Une maman debout

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En août 2012, deux semaines avant la rentrée scolaire, Eveline Nguépi et son mari Martin Zemo sont débarqués au Québec, en direct du Cameroun. Avec leurs six enfants. Pas de farce: six!

Des petits et des grands, le plus vieux ayant 17 ans. Eveline, médecin biologiste, gérait deux cliniques au Cameroun. Arrivée au Québec, elle s'est inscrite en médecine d'assurance à l'Université de Montréal. Martin, lui, s'est lancé dans un cours d'infirmier auxiliaire. Il l'a fini récemment.

Eveline et sa tribu - c'est elle la chef de clan, on ne se contera pas d'histoires - ont abouti dans un demi-sous-sol de Saint-Laurent bien trop petit pour huit personnes, mais bon, la grande aventure de l'immigration, c'est un peu, beaucoup d'inconfort. Pas grave, se disaient-ils, un jour, on pourra acheter une maison, notre maison.

Entre-temps, le clan de Martin et Eveline a découvert le Québec des cartes postales: neige des Laurentides, plage du cap Saint-Jacques, kayak au Centre de la nature de Laval et la tire d'érable comme une arme de dégustation massive, la première fois qu'on s'en met dans la bouche...

Un clan exemplaire et allumé, me raconte Chantal Gauthier, psychoéducatrice à l'école Édouard-Laurin de Saint-Laurent, qui a rencontré Eveline le jour de la rentrée scolaire 2012. Et qui a eu «un coup de coeur» immédiat pour cette femme «rayonnante». Chantal a aussi hérité du dossier de Zemo, un des petits d'Eveline.

En avril 2014, un matin où Chantal et Eveline célébraient les progrès de Zemo dans sa nouvelle vie de petit Montréalais, Eveline a confié à la psychoéducatrice que pour l'été à venir, elle n'allait pas prendre de cours à l'UdeM: «Non, madame Chantal, je veux profiter de tous les festivals de Montréal, aller dans le Vieux-Port, au parc, à la piscine et tout et tout. On va prendre nos premières vraies vacances...»

Un mois plus tard, Eveline était en fauteuil roulant.

Une saloperie de maladie auto-immune, juste le nom fait peur: une «neuromyélite optique aiguë», qui attaque la moelle épinière.

C'était il y a un an, un été passé entre la vie et la mort. Aujourd'hui, Eveline peut bouger la tête; les bras bougent un peu; l'une des deux mains a plus de dextérité que l'autre, mais vous devinez bien qu'elle ne sera malheureusement pas du concours de gymnastique rythmique aux JO de Rio en 2016...

Eveline garde espoir, Eveline a la certitude que le cerveau, formidable machine dont la mystérieuse plastie sait parfois trouver des voies qu'on croyait inexistantes, saura faire bouger son corps de nouveau.

Entre-temps, l'amour est partout autour d'Eveline. Il y a ces Québécoises qui l'épaulent, comme Chantal, comme Audrey Chaussé-Généreux, du Centre de pédiatrie sociale Saint-Laurent, comme Véronique Cardinal, du CLSC Saint-Laurent-Annexe, comme Anne Barnes, du CIUSS du Nord-de-l'Île...

Et il y a l'amour du clan, bien sûr. «Je suis morte de câlins, moi!», me dit Eveline, ce matin-là. Même Aurèle, le plus vieux, un costaud, celui qui était terré dans sa chambre quand je suis passé voir Eveline, la couvre de câlins. «Mais aujourd'hui, non, il ne veut pas faire ça devant vous, monsieur Patrick.» Les ados, hein, tous pareils...

J'arrive au but de cette chronique-bouteille à la mer. La famille d'Eveline a un urgent besoin de louer une maison. J'ai dit louer: il n'est pas question ici de charité. Juste d'un flash, une plogue, quelqu'un qui pourrait connaître quelqu'un qui aurait une maison à louer...

Parce qu'après quatre mois de recherches, ils ne trouvent pas. Rien. Malgré l'aide de toute cette constellation d'anges mobilisés autour d'Eveline et de sa famille, on ne trouve rien.

Des fois, l'idée que de l'équipement adapté pour une personne handicapée doive être installé dans une maison peut rebuter des propriétaires. Faut pas, l'ergothérapeute va tout vous expliquer.

Si Eveline avait 1,7 enfant comme tout le monde (!), je ne serais pas en train de chroniquer sur son cas. Mais six enfants, total de neuf personnes à loger (la soeur d'Eveline est venue du Cameroun pour l'aider), c'est difficile dans des circonstances normales. Imaginez quand il faut adapter un peu la maison...

Pour faire sortir Eveline de l'appart, il faut qu'Aurèle et Martin la prennent dans leurs bras. Présentement, huit marches la séparent du monde extérieur. Oh, ça se fait. Mais c'est pas l'idéal.

Pour l'instant, Eveline est à la fois prisonnière de son corps et prisonnière de ce demi-sous-sol. Et c'est le seul bout de l'entrevue où elle a un peu pleuré, Eveline, quand elle a parlé de cette double prison. Du CHSLD qui pourrait bien devenir la seule solution pour elle, à terme.

Ça n'a pas duré longtemps. Eveline s'est remise à rire. Chantal lui a parlé de ce Noël où son chum Jean-Yves a trouvé La Guerre des tuques chez Walmart pour les enfants, comment ils ont ri en regardant ce classique...

- Comme tu es belle, Eveline, lui a dit Chantal en lui caressant le bras.

- Comme je vous aime, madame Chantal, a répondu Eveline. Comme je suis chanceuse, tous ces gens qui m'aiment...

Bon, on la trouve, cette maison pour Eveline?

Si vous avez un flash: maisonpoureveline@gmail.com

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