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La princesse et sa passion

Elle a longtemps été la princesse du tennis international: un jeu tout en finesse, une habileté diabolique à construire un point, comme l'araignée tisse sa toile, pour empêtrer ses rivales. Et, surtout, ce sourire magique, marqué d'un brin d'arrogance, comme si son succès était inévitable.

Le revers de la médaille a souvent été moins joli: une crise mémorable en finale de Roland-Garros contre Steffi Graf, où elle avait brisé toutes les règles du bon comportement, allant jusqu'à servir une balle par en dessous; des remarques dures à l'endroit d'adversaires; une suspension de deux ans à la suite d'un contrôle positif...

Martina Hingis n'est âgée que de 33 ans, mais on pourrait déjà faire un film sur sa vie. Malgré toutes les péripéties ayant marqué sa carrière, sur le terrain comme à l'extérieur, son sport l'habite toujours. L'an dernier, elle a mis fin à sa retraite (pour la deuxième fois!) afin d'effectuer un retour au jeu en double.

La voici donc à Montréal, confinée aux terrains secondaires, là où seuls quelques centaines de spectateurs assistent aux matchs; là où le seul lien avec le court central est le bruit des applaudissements qui s'en échappent; là où, comme ce fut le cas dans son match d'hier soir, un échange est parfois stoppé parce qu'une balle frappée d'un terrain voisin atterrit au milieu du court.

Tout cela n'empêche pas la Suissesse, gagnante de cinq titres majeurs en simple, de s'amuser ferme. Il faut la voir sourire à tous les coups gagnants de son duo, encourager sa partenaire Flavia Pennetta, faire la moue après avoir raté un revers ou afficher un air coquin en laissant tomber un amorti parfait, pour comprendre son amour du tennis.

Martina Hingis a vieilli, son service n'est pas puissant, mais elle se déplace sur le court avec son agilité d'antan.

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«Mon héritage en simple? C'est à vous de répondre à cette question, pas à moi!»

C'était mardi, après le premier tour du double. Le soir tombait doucement sur Montréal, et Martina Hingis répondait aux questions des journalistes. Elle était entrée dans la pièce quelques minutes plus tôt, élégante dans sa tenue sportive, tenant un sac à main chic et discret.

- D'accord, oublions ton héritage. Alors, de quoi es-tu le plus fière dans ta carrière?

Cette fois, la formulation de la question lui a plu. «Je n'étais pas super forte ou super athlétique, je n'avais pas un gros coup pouvant me servir d'arme. Mais j'étais une joueuse complète. Je voyais bien le jeu.»

Puis, les yeux brillants, elle a raconté que les gens lui faisaient parfois un beau compliment, évoquant l'intelligence de son jeu. C'est vrai qu'à ce chapitre, Martina Hingis était unique. On a toujours senti chez elle une compréhension absolue de la stratégie. C'est pourquoi, à son meilleur, elle était si belle à voir jouer.

Malgré sa confiance en soi, Martina Hingis n'a pas songé à tenter de nouveau sa chance en simple. «En double, je n'ai que la moitié du terrain à couvrir. C'est déjà bien assez! Le simple, c'est une autre histoire. L'attitude et l'engagement sont complètement différents.»

En plus des matchs de double du circuit féminin, Hingis participe au World Team Tennis, un circuit américain où des équipes mixtes s'affrontent durant l'été. Elle s'aligne au sein des Kastles de Washington, qu'elle a menés au championnat le mois dernier. «J'y joue parfois de bons matchs de simple, mais nous ne disputons qu'un set, ce qui est idéal pour moi.»

Hingis n'est pas la joueuse la plus âgée à Montréal cette semaine, loin de là! La doyenne est Kimiko Date-Krumm, une Japonaise de 43 ans. Après s'être retirée en 1996, elle est revenue au jeu 12 ans plus tard.

«Kimiko est vraiment une exception, lance Hingis en riant. Elle courait des marathons à l'époque où elle ne jouait pas! Moi, je n'aurais jamais fait ça. J'admire les gens qui se donnent au sport comme elle.»

C'est la saison dernière, en entraînant la jeune Russe Anastasia Pavlyuchenkova, que l'idée d'un retour a germé dans l'esprit de Martina Hingis. Sa performance dans un set d'entraînement en double, contre de solides rivales, l'a encouragée. «Je me suis dit que j'avais encore quelques matchs en moi, que j'étais capable de jouer un tennis décent.»

Cette saison, Hingis a amorcé la saison avec l'Allemande Sabine Lisicki, une joueuse qu'elle entraînait. Elles ont remporté le tournoi de Miami. Quelques semaines plus tard, d'un commun accord, elles ont mis fin aux deux associations.

Martina Hingis parle avec enthousiasme du rôle d'entraîneur. Mais son plaisir de jouer demeure plus fort.

***

Il était près de 21h lorsque Martina Hingis a donné la victoire à son duo, hier, réussissant le point décisif. Une beau match, qui permet à son duo d'atteindre la ronde quart de finale.

La rencontre terminée, des dizaines d'amateurs se sont regroupés devant Hingis, qui a signé plusieurs autographes. Dans une voiturette de golf à l'entrée du terrain, sa coéquipière italienne l'attendait patiemment pour rentrer au vestiaire, sachant très bien qu'une star comme Hingis a ses obligations envers le public.

Sur le chemin du retour, Martina Hingis a peut-être aperçu les grandes bannières bordant le court central, où apparaissent les photos des gagnantes du tournoi de Montréal. Son visage apparaît sur l'affiche de 2000. C'était à une autre époque de sa vie. Mais la princesse n'a jamais perdu la passion de son sport.




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