L'empreinte de Geoff Molson

Avec doigté et fermeté, Geoff Molson impose son empreinte sur la direction du Canadien. Après avoir annoncé l'été dernier qu'il succéderait à Pierre Boivin à titre de président de l'équipe le 1er juillet prochain, M. Molson a fait un deuxième geste significatif, vendredi, en créant un nouveau poste de chef de l'exploitation. Le candidat retenu chapeautera les opérations courantes et deviendra son bras droit.

La nouvelle est importante à deux titres. D'abord, elle fournit des indications sur la manière dont M. Molson conçoit son rôle. L'administration du Canadien, du Centre Bell et d'evenko, la division de la société responsable du volet spectacles, comporte mille ramifications. Il est désormais évident que M. Molson souhaite prendre du recul et se concentrer sur la progression de l'entreprise. Le nouveau chef de l'exploitation expédiera les affaires courantes, une tâche considérable dans une entreprise jouissant d'une aussi forte notoriété.

Ensuite, elle signifie le départ de Ray Lalonde, vice-président marketing et ventes du Canadien depuis 2002. L'homme derrière le remarquable succès des cérémonies du centenaire est parti en coup de vent à la suite de l'annonce de M. Molson.

Mis au courant de cette restructuration plus tôt dans la semaine, M. Lalonde, selon mes informations, s'est clairement fait dire qu'il ne serait pas candidat à ce nouveau poste. Dans les circonstances, il a quitté l'organisation. La négociation de ses conditions de départ s'est conclue vendredi après-midi et l'annonce a été faite par la suite.

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M. Lalonde, malgré une feuille de route remarquable, demeurait un personnage controversé au sein de l'organisation. Ses qualités faisaient l'unanimité: esprit brillant, bourreau de travail, passion pour le sport et imagination débordante.

En revanche, ses relations avec plusieurs collègues de travail étaient tendues. Son ton abrasif alimentait les conversations de coulisses. Il affichait des carences sur le plan des people's skills, cette expression anglaise qui rappelle l'importance pour un gestionnaire de placer les rapports humains au coeur de ses interventions. Dans le monde du travail d'aujourd'hui, ce défaut ne pardonne pas. Son départ précipité n'a pas provoqué de crise de larmes dans les bureaux de l'équipe.

Dommage pour M. Lalonde, qui constituait pourtant un choix logique pour occuper le nouveau poste dans l'organigramme du Canadien. Il aurait ainsi suivi la voie tracée par Tom Anselmi, ancien vice-président marketing des Maple Leafs de Toronto, promu chef de l'exploitation de Maple Leaf Sports & Entertainment en 2004. La nouvelle structure du Canadien semble d'ailleurs inspirée du modèle torontois.

Le processus de recrutement du nouveau chef de l'exploitation s'amorcera dans les plus brefs délais. La personne choisie devra être un gestionnaire hors pair, posséder un talent de communicateur et afficher un profil public modeste. La famille Molson apprécie la simplicité et le travail en harmonie. Le chef de l'exploitation devra aussi réaliser que son rôle, si important soit-il, sera essentiellement de soutenir le président.

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Plusieurs défis attendent Geoff Molson au cours des prochaines années.

Photo: Robert Skinner, archives La Presse

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L'année de transition se poursuit donc au sein de la direction du Canadien. En ce début d'année 2011, Geoff Molson a lancé la phase 2 du plan qui le portera officiellement à la présidence de l'équipe en juillet. Au cours des derniers jours, il a assumé un rôle beaucoup plus public. Il a présidé les cérémonies d'ouverture d'une patinoire communautaire dans Verdun et la remise de bourses à de jeunes sportifs de la relève. Il a aussi prononcé une conférence au Cercle canadien de Montréal devant une salle bondée.

Âgé de 40 ans, M.Molson prend les moyens pour mener la barque à sa façon. Aucun membre de la célèbre famille ne s'est autant investi dans la gestion quotidienne de l'équipe depuis son lointain cousin David Molson à la fin des années 60. Le 30 décembre 1971, à la surprise générale, celui-ci a vendu le Canadien aux frères Bronfman.

C'est sans doute parce qu'il connaît bien cette partie de l'histoire des Molson et du Canadien que Geoff Molson réitère souvent le fondement de sa stratégie. «Les gens doivent réaliser que l'engagement de notre famille envers le Canadien est à long terme. Nous n'avons pas fait cet achat pour revendre l'équipe dans cinq ans», m'a-t-il répété, la semaine dernière.

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Plusieurs défis attendent Geoff Molson au cours des prochaines années, notamment dans le secteur numérique. Mais il pourrait aussi trouver sur son chemin une nouvelle équipe à Québec. Si les Nordiques revoient le jour, Ray Lalonde, son partenaire d'hier, deviendra peut-être son rival de demain. Cet homme détient trop de ressources pour demeurer longtemps sur les lignes de touche.

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