Le manger mou de Mme Charbonneau

La juge France Charbonneau et son équipe ont... (PHOTO OLIVIER JEAN, LA PRESSE)

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La juge France Charbonneau et son équipe ont présenté un rapport de 1741 pages, hier, dans lesquelles on ne trouve aucun blâme, déplore notre chroniqueur.

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Oh boy, 1741 pages. J'ai lu les 60 recommandations et j'ai fait mille recherches par mots-clés. Mais ce qui est vraiment intéressant dans le rapport de France Charbonneau, ce n'est pas ce qu'on y trouve. C'est ce qu'on n'y trouve pas.

On ne trouve aucun blâme dans ces 1741 pages.

Au printemps, les médias avaient été frappés d'une ordonnance de non-publication interdisant d'identifier les personnes ayant reçu un « préavis de blâme » de la part de la Commission...

Qui dit « préavis de blâme » dit... blâme, non ?

Non.

Aucun individu n'est blâmé, aucune organisation n'est blâmée dans ces 1741 pages (1300 pages de plus que le rapport du Congrès américain sur les attentats de septembre 2001 !).

Tout ce qui pourrait ressembler à des reproches est distillé à doses homéopathiques par France Charbonneau : une déclaration est « surprenante », un bout de témoignage est « inexact » et une affirmation est « peu crédible ». Du beau manger mou, quoi.

Je me demande combien de Québécois - ceux qui ont payé 44 millions pour cette commission - vont lire ces 1741 pages.

Il y a du mépris, Mme Charbonneau, dans ce refus de la synthèse.

***

J'ai fini par trouver des mots un peu - un peu ! - costauds, en fouillant. Comme ceci : « Cette affirmation d'un organisme chargé de faire respecter la loi [...] est pour le moins surprenante, voire inacceptable, et ne peut servir d'excuse à l'inaction. »

« Inacceptable » : enfin un mot qui pose son pied par terre, qui trace une ligne entre le bien et le mal !

À l'égard de qui, « inacceptable », pensez-vous ?

Du Directeur général des élections du Québec !

J'ai eu beau chercher, l'étiquette « inacceptable » n'est pas accolée au Parti libéral du Québec. Le rapport décrit pourtant en long, en large et même en diagonale comment le PLQ sous Jean Charest a fait un virage tout à l'argent, tant dans l'opposition (après 1998) qu'au gouvernement (après 2003), notamment en imposant aux députés et aux ministres des quotas de financement. Mme Charbonneau n'écrit nulle part que ces quotas étaient « inacceptables ».

Quant à la mécanique délétère qui poussait le PLQ à demander 500 $ à des donateurs - et bénéficiaires de contrats gouvernementaux - pour un tête-à-tête avec le premier ministre Charest, Mme Charbonneau se contente de la décrire, sans jamais la qualifier d'« inacceptable ». Le Parti québécois jouit du même déficit d'adjectifs de la part de Mme Charbonneau, lui qui a participé, dans une moindre mesure, à ce marché immoral du fric contre de l'accès aux ténors du parti.

Les techniques de financement de Marc Bibeau, homme d'affaires prospère et grand argentier (bénévole) du PLQ sous M. Charest, sont décrites dans le détail. M. Bibeau passait le chapeau chez les entreprises bénéficiaires de contrats publics, en leur faisant savoir qu'il pouvait - selon les mots de Georges Dick, de la firme de génie RSW - « influencer l'octroi de contrats ».

M. Bibeau a aussi lié - selon les mots de l'ancien député libéral Robert Benoît - une éventuelle nomination politique à la capacité du député d'amasser des sous pour le PLQ...

France Charbonneau aurait pu qualifier le comportement de M. Bibeau de « blâmable » et de « répréhensible », il a certainement contribué à la faillite morale du PLQ sous Jean Charest. Mais non, elle a réservé ces adjectifs à des syndicalistes de la Côte-Nord. Pour M. Bibeau, si elle a utilisé un adjectif cousin de « blâmable » ou de « répréhensible », j'ai dû le rater...

Le but de cette commission d'enquête - dont le PLQ ne voulait pas, dont le maire de Laval ne voulait pas, dont la FTQ ne voulait pas, rappelons-le - était de montrer les rouages d'un système. Pour ça, le job est fait : les rouages en ont été exposés, décortiqués. Mais je suis ébahi de constater que la commission Charbonneau ne formule aucun blâme, n'appose aucun adjectif aux individus et aux organisations qui faisaient rouler ce système. Ébahi, mais pas surpris. Personne n'est jamais responsable de quoi que ce soit, dans cette province.

La Caisse de dépôt perd des milliards dans des placements bidon ?

Son président est acclamé à la Chambre de commerce.

Les boss de la FTQ apprennent, grâce à un tuyau du gouvernement Charest, que la SQ les espionne dans une enquête criminelle ?

On enquête sur les journalistes qui ont éventé cette fuite.

Quarante-quatre morts dans un accident d'autocar aux Éboulements, accident causé par un mauvais entretien mécanique ?

On refait la côte.

***

Je résume, donc, ce que j'ai pu constater du rapport de France Charbonneau.

Il ne blâme personne, surtout pas des gens en position de pouvoir et d'influence.

Il a coûté une fortune (44 millions), beaucoup plus que prévu (30 millions).

Et il a été livré en retard.

Ce rapport est d'une admirable québécitude.

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