunité» de l'équipe, c'est-à-dire cette période où ses meilleurs joueurs seront à leur sommet et permettront aux fans de rêver à la Coupe Stanley.

«On a une grande fenêtre », m'avait-il expliqué, rappelant la jeunesse des cinq membres de son noyau mentionnés plus haut. Quand je lui ai demandé d'estimer le nombre d'années que durerait cette «fenêtre», sa réponse est tombée d'un trait: «Tant que tu as Carey Price, de la façon dont il performe, tu as une chance.»

La remarque est révélatrice. Elle illustre que dans l'esprit du DG, l'excellence de Price est synonyme de succès collectif. Dans ce contexte, peut-être porte-t-il un jugement moins sévère que plusieurs partisans et analystes sur la saison actuelle. Il croit peut-être à un rebond majeur dès l'automne prochain si Price revient au jeu en pleine santé.

Si c'est le cas, Bergevin restera sans doute fidèle à ses convictions au moins une autre saison. Cela signifierait qu'il ne touchera pas à son noyau. Et qu'il gardera peut-être son entraîneur en poste. Et qu'il n'échangera pas son choix de premier tour en juin afin d'obtenir du renfort immédiat.

Il est vrai que si le Canadien rate les séries, il sera admissible à la loterie où les trois premières sélections seront à l'enjeu. Évidemment, plus haut l'équipe terminera au classement, moins bonnes seront ses chances de toucher le gros lot. Mais Bergevin pourrait tout de même choisir un excellent espoir en repêchant autour du dixième rang.

Pour que ce plan produise des résultats positifs, le seul retour de Carey Price ne me semble cependant pas suffisant. D'autres éléments devront tomber en place. Ainsi, une relation plus saine entre l'entraîneur et P.K. Subban sera certainement utile. Le leadership de Max Pacioretty devra aussi être plus marqué.

Ce n'est pas tout: des jeunes comme Michael McCarron et Phillip Danault auront à répondre aux attentes placées en eux. Et en attendant que le choix de premier tour soit prêt pour la LNH, un gars comme Nikita Sherbak devra donner une impulsion à l'attaque. Lundi, Bergevin a d'ailleurs indiqué que «la situation idéale», c'est l'arrivée d'un jeune - il évoquait clairement un candidat de l'interne - qui permet «de boucher un trou».

Cela dit, je pense toujours que Bergevin doit obtenir un attaquant de pointe capable de dynamiser ses deux premiers trios. Cela nécessitera une entorse à son plan. Il a raison de dire qu'il est difficile de conclure une transaction dans la LNH. Mais ce n'est tout de même pas impossible, comme plusieurs équipes le démontrent chaque saison.

***

Pour la première fois depuis qu'il est aux commandes du Canadien, Bergevin était vendeur à l'approche de la date limite des transactions. Dans ce marché caractérisé par la prudence, il s'est plutôt bien débrouillé.

Bergevin a cédé deux joueurs qui obtiendront leur autonomie complète à la fin de la saison, Dale Weise et Tomas Fleischmann. Et il a expédié Devante Smith-Pelly sous d'autres cieux. Les deux nouveaux venus, Phillip Danault et Stefan Matteau, ont du potentiel. Si l'un d'eux devient un joueur fiable du Canadien au cours des prochaines saisons, ce sera déjà une réussite.

Pour obtenir des joueurs de soutien de qualité, Bergevin, reconnaissons-le, est habile. Il devra maintenant montrer la même adresse pour améliorer la force de frappe de l'équipe. Gros défi, qui l'obligera à sortir de sa zone de confort.

Drouin a perdu son pari

Jonathan Drouin a perdu son pari. Le Lightning de Tampa Bay ne l'a pas échangé. Même si son orgueil sera touché, il devrait reconnaître sa défaite et se rapporter à l'organisation. En demeurant à l'écart du jeu, il ne fait que se pénaliser lui-même.

En choisissant la ligne dure dans ce dossier, le Lightning a sûrement fait plaisir aux autres organisations de la LNH. L'exemple de Drouin fera sûrement reculer un autre espoir potentiellement tenté par une décision semblable.

Au fil des années, dans tous les sports professionnels, les conventions collectives ont augmenté le pouvoir des joueurs. Mais plusieurs de ces droits - comme celui de choisir son équipe - sont liés à l'ancienneté. Comme ses collègues, Drouin les obtiendra au fil des années.

Le jeune homme croyait mettre la pression sur le Lightning en demeurant à l'écart du jeu. Son rapport de force est désormais inexistant. Il devra en prendre acte.

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