Réconciliation à Indian Wells

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Serena Williams l'avait juré: plus jamais elle ne participerait au tournoi d'Indian Wells, en Californie. Pas question de revenir dans ce stade où le public traita sa famille et elle avec méchanceté durant la finale de 2001.

L'affaire avait commencé deux jours plus tôt. Quelques minutes avant la demi-finale opposant les deux soeurs Williams, Venus s'était désistée en raison d'une blessure. Beaucoup d'amateurs - et d'analystes - mirent en doute le sérieux de son mal.

Ils croyaient plutôt que leur père Richard voulait éviter un affrontement entre Venus et Serena. Elena Dementieva, alors une joueuse de premier plan, avait alimenté le climat de suspicion en affirmant que Richard déciderait laquelle de ses filles remporterait le match.

En se dirigeant vers leurs sièges avant la finale, Richard et Venus furent hués. Le père, qui entendit des insultes racistes, répliqua en levant le poing, un geste d'affirmation rappelant celui de deux athlètes afro-américains aux Jeux olympiques de Mexico, en 1968, John Carlos et Tommie Smith.

Dès le début du match, des milliers de spectateurs applaudirent en signe de dérision les coups manqués de Serena, alors une jeune femme de 19 ans qui ne méritait pas pareil traitement. Il lui fallut des nerfs d'acier pour préserver sa concentration et vaincre en trois sets Kim Clijsters, elle-même âgée d'à peine 17 ans.

Le match terminé, Serena déclara aux spectateurs: «J'aimerais remercier mon père pour la force qu'il m'a donnée. Vous avez été sévères à mon endroit aujourd'hui. Je tiens à remercier les gens qui m'ont appuyée. Quant à ceux qui ne m'ont pas soutenue, je vous aime quand même.»

En fait, la douleur fut beaucoup plus vive. Serena dit avoir longtemps pleuré dans le vestiaire après le match. Et la famille Williams choisit de faire l'impasse sur ce tournoi, désormais à l'origine d'un douloureux souvenir.

Au cours des années suivantes, Serena Williams refusa de revenir sur sa décision malgré les demandes des nouveaux promoteurs. Mais le 4 février dernier, dans un texte remis au magazine Time, elle annonça sa participation au rendez-vous de cette année. Du coup, elle rappela combien les «fausses accusations que nos matchs étaient arrangés» les avaient profondément ébranlées, Venus et elle.

«Ce courant sous-jacent de racisme fut pénible, déroutant et injuste, écrivait-elle. Dans un sport que j'aime de tout mon coeur, et à un de mes tournois préférés, je me suis soudainement sentie indésirable, seule et effrayée.»

Serena ajoutait: «J'ai la chance d'être à un moment de ma carrière où je n'ai plus rien à prouver. Je suis aussi motivée que jamais, mais la route est un peu plus facile. Je joue pour l'amour du tennis. Et c'est avec cet amour en tête, et une nouvelle compréhension du véritable sens du pardon, que je retournerai avec fierté à Indian Wells. [...] Ensemble, nous avons la chance d'écrire une fin différente.»

Dans un pays où les relations raciales demeurent un enjeu quotidien et où le drame de Ferguson, au Missouri, hantera encore longtemps les mémoires, le retour de Serena Williams à Indian Wells représente une réconciliation bienvenue.

Car comme le déclarait le président Obama le week-end dernier, dans une allocution historique à l'occasion du 50e anniversaire de la marche de Selma, en Alabama, «il suffit d'ouvrir nos yeux, nos oreilles et nos coeurs pour savoir que l'ombre de l'histoire raciste de ce pays plane toujours sur nous».

L'émotion sera grande lorsque Serena Williams foulera le court central d'Indian Wells, aujourd'hui.

***

Au Québec, nos yeux seront aussi tournés vers Eugenie Bouchard, qui disputera un premier tournoi depuis son élimination rapide à Anvers, le mois dernier.

Indian Wells est déjà gratifiant pour elle, puisqu'elle a participé à un événement caritatif avec Justin Bieber, cette semaine. Rappelez-vous: en Australie, l'an dernier, Eugenie avait exprimé le souhait de le rencontrer!

Sur le plan sportif, il ne faut cependant pas s'attendre à un coup d'éclat de la joueuse de 21 ans. Caroline Wozniacki est la favorite de son quart de tableau. Dans une analyse publiée sur le site de la WTA, l'expert Ravi Ubha estime meilleures les chances d'Andrea Petkovic et d'Alizé Cornet d'affronter Wozniacki pour une place en demi-finale.

Eugenie Bouchard a été ennuyée par une blessure. Elle doit aussi se familiariser avec son nouvel entraîneur Sam Sumyk. Elle souhaite sûrement être à son maximum à Roland-Garros et Wimbledon, où elle devra défendre beaucoup de points au classement.

L'autre grande question à propos de Bouchard est liée à la Coupe Fed. Après avoir fait l'impasse sur l'affrontement contre la République tchèque en février, consentira-t-elle à aider le Canada contre la Roumanie le mois prochain?

Les matchs seront présentés à l'aréna Maurice-Richard le week-end du 18 avril. Faire de nouveau faux bond aux fans du Québec serait bizarre. D'autant qu'elle doit participer à un affrontement de Coupe Fed en 2015 ou 2016 pour être admissible aux Jeux olympiques de Rio. Tennis Canada espère évidemment sa présence.

«On sait qu'elle est sympathique à l'idée de représenter son pays, même si les circonstances ont fait qu'elle a choisi de ne pas le faire la dernière fois», dit Eugène Lapierre.

«On n'est pas dans les souliers des membres du top-10, on ne sait pas toujours comment ils font leurs choix», ajoute-t-il, citant l'exemple de Roger Federer qui a n'a pas souvent représenté la Suisse en Coupe Davis, avant de changer d'idée en fin de carrière.

Le vice-président de Tennis Canada estime que sur le plan du prestige, défendre les couleurs de son pays est payant. Et que l'affrontement d'avril représente une occasion stratégique, puisque le Canada tentera de conserver sa place au sein du premier Groupe mondial. Sinon, le pays glissera dans le deuxième Groupe.

Eugène Lapierre est enthousiaste à l'idée de présenter le duel contre la Roumanie à Montréal. Les villes d'Ottawa et Calgary manifestent aussi leur intérêt.

La pause d'avril en patinage de vitesse sur courte piste permet d'organiser l'événement à l'aréna Maurice-Richard. Le terrain sera installé d'un côté de la glace. «À 2000 ou 2500 spectateurs, on met le party dans la place!», lance-t-il.

Un week-end spectaculaire en perspective! Surtout si Eugenie Bouchard est de la partie.

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