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Nos hommes à Denver et à Andorre

Patrick Roy et Jacques Villeneuve... (Photos Steve Deschênes, Le Soleil et Graham Hughes, PC)

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Patrick Roy et Jacques Villeneuve

Photos Steve Deschênes, Le Soleil et Graham Hughes, PC

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Deux Québécois célèbres ont bouclé leur valise pour s'établir dans un autre coin du monde.

Le premier, Patrick Roy, fier de ses racines, est heureux de porter l'image du Québec aux États-Unis.

Le second, Jacques Villeneuve, saisit plutôt l'occasion pour effectuer une nouvelle charge contre le Québec. Compte tenu de sa contribution majeure à notre histoire sportive, ses déclarations sont d'une tristesse inouïe.

* * *

D'abord, Patrick Roy. Peu après le début de la rencontre de presse entourant sa nomination, mardi, à Denver, il a pris la parole en français, par respect pour la société où il a grandi et travaillé. «Je sais d'où je viens et je ne vous oublie pas», a-t-il dit, avec conviction.

Son message est significatif. Saluer les gens d'ici qui l'ont appuyé, c'était une façon de célébrer avec eux ce moment unique de sa carrière.

Comme tous les Québécois, Roy sait que notre société n'est pas parfaite. Mais il est fier d'en être issu. Voilà pourquoi il a travaillé à son amélioration, plutôt que de se contenter de souligner ses lacunes réelles ou imaginaires.

Son séjour derrière le banc des Remparts n'a pas été exempt d'erreurs. Mais il a investi avec succès son temps, son énergie et son argent afin de contribuer à l'essor de son milieu.

À Denver, Roy aura les siens en tête. Comptons sur lui pour donner aux Québécois la chance de s'illustrer dans la LNH, que ce soit comme joueur, entraîneur adjoint ou recruteur.

* * *

Ensuite, Jacques Villeneuve. Le Québec, on le sait maintenant, ne peut combler les attentes élevées du nouveau résidant andorran au niveau de la qualité de vie.

Et cela, même si la province fait partie du Canada qui, ironiquement, s'est vu attribuer cette semaine le troisième rang de l'indice du bonheur par l'Organisation de coopération et de développement économique (OCDE). Trente grands pays industrialisés ont été analysés, et, non, Andorre n'en fait pas partie.

Pour Villeneuve, se plaindre du Québec est devenu une habitude. En juin 2011, il a dénoncé le système d'éducation québécois où, à son avis, «on nivelle par le bas et on n'est pas assez exigeant». Pas question que ses enfants ne boivent de cette eau, a-t-il assuré, disant préférer le modèle français. Pourtant, l'enquête internationale PISA - 2009 a démontré que les élèves canadiens se classaient devant leurs camarades français.

Au-delà des statistiques, c'est la condescendance de cette affirmation qui est choquante, pour tous les Québécois formés par notre système scolaire, ainsi que pour ses enseignants et gestionnaires.

Deux mois plus tard, l'ancien pilote a remis ça. Cette fois, le Québec ratait le bateau parce qu'il refusait de pomper 500 000 $ pour soutenir une course de stock-car dans l'île Notre-Dame. «Que les gouvernements bougent, on ne devrait même plus avoir à en parler», a-t-il lancé, dans une analyse à courte vue.

Du coup, Villeneuve s'en est pris aux BIXI (!), aux pistes cyclables et aux retombées du Grand Prix de Trois-Rivières, où «notre argent tourne en rond». (Ce jugement consternant ne l'empêche pas d'envisager, selon RDS, une participation à la course de cette année.)

Puis, en 2012, Villeneuve a donné son avis sur les étudiants en grève, des «fainéants» ayant grandi «sans jamais entendre leurs parents leur dire non». Encore une fois, dans un contexte social chaud, il ne s'est pas distingué par la finesse de son propos.

Enfin, le week-end dernier, dans une entrevue au Journal de Montréal, Villeneuve a expliqué ainsi sa décision de s'établir à Andorre: «Je ne me sentais plus chez nous au Québec». Il a dénoncé les «conflits dans tous les sens», s'en prenant notamment aux «habitudes des assistés».

* * *

Au printemps 1986, à mes débuts en journalisme, j'ai vécu un grand moment en couvrant les exploits de Patrick Roy, qui a conduit le Canadien à la conquête de la Coupe Stanley. Je me souviens encore de ses arrêts étourdissants en prolongation au Madison Square Garden de New York, une des salles les plus prestigieuses du monde.

Dix ans plus tard, au printemps 1996, j'ai assisté à un autre épisode formidable, la première victoire de Jacques Villeneuve en Formule 1. C'était au Grand Prix d'Europe, sur le légendaire circuit du Nürburgring. Durant les 30 derniers tours, il a repoussé les assauts de Michael Schumacher, alors double champion du monde.

Le souvenir de Roy et Villeneuve, savourant leurs succès avec joie et humilité, m'est toujours resté en mémoire. Comment ne pas ressentir de la fierté en voyant ces deux jeunes Québécois s'imposer de la sorte sur des plateaux aussi célèbres?

Des années plus tard, Patrick Roy est toujours le même: sincère, parfois un peu arrogant, mais authentique et heureux d'être Québécois.

En revanche, je ne reconnais plus Jacques Villeneuve. Il a droit à ses opinions, bien sûr, il peut croire si ça lui chante que «le Québec se sent petit».

Mais je me demande néanmoins où est passé ce garçon impressionnant qui, en 1997, avait lui-même suggéré d'organiser une fête à Montréal, après sa conquête du titre mondial des pilotes. Il voulait partager cette réussite avec ses compatriotes.

J'avais alors écrit, en empruntant la formule de Jean-Pierre Ferland, que Villeneuve avait une canne de bines dans ses racines.

C'était il y a 16 ans à peine. Mais, dans ce cas, aussi bien dire une éternité.




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