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La LNH a «donné», vraiment?

Comment Gary Bettman peut-il justifier la poursuite de... (Photo: Reuters)

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Comment Gary Bettman peut-il justifier la poursuite de ce lock-out alors que l'Association des joueurs a déjà accepté des modifications significatives, toutes à l'avantage des propriétaires, à commencer par le partage des revenus?

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Gary Bettman était indigné, hier soir, en confirmant la suspension des négociations entre la LNH et les joueurs.

Personne ne se souvient de l'avoir vu si choqué. Il a sans doute convaincu beaucoup de gens que la dernière offre des propriétaires était formidable.

«On a donné, donné et donné encore, a-t-il tonné, la lèvre frémissante. Au fil des mois, on leur a soumis cinq propositions différentes!»

La LNH a «donné», vraiment? Si Bettman croit vraiment ce qu'il dit, sa vision des pourparlers est bien singulière. La vérité est différente. Les seuls aménagements consentis par la LNH sont par rapport à sa proposition initiale, irrecevable.

Si, pour les propriétaires, «donner» signifie le maintien du statu quo sur des enjeux comme l'acquisition de l'autonomie et les contrats des recrues, on ne s'étonnera pas de la tournure des événements.

Les propriétaires ont déjà gagné cette négociation. Leur part des revenus grimpera en flèche. L'ennui, et ils l'ont de nouveau démontré hier, c'est qu'ils recherchent la victoire par K.-O.

La question de la durée des contrats des joueurs l'illustre bien. Sous l'ancienne convention, plusieurs vedettes ont signé des ententes de 10 saisons et plus. Les propriétaires exigent désormais une limite de cinq saisons. Il s'agit d'une modification majeure, très désavantageuse pour les joueurs.

Hier, ceux-ci ont accepté de bouger sur cette question. Ils ont proposé une limite de huit saisons.

Quelle a été la réponse des propriétaires? Un rejet sans appel. Leur position n'est pas négociable. Ce sera cinq saisons, point final. Même intransigeance à propos de la durée de la convention collective.

Selon Bettman, la LNH doit absolument signer un accord permettant aux 30 équipes d'être concurrentielles et en bonne santé financière. Donnons-lui raison là-dessus.

Mais comment peut-il justifier la poursuite de ce lock-out alors que l'Association des joueurs a déjà accepté des modifications significatives, toutes à l'avantage des propriétaires, à commencer par le partage des revenus?

Cela, bien sûr, Bettman ne l'a pas expliqué hier, trop pris par son exaspération.

* * *

La saison sera-t-elle annulée? Trop tôt pour le dire. Officiellement, Bettman a refusé de donner une date butoir pour signer un accord, affirmant d'un ton sec qu'il prendra les décisions nécessaires au moment opportun.

Le précédent de la saison 1994-1995 permet néanmoins de comprendre que cette date se situe entre les 10 et 15 janvier prochain. «Cette saison-là, nous avons joué 48 matchs, a dit Bettman. Je ne peux imaginer que nous disputions une saison plus courte.»

Un calendrier de 48 rencontres semble donc acceptable pour Bettman. Or, l'accord mettant fin au lock-out de 1994-1995 a été entériné le 12 janvier. Le calendrier régulier a commencé neuf jours plus tard et s'est conclu le 3 mai. Les séries éliminatoires ont eu lieu comme d'habitude.

Il reste donc suffisamment de temps aux deux parties pour trouver un compromis acceptable. De toute façon, entre une saison de 48 ou 58 matchs, la différence est négligeable. Dans les deux cas, nous assisterons à une course de demi-fond plutôt qu'au traditionnel marathon de 82 rencontres. Cela n'aura pas la même saveur.

Mais nous n'en sommes pas encore là. Bettman a dit que la partie patronale devait maintenant prendre «une grande respiration» et réévaluer la situation. Il s'agit d'une excellente idée. Vaut-il vraiment la peine d'annuler la saison parce que la dernière stratégie patronale n'a pas fonctionné à 100%?

Ce matin, autour d'un café, Bettman et son adjoint Bill Daly réaliseront peut-être que les joueurs ont aussi pilé sur leur orgueil cette semaine à New York.

* * *

Cette négociation laissera des traces profondes. Il faudra plus d'une saison pour rebâtir les ponts entre propriétaires et joueurs.

Dans un contexte aussi bouillant, Bettman et Bill Daly ont laissé la colère primer sur le plus élémentaire respect en début de soirée. Laisser un message vocal pour signifier aux joueurs le rejet de leur contre-proposition est une manière déplorable d'agir.

Mais doit-on vraiment se surprendre de ce faux pas? Peu importe le moment où cet interminable lock-out prendra fin, il aura consacré l'échec de la stratégie de Bettman. La victoire patronale sera en partie bousillée par le désabusement des fans et des partenaires commerciaux de la LNH.

Depuis l'ouverture des négociations, le commissaire s'est comporté comme un homme du passé, incapable d'adopter une approche moderne des relations de travail.

En janvier dernier, interrogé sur les pourparlers à venir, Bettman avait déclaré: «Je souhaite qu'ils soient rapides et sans douleur. Ce serait dans le meilleur intérêt de tous.»

S'il était sérieux, pourquoi sa première offre a-t-elle constitué une déclaration de guerre? A-t-il vraiment cru qu'en exigeant un déluge de concessions, il favoriserait une entente rapide?

Évidemment, Bettman n'a jamais pensé que cette offre serait acceptée. Il s'agissait pour lui d'une «invitation» à amorcer les pourparlers. Elle a plutôt eu l'effet de braquer les joueurs. Et de solidifier leur solidarité.

Cela dit, la journée rocambolesque d'hier ébranlera sûrement plusieurs joueurs. Ce sera à Donald Fehr de maintenir l'unité. Les prochaines heures seront déterminantes.

Quant à Bettman, souhaitons qu'une fois le conflit réglé, il entreprenne une réflexion en profondeur sur son avenir.




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