Faut-il syndiquer les joueurs juniors?

Pour les dirigeants du hockey junior canadien, la nouvelle est tombée comme une tonne de briques au milieu de l'été. L'influent syndicat Unifor a annoncé son intention de représenter les joueurs.

Cette idée a déjà été évoquée dans le passé. Mais cette fois, la présence d'Unifor crédibilise le projet.

Créé l'année dernière par la fusion de deux importants syndicats canadiens, dont celui des Travailleurs de l'automobile, Unifor représente 300 000 employés d'un océan à l'autre. Il s'agit d'un acteur majeur en matière de relations de travail, avec ses entrées au sein du gouvernement libéral de l'Ontario.

L'éclosion de ce débat était inévitable. Le hockey junior a grandi au fil des années. Plusieurs clubs sont détenus par des entreprises de premier plan et génèrent des revenus appréciables. Aux États-Unis, où plusieurs équipes de football collégial rapportent des millions aux universités, une discussion semblable a lieu.

Dans les deux cas, les questions sont identiques: les joueurs obtiennent-ils leur juste part du gâteau? Sont-ils suffisamment compensés pour leurs efforts? Ne serait-il pas normal que leurs intérêts soient défendus par un syndicat?

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Même s'il ne croit pas que le projet de syndicalisation aboutira, Gilles Courteau est contrarié par l'initiative d'Unifor. Le commissaire de la Ligue de hockey junior majeur du Québec (LHJMQ) estime que les joueurs de son circuit, comme ceux des ligues de l'Ontario et de l'Ouest, sont très bien traités.

«Subvenir aux besoins d'un joueur nous coûte annuellement de 38 000 à 42 000$, dit-il. Nous avons beaucoup amélioré l'encadrement. Des anciens comme Jocelyn Thibault, Philippe Boucher et Marc Fortier, revenus occuper des postes de responsabilité dans notre ligue après leur carrière professionnelle, ont été surpris par nos progrès.»

Courteau, à la tête du circuit depuis 28 ans, s'exprime avec passion en évoquant l'évolution de la LHJMQ, notamment sur le plan du soutien scolaire.

«Au cégep, nos joueurs suivent en moyenne entre deux cours et demi et trois cours, dit-il. L'horaire des entraînements est établi en fonction des études. Le jour d'un examen, il n'est pas rare qu'un joueur profite d'un transport particulier afin de rejoindre ses coéquipiers à l'étranger. Et durant les longs déplacements, plusieurs équipes sont accompagnées d'un tuteur. Des séances de travail sont organisées quotidiennement. Tout cela est méconnu du grand public...»

Les joueurs touchent une somme hebdomadaire de 60$, officiellement désignée «bourse d'encouragement aux études». Ils reçoivent aussi une somme de 50$ pour faire le plein d'essence ou acquitter le coût des transports en commun. La pension et les frais scolaires sont assumés par leur équipe.

Des bourses permettant de poursuivre des études - universitaires ou autres - après leur stage junior sont aussi offertes. Le plafond est de 6000$ par année pendant quatre ans. Ceux qui ont joué jusqu'à 20 ans reçoivent une somme additionnelle de 4000$, payable en deux ans. «L'an dernier, on a versé 700 000$ en bourses», explique Courteau.

Ce programme est cependant l'objet d'une critique: les joueurs n'ont que 18 mois après leur carrière junior pour entreprendre ces études. Sinon, ils perdent le droit à la bourse. L'ennui, c'est que plusieurs d'entre eux joueront deux ou trois saisons dans les circuits professionnels mineurs avant d'abandonner leur rêve.

Les dirigeants du hockey junior sont conscients du problème. Ils envisagent de porter à 23 ans l'âge limite pour profiter de la bourse. Mais ironiquement, une prolongation du délai pourrait peut-être diminuer leurs engagements financiers. «C'est plus difficile de revenir aux études après avoir touché un salaire pendant trois ans», soutient Courteau.

D'autres avantages sont offerts aux joueurs s'ils négocient bien avec leur équipe: frais d'entraînement estival, remboursement des dépenses de leurs parents venus assister aux matchs et bourse d'études additionnelle pouvant atteindre 10 000$ par année, pendant quatre ans, après leur stage junior.

Courteau est convaincu que son circuit offre aux jeunes une formidable occasion de développer leur talent sportif tout en préparant une autre carrière. Il s'agit d'une nécessité, puisqu'à peine 2% des juniors canadiens atteignent la LNH.

«Au printemps dernier, le Phoenix de Sherbrooke a repêché le fils de Patrick Poulin, un ancien joueur du Canadien, raconte Courteau. Il nous a prévenus que son garçon voulait jouer dans une école américaine. Mais l'encadrement offert par notre ligue l'a fait changer d'idée.»

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Gilles Courteau ne croit pas que les joueurs seraient gagnants en recevant un salaire de quelques centaines de dollars par semaine, qui les obligerait ensuite à assumer leurs frais de subsistance.

Le commissaire doute qu'ils afficheraient tous, à cet âge, la maturité nécessaire pour administrer leur budget et assister à leurs cours. D'autant plus que la plupart habitent loin de leurs parents pendant la saison.

Là-dessus, il a peut-être raison. Mais à mon sens, un immense problème demeure: l'opacité du hockey junior canadien.

Comment savoir, par exemple, si les équipes font financièrement le maximum pour leurs joueurs lorsque aucune donnée n'est disponible? Un exemple: un contrat de 12 ans a été signé avec Sportsnet et TVA pour diffuser les matchs. Mais le montant demeure secret.

Il faut aussi croire sur parole les dirigeants lorsqu'ils affirment que plusieurs équipes ne font pas de profits. Le modèle d'affaires doit pourtant être efficace, le prix de vente des concessions atteignant 3,5 millions.

Gilles Courteau a raison de soutenir que les joueurs de la LHJMQ sont mieux traités que dans le passé. Mais dans une société moderne et ouverte, ils devraient avoir voix au chapitre pour discuter de leurs conditions et s'assurer que tous profitent des mêmes avantages.

Quel serait le bon véhicule pour atteindre cet objectif? Un syndicat en bonne et due forme? Un regroupement de joueurs, anciens et actuels? Un groupe calqué sur le modèle des associations étudiantes? Ou simplement une plus grande transparence des propriétaires d'équipe?

Le débat est nécessaire. Peu importe la suite des choses, Unifor aura eu le mérite de le relancer.




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