Le droit

L'ex-cardiologue Guy Turcotte a annoncé cette semaine qu'il... (PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE)

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L'ex-cardiologue Guy Turcotte a annoncé cette semaine qu'il faisait appel de sa condamnation pour le meurtre de ses deux enfants.

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J'ai une annonce importante à faire, c'est au sujet de la demande d'appel de Guy Turcotte. Je demanderais le silence, juste une seconde.

Merci.

OK. Voici donc...

Guy Turcotte a le droit d'interjeter appel.

(Ici, le chroniqueur se penche pour éviter les gobelets de café, les souliers et même quelques roches lancés en sa direction par la foule en colère. Profitant d'un moment d'accalmie dans le courroux populaire, il se redresse un peu, se protégeant de ses mains. Il ouvre la bouche, recommence à parler avec un sourire crispé...)

Hé, oh, attendez un peu, permettez-moi d...

(Sur ce, paf, le chroniqueur est atteint par un objet ménager - peut-être un toaster, peut-être le socle d'un malaxeur, tout cela est arrivé tellement vite, on ne sait pas trop - qui atterrit sur le dessus de son crâne, le décoiffant.)

Mais, mais je voulais juste souligner une évidence, soit que...

(Là-dessus, un autre objet ménager - peut-être un four à micro-ondes, peut-être un frigo de petite taille, certains parlent même d'un lave-vaisselle - est lancé en direction du chroniqueur, qui l'esquive en se laissant tomber au sol comme une crêpe, comme il le faisait au ballon-chasseur jadis, dans la cour de l'école Le Petit Prince, pour éviter les ballons...

De guerre lasse, voyant que toute résistance serait futile, le chroniqueur se relève et rejoint la foule en colère qui clame haut et fort que Guy Turcotte devrait être privé de tout droit et lapidé sur la place publique, parce que... parce que pourquoi pas ?

Il se sent soudainement vaguement saoudien, au milieu de la foule.)

***

Je déconne, mais pas tant que ça. Guy Tucotte a le droit d'interjeter appel, c'était prévisible et je mettrais mon doigt dans le brushing de Donald Trump que l'équipe de procureurs de la Couronne qui a obtenu le verdict de culpabilité s'attendait à cet appel. C'est dans l'ordre des choses, dans la mécanique judiciaire.

Et au risque de me faire donner 50 coups de bâton, je le dis : c'est une bonne chose que Turcotte jouisse de ce droit.

C'est le signe d'un système qui essaie de gommer au maximum la part d'arbitraire dans les institutions humaines, la justice dans le cas qui nous occupe.

Lapalissade numéro un : l'appel est la procédure qui a mené à un second procès Turcotte, qui a débouché sur ce verdict de culpabilité que l'on sait.

Lapalissade numéro deux : demander un appel ne signifie absolument pas que cet appel sera accueilli favorablement.

Respirons par le nez, groupe...

(Lapalissade numéro 3 : quand il est question de Turcotte, nos narines sont bouchées.)

JURIPOCHE

La clinique Juripop est un beau service : elle aide concrètement des citoyens à faire valoir leurs droits, dans un contexte où cela peut coûter extrêmement cher. Un exemple parmi mille : Juripop a tenu des cliniques juridiques populaires dans le métro, où 300 personnes ont pu poser des questions à des avocats gratuitement, l'an dernier. Yves Boisvert a chroniqué sur cette belle patente en juin dernier, allez lire son papier.

Mais aujourd'hui, je te trouve poche, Juripop.

Juripop a annoncé hier une mise en demeure à UberX, avec menace de recours collectif à la clé, si UberX ne rembourse pas les clients soi-disant floués par les lourds tarifs imposés par UberX, le soir du Nouvel An.

J'ai dit cette semaine tout le mal des clients soi-disant floués par UberX (2) ce soir-là : voici des gens qui ont choisi de ne pas utiliser le service de taxi légal et ses tarifs réglementés et inamovibles, qui ont choisi UberX et ses « tarifs dynamiques » modulés sur l'offre et la demande le soir où la demande de transports est la plus forte de l'année, qui ont appuyé DEUX FOIS sur un bouton les prévenant que les tarifs sont six, sept, huit fois supérieurs au tarif habituel...

Si ces gens-là veulent lancer un recours collectif, il y a un tas de cabinets privés qui font ça, à Montréal. Pas de problème s'ils tentent leur chance, c'est leur droit (voir la première partie de cette chronique...).

Mon bogue, c'est que Juripop - qui fonctionne avec des dons privés, qui a un maigre budget de 800 000 $ par année, qui reçoit 5000 demandes d'assistance par année (et qui en retient de 300 à 400) - choisisse de représenter des gens qui n'ont qu'à s'en prendre à eux-mêmes.

Juripop se justifie en disant qu'il y a là des gens floués, que le Code civil dit ceci, que la Loi sur la protection du consommateur dit cela...

Je veux bien. Mais sais-tu à qui tu ressembles, là, Juripop ?

Tu ressembles à ces journalistes qui fouillent dans la vie privée d'une vedette pour pondre une manchette juteuse et qui, après, se justifient en disant qu'ils ont le droit de publier ça, ces informations relevant du droit du public à l'information...

Le hic, c'est que pendant que ces vaillants reporters creusent ces informations-là, ils ne fouillent pas d'autres infos, salement plus d'intérêt public. On peut faire rentrer des milliers de sacs de chips sous la rubrique de l'information.

Bref, Juripop, pendant que tu surfes sur la fascination publique et médiatique pour UberX, pendant que tu consacres tes talents, ton temps et tes énergies à défendre les « droits » de ces cabochons qui devraient surtout avoir une conversation avec leur propre turpitude, tu rejettes de 4600 à 4700 dossiers par année.

Aucun de ces dossiers rejetés par manque de ressources n'était plus important ?

J'en doute.

Je t'aime quand même, Juripop. Mais un peu moins, quand tu putasses pour de l'attention.

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