Une étincelle, enfin!

Max Pacioretty (au centre) a marqué en infériorité... (Photo Phelan M. Ebenhack, AP)

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Max Pacioretty (au centre) a marqué en infériorité numérique pour donner une avance de 2-0 au Canadien.

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Au bout du compte, c'est P.K. Subban qui avait raison. Après le revers crève-coeur du Canadien mercredi, il a lancé: «La bonne chose, c'est qu'on n'a pas beaucoup de temps pour y penser. Faut garder notre saison en vie dès demain».

Dans ce contexte sombre, il s'agissait de la seule attitude possible. En sport, s'apitoyer sur soi-même n'est pas la marque des champions. Il faut aller de l'avant même lorsque la défaite fait mal.

Le Canadien a entrepris l'opération «reconstruction du moral» une heure et demie après la fin de cette rencontre. Un repas d'équipe à l'hôtel, où tout le groupe a pris le temps d'absorber le choc, sachant que cette opération devait être de courte durée.

Hier, les joueurs avaient repris des couleurs. «On s'est levé ce matin en se sentant bien, le soleil était là!», a lancé Dale Weise, une manière de rappeler que la saison n'était pas terminée. Michel Therrien, lui, n'a rien changé à la routine d'avant-match. «Ce serait un signe de panique», a-t-il expliqué.

Peu après 19h, le duel s'est mis en branle. Un événement inattendu s'est alors produit: le Canadien a pris les devants 2-0 en première période. L'avantage numérique ne fonctionne pas? Qu'à cela ne tienne: Max Pacioretty a marqué à court d'un homme!

En deuxième, le feu d'artifice s'est poursuivi. Et lorsque Ben Bishop a donné un très mauvais but à David Desharnais, la rondelle bondissant dans son gant avant de tomber au fond de la cage, on a compris deux choses.

D'abord, Bishop n'aurait pas pu faire carrière au baseball, puisque c'est la deuxième fois de la série que pareille méaventure lui arrive. Ensuite, et c'est le plus important, il est loin d'être invulnérable.

Du coup, Jon Cooper l'a retiré du match, une bonne décision dans les circonstances, mais aux conséquences incertaines pour le Lightning. Bishop n'est pas un vétéran. Ce sont ses premières séries éliminatoires. Comment se relèvera-t-il de cette contre-performance?

Et jusqu'à quel point ses ennuis, peut-être simplement dus au fait qu'il disputait un deuxième match en deux soirs, gonfleront-ils les espoirs au Canadien? La confiance est un élément fluide au hockey. Il faut parfois peu de choses pour la perdre... ou la regagner!

Toutes ces questions ont sûrement troublé le sommeil de l'entraîneur du Lightning, un homme cérébral, hier soir. À l'image de ses joueurs, dont plusieurs sont très jeunes, il fait désormais face à une pression additionnelle.

Un autre facteur tourmente sans doute Cooper: hier matin, il a avoué ne pas comprendre pourquoi son équipe n'avait pas aussi bien joué qu'à l'habitude mercredi, malgré ce gain arraché in extremis. Il a convoqué un meeting où il a discuté de cette question avec ses joueurs. Cela n'a manifestement pas produit d'effet. Car ils ont de loin disputé leur pire match de la série.

***

Pour vous donner une idée de la force de l'explosion offensive du Canadien, sachez que même l'annonceur-maison a pris du retard en annonçant les buts au deuxième vingt. C'est toujours révélateur lorsque le pointage est de 5-0 et que le quatrième but n'est pas encore officiellement confirmé.

La question fondamentale, maintenant: cette performance électrisante est-elle un feu de paille ou le présage d'un retournement de situation dans cette série? Le Canadien, qui rentre à Montréal ce matin, retrouvera ses fidèles partisans au Centre Bell demain soir. On peut déjà croire que l'ambiance sera à couper le souffle, ce qui fournira beaucoup d'énergie à la troupe de Michel Therrien.

En revanche, malgré cette victoire convaincante, l'équipe n'est pas sortie du gouffre profond dans lequel les trois premières rencontres de cette série l'ont plongée.

Dans sa glorieuse histoire, le Canadien a réussi mille exploits. Mais il n'a jamais comblé un déficit de trois matchs à zéro en séries éliminatoires, ayant pourtant vécu dix fois cette situation de 1943 à 2009. En fait, l'équipe n'a même jamais provoqué la présentation d'un sixième match.

Et dans toute l'histoire de la LNH, à peine quatre équipes ont remporté une série après avoir perdu les trois premiers duels.

En évitant l'élimination, le Canadien a conservé ses espoirs d'ajouter une page à son propre livre des records. L'équipe demeure en difficulté, mais cette étincelle lézarde enfin la domination psychologique du Lightning.

***

Dans le vestiaire du Canadien après le match, l'ambiance était beaucoup plus détendue que 24 heures plus tôt. On a senti la satisfaction du devoir accompli, mais personne ne se contait d'histoire: le Lightning demeure en position de commande. Sauf que le prochain affrontement aura lieu à Montréal, un avantage évident.

«C'est toujours un plaisir de jouer devant nos fans, a dit Pacioretty. On aura besoin de leur aide et de celle de toute la ville. J'ai déjà hâte, ce sera extraordinaire.»

Le grand ailier a ensuite ajouté ce commentaire spontané, révélateur d'un esprit de groupe étonnant. «Il est trop tôt pour que la saison finisse. Tout le monde pense comme ça. On aime être ensemble en équipe. On n'a pas le goût de retourner dès maintenant chacun de notre côté pour l'été. On continuera de jouer de manière désespérée.»

Le Lightning aura un gros défi devant lui au Centre Bell. Ce n'est pas pour rien qu'avant la rencontre, le défenseur Jason Garrison expliquait que malgré son affection pour Montréal, il n'avait aucune envie d'y retourner pour un cinquième match.

Mais le Lightning devra reprendre l'avion aujourd'hui, direction plein nord. La série se poursuit. «Nous sommes toujours vivants», a lancé P.K. Subban qui, comme ses coéquipiers, entend revenir à Tampa Bay la semaine prochaine.

Les petits joueurs en vedette

On ne se trompe pas en avançant que Tyler Johnson, du Lightning, et Brendan Gallagher, du Canadien, ont été les meilleurs attaquants de leur équipe depuis le début des séries.

Ces deux joueurs ont des points en commun. Malgré leurs succès dans les rangs juniors, ils n'ont guère retenu l'intérêt des recruteurs de la LNH. Johnson n'a pas été repêché et Gallagher a été choisi au cinquième tour en 2010. Pourquoi? Parce qu'ils sont petits.

Officiellement, les deux jeunes mesurent 1,75 m (5'9), mais sans doute sur la pointe des pieds. On a longtemps cru que des gars de cette taille ne pouvaient survivre au rythme infernal de la LNH.

Johnson et Gallagher n'ont pas le même style. Mais ils sont capables de briller dans les grands moments, comme on l'a vu mercredi soir, dans le troisième match de la série. Le premier a donné la victoire aux siens dans la dernière seconde du match en utilisant son extraordinaire sens du positionnement. Le second avait égalé la marque en troisième période au prix d'un effort gigantesque.

Leurs réussites inciteront-elles les équipes de la LNH à repêcher davantage de joueurs de petite taille? Rien n'est moins sûr. Les directions d'équipe demeurent conservatrices.

Voyez, par exemple, ce commentaire de Johnson à mon collègue Guillaume Lefrançois en janvier dernier: «On m'a toujours rabaissé en raison de ma taille, les gens ne pensaient pas que je percerais.»

Il est tout de même aberrant qu'un athlète de la dimension de Johnson, déjà une vedette, ait été boudé par les trente équipes du circuit avant d'accepter une offre du Lightning à titre de joueur autonome.

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