De Drogba à Raines, une journée morose

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Didier Drogba

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Sur le plan sportif, ce fut une journée morose à Montréal, mercredi. Bien sûr, le Canadien a gagné son match, mais évitons de conclure que l'équipe est sortie de sa torpeur. Au moins, l'état de panique qui aurait suivi un échec face aux Devils a été évité. Dans les circonstances, il s'agit déjà d'un réconfort.

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Les partisans montréalais ont pu rendre hommage à Tim Raines lors d'un match entre les Mets de New York et les Blue Jays de Toronto présenté au Stade olympique, le 28 février 2014. 

Photo Bernard Brault, archives La Presse

C'est plutôt dans deux autres secteurs que les nouvelles ont été mauvaises. Au soccer, il est devenu quasi certain que Didier Drogba quittera Montréal. Et au baseball, Tim Raines n'a pas été élu au Temple de la renommée. En voilà un qui aurait fait son entrée à Cooperstown avec une casquette des Z'Amours sur la tête, ce qui aurait été formidable.

Mais commençons par le dossier Drogba. Aux informations du quotidien L'Équipe diffusées hier, et annonçant la retraite prochaine du numéro 11, j'ajoute celle-ci : dans ses entretiens téléphoniques avec Joey Saputo au cours des derniers jours, Drogba n'a jamais évoqué un éventuel retour au jeu. Son coeur est désormais à Chelsea.

Pourtant, en dressant le bilan de sa saison en novembre dernier, Drogba semblait enthousiaste à l'idée de poursuivre son aventure montréalaise. « Je suis vraiment très content, mon bilan est très positif », avait-il dit, avant d'évoquer la suite des choses : « Mon contrat est d'un an et demi, et j'aime respecter ce que je signe. Mais au football, on ne sait jamais... »

Bien sûr, tout ne plaisait pas à Drogba en MLS. Surtout la manière trop économique de voyager. « Pour que la MLS arrive au statut des championnats d'Angleterre, d'Espagne ou même de Turquie, il y a encore des choses à faire », avait-il dit, déplorant les longs trajets en avion deux jours avant un match. À son avis, cette façon de réduire les frais mine la compétition, car les joueurs arrivent à destination fatigués. « Avec ses moyens, la ligue peut améliorer ça rapidement », avait-il estimé, avec raison.

Cela dit, ses reproches au circuit nord-américain n'ont sûrement pas été l'élément déterminant de sa réflexion. Il s'agissait davantage d'un message destiné au commissaire Don Garber.

Non, si Drogba choisit de faire l'impasse sur Montréal, c'est pour une autre raison. L'attrait d'être considéré comme le « sauveur » de Chelsea, même dans un rôle d'entraîneur adjoint ou de conseiller spécial, est très puissant. Difficile de résister à tous ces gens influents qui vous assurent que la relance d'une équipe mythique repose en partie sur vos épaules.

Pour s'en convaincre, imaginons la réaction d'un hockeyeur québécois sous contrat dans la ligue suisse si on lui disait qu'il est le mieux placé pour redonner confiance au Canadien... Avouons qu'il envisagerait sûrement de prendre sa retraite pour rentrer au bercail.

Il n'empêche que le choix de Drogba, lorsqu'il le confirmera, constituera une immense déception pour tous les partisans de l'Impact qui ont cru à la valeur de son engagement. Il aura beaucoup apporté à l'organisation en 2015, mais hypothéquera la saison 2016 avant même son début. Son héritage sera pour le moins paradoxal.

Le club de Chelsea est aussi à blâmer. Ses dirigeants ont fait preuve de mépris envers l'Impact en ne le prévenant pas de leur intérêt pour Drogba et en refusant de négocier rapidement une compensation. On a senti toute l'arrogance d'une grande ligue européenne par rapport au petit frère nord-américain qu'on ne prend pas vraiment au sérieux. Si l'Impact et la MLS voulaient savoir comment ils étaient considérés dans certains milieux en Europe, ils ont obtenu leur réponse. La leçon est dure.

Souhaitons que Joey Saputo et le commissaire Garber réussissent à arracher une compensation suffisante à Chelsea en retour de la résiliation du contrat de Drogba. La négociation se poursuit, et l'Impact doit tenir son bout. L'équipe ne discute pas en position de force, mais elle n'a pas non plus à tendre l'autre joue. Une claque au visage, c'est déjà bien assez.

***

Par où commencer pour raconter la fabuleuse aventure de Tim Raines avec les Expos ? On peut choisir plusieurs épisodes, mais celui du 6 avril 2001 se démarque des autres. Parce qu'il a marqué le retour du numéro 30 dans l'uniforme des Z'Amours 10 ans après son départ.

Ce soir-là, au match d'ouverture de la saison, Raines a reçu une formidable ovation des 45 000 spectateurs réunis au Stade olympique lorsqu'il s'est présenté au bâton en deuxième manche. Au point où le lanceur des Mets de New York a demandé un temps d'arrêt dans l'espoir que le public reprenne ses esprits. Le truc n'a pas fonctionné. Raines a reçu quatre balles de suite et a atteint les sentiers.

« Jamais rien vu de tel depuis mes débuts dans les majeures, a lancé Raines, après le match. Le son était ahurissant. Habituellement, les gens se calment après le premier lancer. Mais ils ont maintenu les applaudissements tout au long de ma présence... »

Pour les plus jeunes lecteurs, qui ont grandi sans les Expos, il est sans doute bizarre d'imaginer que des joueurs de baseball aient été, à une certaine époque, aussi populaires à Montréal que les vedettes du Canadien d'aujourd'hui. Rusty Staub, Gary Carter, Andre Dawson et Pedro Martinez font partie du groupe. Tim Raines aussi.

Hier, le spectaculaire voltigeur a raté de peu son entrée au Temple de la renommée. Son nom a été inscrit sur 69,8 % des bulletins de vote alors qu'un seuil de 75 % était nécessaire. 

Si les Expos étaient demeurés à Montréal plutôt que de prendre la route de Washington après la saison 2004, il aurait sans doute été élu.

Pourquoi ? Parce que plusieurs journalistes couvrant les Expos auraient alors eu le droit de vote. Et qu'ils auraient sans doute appuyé la candidature de Raines comme Serge Touchette l'a fait jusqu'à l'an dernier. « Et j'aurais encore voté pour lui cette année... », dit-il.

Touchette, qui a lui-même brillé en suivant les Expos pour Le Journal de Montréal, a hélas perdu son droit de vote. C'est la règle 10 ans après avoir cessé de couvrir le baseball sur une base régulière. Les anciens comme lui et Pierre Ladouceur de La Presse n'auraient évidemment pas été assez nombreux pour faire la différence cette année. Mais avec des Expos toujours vivants, et de nombreux votes « montréalais », l'histoire aurait pu être différente.

Raines a réalisé plusieurs exploits dans sa carrière. Le match du 2 mai 1987, contre les Mets au Shea Stadium, demeure son plus mémorable. Au cours des mois précédents, il s'était retrouvé en pleine tempête. Joueur autonome, il avait été, comme plusieurs autres vedettes, victimes de la collusion des propriétaires et n'avait reçu aucune offre sérieuse.

Raines s'est finalement réconcilié avec le propriétaire Charles Bronfman, a signé un nouveau contrat et amorcé sa saison ce jour-là. En dixième manche, il a frappé un grand chelem pour donner la victoire aux Expos ! Il a aussi réussi un triple, deux simples, en plus de voler un but et de marquer lui-même trois points. Wow !

Raines réussira-t-il à percer les portes du Temple l'an prochain ? Souhaitons-le.

***

Bon, un dernier mot sur le CH. Même si je suis convaincu que le poste de Michel Therrien n'est pas en danger - Geoff Molson exige de la stabilité au sein de l'organisation -, l'entraîneur a de toute évidence accueilli cette victoire avec soulagement. Sans disputer un grand match, l'équipe s'est mieux comportée qu'à Philadelphie la veille.

« J'étais très insatisfait de la performance contre les Flyers, mais l'important, c'est comment tu rebondis », a dit Therrien.

On ne reprochera pas au coach de se consoler comme il le peut.

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