Le printemps de M. Anschutz

Philippe Cantin
La Presse

Qui retrouve-t-on derrière les succès des Kings de Los Angeles ce printemps? Et à qui doit-on la présence de David Beckham en Major League Soccer? Et qui veut construire un stade d'un milliard pour attirer une autre équipe de la NFL en Californie?

À ces questions, la réponse est la même: la société AEG, un géant du sport et du divertissement. En plus de ses multiples actifs en Amérique du Nord, la firme investit en Chine, en Russie et dans plusieurs autres pays.

En 1995, Philip Anschutz a donné le coup... (Photo: AP) - image 2.0

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En 1995, Philip Anschutz a donné le coup d'envoi à son futur empire sportif en achetant les Kings de Los Angeles. Dix ans plus tard, ceux-ci s'approchent d'une première conquête de la Coupe Stanley.

Photo: AP

AEG, c'est Anschutz Entertainment Group. La compagnie porte le nom de son fondateur, Philip Anschutz. Cet homme de 72 ans, qui fuit les médias et la publicité, est établi au Colorado. Ses convictions chrétiennes animent un segment de son empire, notamment dans le cinéma. Proche du Parti républicain, il est associé aux valeurs de la droite américaine.

En 1995, après avoir amassé une fortune dans le secteur pétrolier, Anschutz a donné le coup d'envoi à son futur empire sportif en achetant les Kings. Quelques mois plus tard, impressionné par le travail de Tim Leiweke, président des Nuggets de Denver, de la NBA, il lui a offert de s'installer à Los Angeles. Sa mission: diriger les Kings mais, surtout, construire un nouvel amphithéâtre.

Le Staples Center a ouvert ses portes en 1999. Cet édifice est devenu le point d'ancrage d'un nouveau quartier, L.A. Live, presque entièrement construit par AEG. Avec ses salles de spectacles, hôtels, condos, cinémas et restaurants, ce projet a inspiré plusieurs villes dans le monde.

«Tim Leiweke est un visionnaire», explique Kevin Gilmore, chef de l'exploitation du Canadien, qui a travaillé près de 10 ans pour AEG. «Il possède une extraordinaire capacité à motiver les gens. Et il comprend parfaitement les industries du sport et du spectacle.»

Contrairement à son patron Philip Anschutz, Leiweke apprécie son rôle public. Son sens de la répartie est évident.

L'automne dernier, après avoir autorisé les Kings à investir 114 millions dans les contrats de Drew Doughty, Mike Richards et Simon Gagné, Leiweke a lancé: «Allons maintenant gagner des Coupes Stanley! On vient de dépenser plus en salaires qu'on a payé l'équipe.»

Qui aurait pensé que, sept mois plus tard, les Kings seraient si près du but?

* * *

Ce printemps, trois équipes professionnelles du Staples Center participent aux séries éliminatoires. En plus des Kings, on retrouve les Lakers et les Clippers, dans la NBA.

Résultat, dès demain, six matchs significatifs seront présentés au Staples Center en... quatre jours! Philip Anschutz connaît manifestement un bon printemps.

L'effet AEG est aussi déterminant au soccer. Si Anschutz n'avait pas appuyé le lancement de la Major League Soccer, cette ligue n'existerait sans doute pas aujourd'hui. Au tournant des années 2000, il possédait des intérêts dans six équipes du circuit. Aujourd'hui, AEG est propriétaire du Galaxy et détient 50% du Dynamo de Houston.

Le Galaxy domine la MLS au niveau des commandites et des droits locaux de télévision. Selon le Sports Business Journal, Herbalife a promis 44 millions en 10 ans au Galaxy pour greffer son logo sur le maillot de l'équipe; et le réseau Time Warner versera 55 millions en 10 ans pour téléviser ses matchs.

Sur le plan des abonnements saisonniers, le Galaxy n'obtient pas le même succès. Résultat, Leiweke a donné un coup de balai au sein de l'organisation. Il a du coup confié à un jeune homme de 38 ans, Chris McGowan, la responsabilité du Galaxy et des Kings.

AEG est un joueur dominant dans l'industrie de la musique. L'entreprise est ainsi associée aux spectacles de Céline Dion à Las Vegas depuis 2003. Selon le magazine New Yorker, Philip Anschutz a vu la représentation 35 fois!

* * *

Pour AEG, le plus grand défi de l'année 2012 ne sera pas d'organiser un défilé de la Coupe Stanley si les Kings se rendent jusqu'au bout.

L'entreprise veut surtout construire un stade de football au coût d'un milliard à deux pas du Staples Center, en vue d'accueillir une équipe de la NFL.

Déjà, les droits d'appellation du stade ont été vendus à la compagnie d'assurances Farmers. L'entente est gigantesque: 700 millions en 30 ans. Farmers était disposée à conclure un accord avant même la construction de l'édifice afin de profiter de la publicité.

Le projet de stade est controversé au plan environnemental. Et il nécessite le réaménagement du Centre des congrès, une affaire de 300 millions que la Ville devra assumer en émettant des obligations.

Tim Leweike est sur toutes les tribunes pour vendre son projet. S'il réussit, la construction pourrait commencer l'an prochain. En attendant, il tentera d'arracher le contrat de gestion du Stade olympique de Londres. Sa rivale sera Live Nation, leader mondial de la présentation de spectacles.

* * *

En 1995, les Kings ont déclaré faillite. Leur ancien propriétaire, Bruce McNall, a été trouvé coupable de fraude. L'avenir de l'équipe était sombre.

Qui aurait alors pensé que l'équipe rendue célèbre par Marcel Dionne, Rogatien Vachon et Wayne Gretzky se retrouverait au coeur d'un nouvel empire sportif?

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