La fin du laisser-mordre (1)

La semaine dernière, la Ville de Montréal a... (Photo Martin Tremblay, Archives La Presse)

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La semaine dernière, la Ville de Montréal a voté un règlement pour encadrer la possession de chiens pitbulls. Le règlement a depuis été suspendu par la Cour supérieure.

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Ça ne me tentait pas tellement de revenir sur le sujet des pitbulls, principalement parce que le sujet est noyauté par un lobby et que les lobbys, qu'importe lesquels, sont immanquablement détestables... Même pour une bonne cause.

T'écris sur un sujet qui excite un lobby et, c'est sûr, tu deviens un paratonnerre sur lequel les croisés lancent les arguments prémâchés par ledit lobby...

Comment, « détestable », c'est trop fort ?

Eh bien, désolé, mais quand les « papas » et les « mamans » - leurs termes, pas les miens - de pitbulls font un parallèle entre le maire de Montréal et les nazis, quand on applique le mot « génocide » à un règlement municipal qui permet à chacun de garder sa bête moyennant certaines balises, j'ai beau chercher un autre adjectif qualificatif que « détestable », je n'en trouve pas.

On me permettra une digression historique : s'ils pouvaient parler, les Tutsis du Rwanda, les Bosniaques de Srebrenica, les Juifs d'Europe et les Arméniens - victimes d'authentiques génocides - diraient qu'il y a certainement plus détestable dans la vie qu'un règlement municipal qui t'oblige à mettre une muselière à ton chien et à observer certaines règles pour le garder...

T'as un chien, un bon pitbull, que tu aimes et qui n'a pas mordu, qui ne mordra pas : tu peux le garder. Tabarslak, on est loin d'Auschwitz...

Donc, je reviens sur les pitbulls pour dire ceci : je me suis trompé, au printemps dernier, quand j'ai particulièrement ciblé le pitbull dans la foulée de ces histoires de morsures catastrophiques commises par ces chiens.

La vérité, c'est que j'aurais dû cibler les chiens-de-type-pitbull, le rottweiler, le berger allemand et tout autre spécimen de Canis lupus familiaris susceptible de blesser gravement et de tuer des êtres humains...

Et c'est injuste pour le pitbull que de le mettre seul dans cette catégorie.

C'est pourquoi il faut viser les chiens dangereux.

***

Dans ce débat émotif, les amis des animaux répliquent que la voiture-fait-bien-plus-de-morts-que-les-chiens : faut-il interdire l'automobile ? demandent-ils facétieusement...

Précisons d'abord que les sociétés sont généralement capables de faire du multitasking, c'est pourquoi elles sont capables de réfléchir à la fois à l'inspection des aliments, à la sécurité aérienne et à la sécurité routière, tout en bouchant des nids-de-poule, en réfléchissant à la pertinence de la maternelle dès 4 ans et en légiférant pour l'équité salariale...

Ça ne veut pas dire que la maternelle dès 4 ans est plus ou moins importante que la sécurité aérienne. Ou que l'équité salariale. Ça veut dire qu'on peut collectivement s'attaquer à plusieurs problèmes.

Mais puisque les amis des pitbulls veulent absolument parler de mortalité routière, parlons-en : le Québec a fait des gains absolument formidables en ce domaine, depuis une décennie : nous sommes passés, en mortalité par 100 000 habitants, parmi les meilleurs en Occident, alors que nous étions loin du peloton de tête.

Pourquoi ?

Parce qu'à un moment donné, l'État a décidé qu'il n'y avait pas de bonne raison pour que les Québécois se tuent et se blessent davantage qu'en Scandinavie, en Grande-Bretagne ou aux Pays-Bas (parmi les meilleurs territoires en matière de sécurité routière). L'État a sonné la fin du laisser-tuer sur nos routes, avec un tas de mesures.

En matière de chiens dangereux, il y avait un laisser-aller qui n'avait aucun sens, avant le moment de clarté morale du printemps dernier, à la faveur des reportages de Marie-Claude Malboeuf et d'attaques médiatisées, ici et ailleurs : le laisser-mordre qui était le cadre réglementaire canin québécois était un scandale.

Et là, la société a réagi. À Montréal en adoptant ce règlement municipal (déjà contesté par la SPCA), à Québec où une loi provinciale est dans la machine à saucisse législative (à moins que le ministre de la Sécurité publique ne revienne à son réflexe premier de laisser les villes se débrouiller, dans une balkanisation intolérable des règles).

Juste pour ça, le règlement montréalais et la loi québécoise à venir envoient un signal fort aux propriétaires de chiens : le laisser-mordre, c'est fini. Contrôle ton animal, ou tu risques de le perdre.

Le cabochon de mon quartier qui a envoyé chier les parents qui se sont inquiétés quand son pitbull a chargé des enfants dans une ruelle, il est désormais prévenu : t'es à une plainte d'être dans le pétrin. Pour ça : merci, Denis Coderre.

Est-ce que le règlement montréalais est parfait ?

Probablement pas, pour une excellente raison : aucun règlement, aucune loi ne touchent à la perfection. Est-il perfectible ? Je fais confiance aux tribunaux pour invalider des atteintes intolérables aux droits des citoyens.

Mais si l'expérience ontarienne est d'une utilité quelconque, j'aimerais rappeler que la loi provinciale de 2005 de nos voisins a été contestée devant les tribunaux. Et pour l'essentiel, cette loi a survécu haut la main au test des tribunaux... Jusqu'en Cour suprême du Canada, qui, en refusant d'entendre un ultime appel, a tranché de facto en faveur de cette loi.

Tiens, je regarde le règlement montréalais de 2016, je regarde la loi ontarienne de 2005... Et, tels des golden retrievers et des labradors, ce sont de proches cousins.

***

Je me suis fait dire dans cette saga canine qu'on-sait-bien-t'aimes-pas-les-chiens-Lagacé...

Entièrement faux ! J'adore les chiens. J'ai jadis eu un labrador (dont la photo est sur ma table de chevet) et j'en garde un souvenir attendri (sauf pour les poils, posséder un lab c'est vivre dans les poils). Mais si j'ai toujours considéré Virgule (c'était son nom) comme un animal domestique attachant, je n'ai jamais pensé à lui comme à un « fils ». Et depuis que j'en ai un, fils, je trouve parfaitement débile de considérer un chien comme l'égal d'un enfant, mais libre à vous de mettre ça sur vos pancartes, que vos chiens sont vos « enfants »...

Et, juré craché, pendant que j'écrivais cette chronique, le goldendoodle des voisins est entré dans la cour avec à sa traîne la petite voisine qui cherchait l'héritier. Tellement cute, ce goldendoodle, que j'en veux un...

Bref, j'aime les chiens. Mais préférablement ceux qui ne sont pas susceptibles de m'arracher un doigt. Ou une main. Ou la face.

Oh, oui, j'allais oublier : j'ai bien fini par visionner le reportage de l'émission Découverte sur les pitbulls, en passant. Mais quand les amis des pitbulls citent Découverte comme la preuve que Montréal erre avec son règlement sur les chiens dangereux, je me demande s'ils ont vu le même topo que moi.

J'y reviendrai bientôt. Demain, tiens.

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