Hockey féminin: il y a un an, le scénario d'un film...

Poursuivie par l'Américaine Kacey Bellamy, Caroline Ouellette est... (Photo Jung Yeon-Je, Agence France-Presse)

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Poursuivie par l'Américaine Kacey Bellamy, Caroline Ouellette est parvenue à contrôler la rondelle lors de ce jeu survenu pendant la finale olympique de Sotchi, l'an dernier.

Photo Jung Yeon-Je, Agence France-Presse

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Assise au banc des joueuses, Caroline Ouellette voit la rondelle glisser inexorablement vers le filet désert de son équipe. Ses yeux sont rivés sur ce satané morceau de caoutchouc qui scellera dans une seconde ou deux le sort d'Équipe Canada. Ce but d'assurance en fin de match donnera aux Américaines la médaille d'or olympique.

Mais voilà: contre toute attente, le disque bondit légèrement sur la glace, bifurque d'un doigt ou deux vers la gauche et achève sa course sur le poteau du but. «On est encore en vie, let's go!», lancent les filles au chandail rouge, devant cet incroyable coup de fortune.

Quelques secondes plus tard, Marie-Philip Poulin inscrit le but égalisateur. Et marque ensuite celui de la victoire en prolongation. Grâce à ce fabuleux retournement de situation, Équipe Canada monte sur la plus haute marche du podium.

C'était il y a un an, à Sotchi. Oui, un an déjà. Mais Caroline Ouellette se souvient de chaque détail de ce duel épique comme s'il avait eu lieu hier. Elle n'a rien oublié de son inquiétude lorsque, les secondes s'égrenant au cadran, leurs rivales se sont accrochées à une avance de deux buts. Mais pas question de donner libre cours à ce sentiment. Dans les situations critiques, les joueuses d'expérience doivent afficher une confiance tranquille. Surtout la capitaine.

Un mois plus tôt, l'entraîneur-chef Kevin Dineen l'avait surprise en accrochant le «C» à son chandail. Hayley Wickenheiser, une légende du hockey, semblait destinée à le porter de nouveau. Mais Dineen voulait changer la dynamique au sein de l'équipe. Il avait compris que l'athlète de Rosemont jouissait de l'estime du groupe.

Le caractère inattendu de cette bonne nouvelle avait cependant un peu effrayé Caroline, Wickenheiser faisant toujours partie de l'équipe. Mais celle-ci accepta la décision avec générosité.

«Tu sais, après notre victoire aux Jeux de Vancouver, j'ai dit que rien ne battrait les émotions qu'on a vécues là-bas, affirme Caroline Ouellette. Et je le croyais vraiment. Mais je m'étais trompée. Sotchi a dépassé ça. C'est la médaille la plus valorisante. Nous avons franchi tellement d'obstacles avant le tournoi: blessures, changement d'entraîneur...»

Au cours des derniers mois, en plus de porter l'uniforme des Stars de Montréal dans la Ligue canadienne de hockey féminin (LCHF), de participer à des sessions d'entraînement d'Équipe Canada en vue du prochain Championnat mondial et d'organiser des cliniques de hockey, Caroline Ouellette a prononcé plusieurs conférences.

«Chaque fois que je raconte la finale contre les États-Unis, c'est un peu irréel. Notre premier but, quatre minutes avant la fin de la troisième période, nous a donné beaucoup d'énergie. Mais quand les Américaines ont ensuite frappé le poteau, ce fut un signe du destin. Si on avait fait un film avec ce scénario, personne n'y aurait cru! Et nous, on l'a vécu. C'est vraiment incroyable de voir combien de gens, partout au Canada, ont été touchés par notre victoire.»

Ce jour-là, à Sotchi, les Américaines ont reçu un coup de massue. Elles étaient à une poignée de secondes de la médaille d'or.

«Encore aujourd'hui, c'est très difficile à vivre pour plusieurs de leurs joueuses, explique Caroline Ouellette. Pour nous, ce fut le plus beau retour; pour elles, le pire effondrement.»

***

Le tournoi de hockey féminin de Sotchi a été un immense succès. Et la finale, véritable morceau d'anthologie, a constitué un moment fort de cette quinzaine. Malgré tout, Caroline Ouellette ne croit pas que son sport peut enfin crier victoire.

«D'un côté, ces Jeux ont marqué l'histoire: plus personne ne remettra en cause la présence du hockey féminin aux Jeux olympiques. En revanche, nous luttons encore pour créer une ligue professionnelle où les meilleures joueuses du monde, qu'elles soient canadiennes, américaines, russes, suédoises ou finlandaises, se regrouperaient.»

À l'heure actuelle, les Nord-Américaines évoluent au niveau universitaire ou dans la LCHF. Mais Caroline Ouellette rêve d'un véritable circuit professionnel, parrainé par la LNH, à l'image de ce qui se fait au basketball. La NBA a encouragé la création de la WNBA, qui regroupe 12 équipes touchant chacune 1 million en droits de télévision.

«La Ligue canadienne compte cinq clubs, poursuit-elle. Mais nous ne sommes pas payées pour jouer. La plupart des filles occupent un emploi à temps plein. On prend en charge beaucoup de nos dépenses. C'est encore la réalité pour nous. On travaille fort pour promouvoir la ligue. On recherche des commanditaires. Mais notre personnel est composé de bénévoles ou de gens avec de très petits salaires.

«Je rêve d'un avenir où la LNH nous prendrait sous son aile. Notre ligue ne serait pas une machine à faire de l'argent, c'est sûr. Mais les jeunes filles pourraient entretenir les mêmes rêves et profiter des mêmes occasions que les garçons. Je ne suis pas naïve au point de croire qu'on attirerait un jour de grosses foules comme le Canadien. Mais des assistances de niveau junior majeur, ce serait possible. Parfois, ça fait mal de constater que les gens s'intéressent seulement à nous lorsqu'on représente le Canada aux Jeux olympiques.»

Hier, la LCHF a annoncé une bonne nouvelle: un partenariat avec la compagnie aérienne Porter. Les équipes réduiront ainsi leurs coûts de transport.

Les Flames de Calgary et les Maple Leafs de Toronto soutiennent aussi l'équipe établie dans leur ville. Caroline Ouellette souhaite que le Canadien suive ce mouvement et s'associe aux Stars.

«On a parlé avec eux et on espère que ça fonctionnera bientôt. Mais nous aurions besoin d'un partenariat plus vaste avec la LNH.»

***

Enfant, Caroline Ouellette était éblouie par Mats Naslund, le petit ailier du Canadien. Elle a mis deux ans à convaincre ses parents de l'inscrire au hockey. Ce n'était pas la coutume, à l'époque. Une fois la décision prise, ils l'ont appuyée sans relâche, lui répétant de ne pas écouter les gens voulant la détourner de son rêve. Longtemps seule fille de son équipe, elle a souvent entendu des commentaires choquants, se faisant notamment reprocher de prendre la place d'un garçon.

Sa persévérance lui a valu quatre médailles d'or olympiques. Mais sa plus grande victoire est sans doute son immense contribution à la place des filles dans le hockey. Le chemin parcouru l'enthousiasme, même s'il reste beaucoup à faire.

Âgée de 35 ans, Caroline Ouellette ne participera sans doute pas aux Jeux d'hiver de 2018. Sa carrière de joueuse tire à sa fin. Mais elle compte devenir entraîneuse.

Avant de plonger dans cette nouvelle carrière, elle a encore des matchs à disputer. Dont celui de ce soir, à 18h, à l'aréna Étienne-Desmarteau. Les Stars de Montréal affronteront les Furies de Toronto. En première période, les Stars endosseront des chandails roses, qui seront mis à l'encan, afin de contribuer à la lutte contre le cancer du sein.

«Ma tante Claire est une survivante, explique-t-elle. Sa bataille a touché toute notre famille. On lui rendra hommage avant la rencontre. C'est une cause qui me tient à coeur.»

Depuis quatre ans, les initiatives des Stars de Montréal ont permis de verser 45 000$ à cette cause. Le hockey féminin ne roule pas sur l'or. Mais les valeurs de ses joueuses sont inspirantes.

s Pour joindre notre chroniqueur: pcantin@lapresse.ca

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