Les Jeux d'hiver, Montréal devrait oser

Montréal n'ose plus rêver grand. Les révélations à la commission Charbonneau, qui renforcent le malaise autour de l'administration Tremblay, n'annoncent pas un retournement rapide de situation.

Il faudra pourtant que cette grisaille s'estompe un jour. Montréal devra retrouver le plaisir des défis emballants, capables de susciter l'enthousiasme des citoyens, les jeunes d'abord.

Lorsque ce moment magique surviendra, pourquoi Montréal ne songerait pas à un plan ambitieux, soit l'organisation des Jeux olympiques?

Non, pas les Jeux d'été, une entreprise économique périlleuse. Mais ceux d'hiver. Des Jeux moins gigantesques mais tout aussi excitants, qui collent mieux à notre réalité et dont la présentation demeure à notre portée. Des Jeux verts, économiquement responsables, et dotés d'un dynamique volet culturel.

En 1995, la Ville de Québec a vécu une amère déception lorsque sa tentative d'obtenir les Jeux de 2002 s'est soldée par un échec. Et même si l'idée d'une nouvelle candidature a été évoquée, le maire Régis Labeaume l'a écartée l'automne dernier.

Les leaders de la société montréalaise devraient saisir l'occasion et former un comité exploratoire. En misant sur des infrastructures existantes et un partenariat avec d'autres villes, Montréal proposerait des Jeux rompant avec la formule traditionnelle.

Des alliances pour amortir le risque

Depuis 50 ans, le modèle d'organisation des Jeux olympiques a peu évolué. Une ville obtient les Jeux d'été ou d'hiver et dépense ensuite des milliards de dollars pour construire des équipements neufs et améliorer ses infrastructures de transport.

Dans la situation économique mondiale actuelle, cette approche est condamnée. Pour des raisons élémentaires de prudence financière, de moins en moins de villes sont intéressées par l'aventure. Athènes, par exemple, paie encore le prix de ses énormes investissements de 2004.

En janvier dernier, inquiète de la facture potentielle, Rome a retiré sa candidature à l'organisation des Jeux de 2020. Madrid est demeurée de la partie, mais la crise en Espagne aura probablement raison de ses espoirs.

Le soccer est aux prises avec le même problème. Michel Platini, le patron de l'Union européenne de football, envisage une formule nouvelle pour l'Euro 2020. Au lieu de présenter le tournoi dans un ou deux pays, celui-ci pourrait être tenu dans des métropoles du continent.

Des stades existants à Madrid, Londres et Munich, par exemple, seraient utilisés. Nul besoin de bâtir en neuf comme ce fut le cas en Pologne et en Ukraine pour l'Euro de juin dernier.

C'est dans cet esprit que Montréal devrait envisager l'organisation des Jeux. Notre ville serait au centre du spectacle, mais proposerait des alliances pour élargir la fête et amortir le risque financier.

Un des axes de la candidature serait de confier à une ville possédant déjà les installations requises les épreuves de bobsleigh, luge, skeleton et sauts à ski. Montréal ne détient pas ces équipements et leur construction poserait un immense problème financier et écologique.

Deux options seraient possibles. La première serait de présenter ces compétitions à Lake Placid, dans l'État de New York. Cette ville n'est guère plus éloignée de Montréal que Whistler ne l'est de Vancouver. Au point de vue géographique, cette alliance serait logique.

En revanche, un partenariat avec une ville américaine serait politiquement plus sensible. Si les États-Unis songent eux-mêmes à une candidature pour les Jeux d'hiver, ils ne voudront pas se couper l'herbe sous le pied.

Dans ce cas, et c'est la deuxième option, Montréal s'unirait à Calgary ou Vancouver-Whistler. Malgré la distance, le Comité international olympique (CIO) préférerait sans doute que les épreuves aient lieu dans le même pays.

La Charte olympique autorise la tenue de certaines épreuves dans une région éloignée de la ville hôte. Le Comité olympique canadien devrait embrasser pareille idée, qui unirait les villes du pays plutôt que les opposer.

Des compromis semblables dessineront inévitablement l'avenir du mouvement olympique. Cela est encore plus vrai pour les Jeux d'hiver, qui sont en pleine mutation. À Sotchi, par exemple, 10 nouvelles épreuves seront présentées, la plupart dans des sports non traditionnels.

Aujourd'hui, le bobsleigh, la luge, le skeleton et le saut à skis se fondent dans un ensemble de compétitions beaucoup plus vaste. Les dirigeants du CIO, soucieux de l'aspect environnemental des candidatures, réalisent que la construction de pistes de bobsleigh et de tremplins de ski en pleine montagne se butera à une vive opposition citoyenne.

Voilà pourquoi ils devront trouver des solutions de rechange. Voilà pourquoi ce plan, absurde il y a 25 ans, deviendra acceptable.

Un rêve réaliste

À l'automne 2011, jonglant déjà avec cette idée, j'ai demandé au maire Gérald Tremblay s'il serait intéressé à poser la candidature de Montréal aux Jeux d'hiver. Sa réponse a été claire: non!

L'idée que Montréal accueille de nouveau les Jeux olympiques a néanmoins été évoquée le mois dernier. On apprenait que Guy Bertrand, un avocat connu de Québec, travaillait sur un mystérieux projet de «Cité des sports» pour Montréal.

L'objectif serait de construire un stade avec toit amovible, un anneau de glace et un complexe commercial, de façon à positionner la région en vue de l'obtention des Jeux olympiques d'été ou d'hiver, et du retour d'une équipe des ligues majeures de baseball.

À première vue, ce projet me semble coupé de notre réalité économique.

Montréal n'accueillera plus jamais les Jeux d'été, une aventure de 15 milliards. Et le baseball majeur ne reviendra pas dans une ville où il a connu un échec si cuisant.

Les Jeux d'hiver, en revanche, constituent un rêve réaliste. Mais la seule manière de réussir, c'est d'utiliser les équipements en place et forger des alliances avec d'autres villes.

Une approche unique

Évoquer la tenue de Jeux olympiques d'hiver à Montréal suscitera sûrement quelques railleries.

Le traumatisme lié au coût des installations a éclipsé le succès sportif des Jeux d'été de 1976. Ces Jeux ont néanmoins élargi les horizons sportifs et culturels de millions de Québécois. Pourquoi la jeunesse d'aujourd'hui ne profiterait pas de la même chance?

Le projet de Montréal correspondrait aux valeurs de notre époque: partenariats entre les villes, écologie, responsabilité financière, valorisation de la culture. En ce sens, l'approche de Montréal serait unique.

Le CIO pourrait évidemment refuser pareil projet. Mais la crise qui frappe l'économie mondiale l'obligera à revoir, sans doute plus tôt que tard, ses critères d'attribution des Jeux.

Montréal devrait oser.

La première étape est simple: étudier sérieusement le projet.

Où auraient lieu les Jeux d'hiver de Montréal?

Stade olympique

Cérémonies d'ouverture et de fermeture; patinage de vitesse longue piste

Le gouvernement du Québec devra bientôt décider de l'avenir du Stade olympique. Seul le remplacement du toit permettra d'en maximiser l'utilisation. Une candidature olympique justifierait encore mieux cette dépense nécessaire.

Le Stade accueille 60 000 spectateurs. Malgré son intérieur défraîchi, il est en assez bonne condition pour être le théâtre des cérémonies d'ouverture et de fermeture. Il suffirait de moderniser l'éclairage et la sonorisation

Les compétitions de patinage longue piste seraient aussi présentées au Stade. Plutôt que de construire un anneau de glace de 125 millions, on aménagerait, à une fraction du coût, une glace artificielle dans l'ancien avant-champ de baseball.

La direction du Parc olympique propose déjà une nouvelle configuration, où une toile coupe l'ancien terrain de baseball dans le sens de la largeur. Cela crée un environnement plus intimiste de 35 000 sièges, en dissimulant le vaste espace à partir du champ centre. Les courses seraient présentées dans une ambiance du tonnerre.

Si on recouvre la glace du Centre Bell pour un show rock entre deux matchs du Canadien, on peut imaginer une solution où le Stade accueillerait les épreuves de longue piste entre les cérémonies d'ouverture et de fermeture.

Centre Bell, nouvel amphithéâtre de Québec, Scotiabank Place d'Ottawa

Hockey féminin et masculin

Les tournois de hockey masculin et féminin auraient lieu à trois endroits: le Centre Bell, le nouvel amphithéâtre de Québec et le Scotiabank Place d'Ottawa. Cela permettrait à des milliers de personnes au Québec et dans l'est de l'Ontario de vivre l'expérience olympique.

Disputer des rencontres à l'extérieur de Montréal ne constituerait pas une première. Aux Jeux de Londres cet été, des matchs de soccer ont été présentés à Glasgow, Newcastle et Manchester, des villes éloignées de la capitale britannique.

Nouvel amphithéâtre de Laval

Patinage artistique et patinage de vitesse courte piste

Le nouvel aréna de Laval, qui comptera 10 000 sièges, accueillerait le patinage artistique et le patinage de vitesse courte piste. Cet édifice sera presque aussi grand que celui où auront lieu les compétitions de Sotchi.

Aux Jeux de Vancouver en 2010, les deux sports étaient présentés au même endroit. Il suffisait d'une heure au personnel pour passer d'un module à l'autre.

Aréna Maurice-Richard

Curling

Le curling aurait lieu à l'aréna Maurice-Richard, assez vaste pour une compétition olympique.

Laurentides

Ski acrobatique, surf des neiges, skicross, etc.

Les compétitions liées au ski - ski acrobatique, surf des neiges, skicross, slopestyle, ski de fond, ski alpin (sauf la descente) et biathlon - auraient lieu dans les Laurentides: à Tremblant ou dans des centres situés encore plus près de Montréal.

Les jeunes athlètes québécois et canadiens brillent dans plusieurs de ces sports, dont un grand nombre sont issus de la filière des sports extrêmes. Les épreuves sont télégéniques et leur popularité est grandissante. Elles représentent l'avenir des Jeux d'hiver.

L'ajout d'installations dans ces disciplines, combiné à la mise à niveau de celles existantes, représenterait un investissement bienvenu dans le développement de nos athlètes pour des générations à venir.

Parc du Mont-Royal ou Parc Maisonneuve

Sprints, ski de fond

En ski de fond, des sprints pourraient être tenus au parc du Mont-Royal ou au parc Maisonneuve, de façon à profiter de l'ambiance particulière de la ville.

Place des Festivals

Remise de médailles

Chaque soir, la remise des médailles aurait lieu à la place des Festivals, un endroit magnifiquement aménagé. Des dizaines de milliers de personnes participeraient à la fête et des spectacles seraient présentés tous les jours. Montréal devrait d'ailleurs miser sur un programme culturel majeur durant ces Jeux.

Palais des congrès

Centre de presse

Le Centre de presse serait installé au Palais des congrès, à deux pas de la place des Festivals.

Griffintown

Village des athlètes

Le Village des athlètes serait implanté dans Griffintown et s'imbriquerait dans les projets de développement résidentiel du secteur.

Après les Jeux, ces unités d'habitation seraient converties en logements sociaux dont Montréal a grand besoin.

Vancouver-Whistler, Calgary ou Lake Placid

Bobsleigh, skeleton, luge

C'est ici que le partenariat avec une autre ville (voir texte principal) prend toute sa dimension.

Plutôt que de bâtir au Québec de coûteuses installations destinées à devenir des éléphants blancs après les Jeux, Montréal conclurait un partenariat fondé sur des considérations économiques et environnementales.

Les descentes masculine et féminine de ski alpin seraient aussi tenues dans cette région.




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