Labeaume aura peut-être raison

Avec les 50 milliards investis par les Jeux... (Photo Loic Venance, archives AFP)

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Avec les 50 milliards investis par les Jeux de Sotchi, le CIO devra prouver que des Jeux modestes, respectueux de l'environnement et qui ne laisseront pas un gigantesque déficit sont réellement possibles, croit notre chroniqueur.

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Le mois dernier, après le désistement d'Oslo comme candidate à l'organisation des Jeux olympiques d'hiver de 2022, Régis Labeaume a lancé l'une de ces déclarations spectaculaires dont il a le secret.

«Combien ça fait de temps que je vous dis que ça va mal, les Olympiques d'hiver? Ils vont nous appeler un jour, vous allez voir...»

Cette observation a valu quelques railleries au maire de Québec, dont celles de Marcel Aubut, président du Comité olympique canadien (COC). «J'espère que c'est une blague. (...) Parce que personne ne va l'appeler», a-t-il déclaré au Soleil.

Il est sûr que le Comité international olympique (CIO), bien installé dans ses bureaux de Lausanne, n'a pas l'habitude de donner des coups de fil aux administrations municipales pour leur vendre l'idée d'organiser les Jeux d'hiver.

Les princes du sport international estiment plutôt que le premier rôle d'un maire est de dérouler le tapis rouge sous leurs pieds. (Ne riez pas, cette demande était inscrite noir sur blanc dans les directives du CIO à Oslo: au moment des Jeux, le président Thomas Bach devait être accueilli avec les grands honneurs à son arrivée à l'aéroport.)

Mais dans les faits, le désastre des derniers mois a ébranlé le CIO. Résultat, ses dirigeants font désormais preuve d'un minimum d'humilité, une qualité étrangère à leur ADN.

Tour à tour, cinq pays européens (Suisse, Allemagne, Suède, Pologne et Norvège) ont refusé l'aventure olympique. Leur intérêt initial a succombé aux excès de Sotchi et aux rêves de grandeur du CIO.

Au bout du compte, seules deux villes demeurent en lice, Almaty (Kazakhstan) et Pékin. Dans les pays démocratiques, où la voix des citoyens compte, les Jeux d'hiver ont désormais un effet repoussoir. Pour le CIO, c'est un pur désastre.

***

Dans ce contexte, Thomas Bach devait agir. C'est ainsi que 40 propositions seront adoptées le mois prochain pour moderniser l'olympisme. Elles sont regroupées sous l'appellation «Agenda 2020», mais le titre «Casser le modèle Sotchi» aurait mieux résumé la teneur du document.

L'objectif est de rétablir les ponts aux nombreux pays jugeant désormais incompatibles l'organisation des Jeux et de saines préoccupations d'ordre économique et environnemental.

Régis Labeaume a sûrement souri en l'apprenant: le CIO veut repositionner la procédure de candidature comme une «invitation» aux villes intéressées.

Les coûts de candidature seront réduits et le CIO en assumera une partie, notamment des frais de voyage. Après tout, des villes comme Madrid et Istanbul ont déboursé des dizaines de millions en pure perte dans l'espoir d'organiser les Jeux d'été de 2020.

Le CIO s'engage aussi à contrôler son appétit au chapitre des installations sportives. Il promet de faire la promotion «d'équipements existants» ou «temporaires et démontables», une façon efficace de diminuer la facture.

Des sports entiers, ou des disciplines précises, pourront aussi être présentés en dehors de la ville ou du pays hôte. Un article de la charte olympique prévoit déjà cette disposition pour les Jeux d'hiver, mais la nouvelle norme, plus souple, démontre la volonté du CIO d'y faire appel.

En clair, le mouvement olympique reconnaît enfin l'évidence: les citoyens ne veulent plus qu'on scie à la chaîne les arbres d'une montagne afin de faire place à une piste de bobsleigh inutile après les Jeux.

Une ville comme Québec, par exemple, pourrait suggérer que le bobsleigh, le skeleton et la luge, tout comme la descente masculine, soient présentés à Lake Placid, ou même à Calgary ou Vancouver, d'anciennes villes olympiques.

Ce n'est pas tout: une épreuve ne faisant pas partie du programme olympique pourrait y être incluse si une ville hôte en fait la demande.

Enfin, le CIO promet de rendre public son contrat avec le pays organisateur, un acte de transparence essentiel. Il veut aussi mieux soigner sa communication en publiant le montant de sa contribution financière aux Jeux.

***

La lecture des 40 propositions démontre qu'à première vue, Thomas Bach et sa garde rapprochée ont tiré des leçons des événements des derniers mois. Reste à voir si ce plan sera vigoureusement mis en pratique ou s'il se butera à la résistance de membres conservateurs du CIO.

Il faudra aussi voir si les Jeux d'été de 2024 susciteront plusieurs candidatures. En France, un groupe souhaite que Paris soit de la partie, mais la mairesse n'est pas enthousiaste.

Les États-Unis et l'Allemagne espèrent être sur la ligne de départ. Quatre villes américaines et deux allemandes ont manifesté leur intérêt. Mais la population n'a pas encore été consultée. Or, les référendums ont réservé de bien mauvaises surprises au CIO depuis deux ans.

Le véritable défi du CIO sera cependant de susciter des candidatures pour les Jeux d'hiver de 2026. Car, comme l'a analysé Régis Labeaume dans des mots simples, les Olympiques d'hiver vont mal. Et le CIO aura besoin de villes occidentales pour les accueillir.

Qui sait, un jour, le maire de Québec pourrait bien entendre un collaborateur lui dire: «J'ai Lausanne pour vous au téléphone...»

Reste à savoir comment cet appel serait accueilli. Après les 50 milliards de Sotchi, le CIO aura fort à faire pour convaincre la population que des Jeux modestes, respectueux de l'environnement et qui ne laisseront pas un gigantesque déficit, sont réellement possibles.

Thomas Bach a encore beaucoup de travail devant lui.

Les ambitions du CH

Les choses changent vite au hockey. Le Canadien misait sur le renouveau à la ligne bleue cette saison. On espérait que le duo Tinordi-Beaulieu s'impose dans la LNH.

Décembre n'est pas encore commencé que ce projet est compromis. L'équipe compte désormais sur deux vétérans, Sergei Gonchar et Bryan Allen, pour compléter le groupe de défenseurs.

La transaction d'hier permet à Marc Bergevin de dégager plus l'espace sous le plafond salarial en vue de la saison prochaine. Le contrat de Rene Bourque était un fardeau et il s'en est libéré.

Mais cet échange démontre aussi les ambitions de l'équipe. Pas question de voir l'allure du club ralentie parce que deux jeunes ont du mal à suivre le rythme.

Cela indique que Marc Bergevin et Michel Therrien croient profondément au potentiel de leur équipe.

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