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L'Impact à la croisée des chemins

L'entraîneur Frank Klopas est un gros travaillant, mais... (Photo Bernard Brault, La Presse)

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L'entraîneur Frank Klopas est un gros travaillant, mais il ne fait pas «vivre» l'Impact dans les médias.

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Mon but n'est pas de jouer les prophètes de malheur. Après tout, l'Impact a déjà connu une saison difficile. Pas besoin d'en rajouter inutilement. Mais la perspective d'une année 2015 tout aussi décevante est malheureusement bien réelle.

En confiant à Frank Klopas les responsabilités de composer et d'entraîner l'équipe, l'organisation commet une erreur. Le cumul des deux tâches lui donne une influence énorme, aucunement justifiée par son travail des derniers mois.

Sur le terrain, le règne Klopas a été caractérisé par une absence de dynamisme, de créativité et d'engagement. Le spectacle au stade Saputo a souvent été moche, ce qui explique la désaffection du public.

Non, le mauvais temps n'a pas aidé à attirer les foules. L'équipe a semblé abonnée aux jours de pluie ou de froid pour disputer ses matchs locaux. Cette malchance a commencé avec le coup d'envoi de la saison au Stade olympique, décalé d'une journée pour cause d'accumulation de neige sur la toiture. Et la suite a été à l'avenant.

Il n'empêche que si l'Impact avait offert un spectacle aussi enlevant qu'à l'été 2013, les foules auraient été meilleures au stade Saputo. Le nombre d'abonnements saisonniers étant modeste (environ 9000), l'équipe doit miser sur les ventes de billets individuels ou de forfaits de groupe pour remplir les gradins.

Ce boulot exigeant laisse démesurément l'équipe à la merci de ses performances sur le terrain. Un bon «bouche-à-oreille» devient alors essentiel. Il faut un buzz autour de l'équipe, les gens doivent savoir qu'une visite au stade Saputo est amusante. Sur ce plan, 2014 a été un échec.

Dans tous les marchés où un sport veut s'implanter, les équipes doivent aussi compter sur un porte-parole passionnant, capable de créer de l'intérêt envers son organisation. Klopas est un gros travaillant, certes, mais il ne répondra jamais à cette définition. Il ne fait pas «vivre» l'Impact dans les médias.

Klopas ne parle pas le français, ce qui diminue sa résonance médiatique. Jesse Marsch, premier entraîneur de l'équipe en MLS, a vite compris l'importance de maîtriser la langue. Il avait promis d'apprendre et a tenu parole.

L'Impact estime ne pas profiter de sa juste part de visibilité dans les médias montréalais. Aux journalistes, Richard Legendre dit: «Il y a trois clubs professionnels à Montréal. Mais parfois, quand on vous lit et on vous écoute, on a l'impression qu'il y en a un. On comprend bien l'importance de ce "un"-là. Mais il me semble que ce pourrait être plus - et mieux - partagé.»

Des responsables des sections sportives vous diront pourtant que l'Impact n'est pas toujours un modèle de collaboration. L'accès aux joueurs est souvent difficile et même l'entraîneur a oublié de rencontrer les journalistes après un match à l'étranger cette saison. L'équipe «un», c'est-à-dire le Canadien, n'agit pas ainsi.

Cela dit, Richard Legendre reconnaît que son organisation doit s'améliorer à ce chapitre. Ancien ministre des Sports, il comprend l'importance de la communication. «Ça fera partie des conversations que Frank et moi continuerons d'avoir. On se doit d'être extrêmement accessibles. On a encore du développement à faire dans notre marché.»

L'objectif est clair. Mais encore faudra-t-il que Klopas s'adapte. Gros défi.

***

En dressant son bilan de la saison, Patrice Bernier a mentionné à quel point les départs d'Alessandro Nesta et Davy Arnaud avaient fait mal à l'Impact. Leur départ a été ressenti sur le terrain, mais encore plus dans le vestiaire. L'entraîneur n'a pas réussi à combler ce vide.

La semaine dernière, mon collègue Pascal Milano a interviewé trois spécialistes à propos de la saison de l'Impact. Je retiens ce commentaire de Patrick Leduc, collaborateur de La Presse, à propos de Klopas.

«La plupart des joueurs le respectent parce qu'il travaille beaucoup, mais je ne les sens pas particulièrement inspirés par ce qu'il propose. Ils ne semblent pas tous unis afin de s'assurer que l'Impact devienne une équipe championne. Ils n'ont pas tous l'air de faire partie d'un projet collectif.»

À l'évidence, le plan d'ensemble n'a jamais été clair.

***

L'Impact fait partie d'une ligue en pleine progression. En 2015, deux nouvelles équipes, New York et Orlando, seront de la partie. Deux ans plus tard, Atlanta disputera son premier match, tout comme la nouvelle formation de Los Angeles, qui remplacera le Chivas.

Sur le plan télévisuel, les nouveaux contrats de Major League Soccer (MLS) aux États-Unis lui vaudront 90 millions par saison, trois fois plus qu'en 2014. La valeur des équipes a bondi. Une concession vaut maintenant environ 100 millions, soit 60 millions de plus que le prix versé par les propriétaires de l'Impact pour se joindre au circuit.

L'aventure de l'Impact en MLS possède un potentiel inouï. Pour nous tous qui aimons le sport et croyons que Montréal profite de trois équipes professionnelles en santé, il faut souhaiter que l'organisation se relève vite de la saison 2014. L'Impact a de l'espace pour grandir au Québec. Surtout en alignant un joueur de la dimension d'Ignacio Piatti, seule bouffée d'air frais des derniers mois.

Peut-être que Frank Klopas fera mentir mon analyse et relancera l'équipe en 2015. Peut-être que le match de la Ligue des champions de la CONCACAF, prévu au Stade olympique en mars prochain, donnera à l'organisation une extraordinaire impulsion. Peut-être que les salles combles deviendront fréquentes au stade Saputo.

Mais pour en arriver là, l'organisation devra travailler très fort. Dans les bureaux administratifs comme sur le terrain. L'Impact est à la croisée des chemins.

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