Les dons d'organes, c'est un peu complexe

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Le député péquiste de Marie-Victorin, Bernard Drainville, a fait un plaidoyer en faveur du «consentement présumé» en matière de don d'organes, dimanche dernier. Traduction: plutôt que d'avoir à consentir par écrit au don de vos organes, on devrait présumer par défaut que vous êtes d'accord. Et il faudrait signer sa carte-soleil si on refuse de les donner.

D'abord, réjouissons-nous: tout ce qui pousse la question du don d'organes au premier plan du programme politique est une victoire. Plus de 1000 Québécois attendent un organe pour retrouver une qualité de vie ou carrément survivre. En 2013, 38 de nos concitoyens sont morts en attente d'une greffe.

Cela étant dit, l'optimisation des dons d'organes est une question infiniment plus complexe que la simple décision de cocher OUI sur sa carte-soleil. Même que ce n'est pas vraiment le coeur - pardonnez le jeu de mots - du problème.

«Le consentement présumé n'est malheureusement pas une solution, m'a expliqué hier le Dr Pierre Marsolais, chef de l'unité de prélèvement des organes de l'hôpital du Sacré-Coeur, au sujet de l'idée maîtresse présentée par M. Drainville dimanche. Au Québec, on laisse croire aux gens que le problème en est un de consentement, et qu'il serait réglé par le consentement présumé.»

Je sais que le député Drainville suggère d'étudier la question plus avant dans une commission parlementaire spéciale calquée sur cette bibitte formidable que fut la commission Mourir dans la dignité. C'est l'évidence: on étudiera, le cas échéant, bien plus que la question du consentement, qu'il soit présumé ou explicitement signifié par signature du donneur.

Le Québec a davantage un problème d'infrastructures et d'effectifs pour s'occuper correctement des personnes - accidentées de la route, terrassées par un AVC, etc. - dont on pourrait prélever les organes qu'un problème de consentement au dit don.

Un, selon Pierre Marsolais, les médecins québécois doivent être mieux formés pour identifier les donneurs potentiels: le taux d'identification est à 79%. Présentement, il y a encore des médecins qui croient que seuls les accidentés de la route peuvent être des donneurs. C'est faux. Résultat: la moitié des hôpitaux du Québec croient à tort qu'ils ne sont pas concernés par le prélèvement d'organes, puisqu'ils ne traitent pas de polytraumatisés.

Deux, pour l'instant, voici comment ça marche, dans les soins intensifs de la plupart des hôpitaux du Québec: le patient dans le coma qui pourrait être un donneur, dont la famille accepte le don d'organes, occupe le lit de quelqu'un qui pourrait être, lui, sauvé par quelque intervention médicale. On n'a pas le temps d'attendre qu'il meure selon les protocoles établis - minutieux, complexes - pour le prélèvement. Les hôpitaux du Québec doivent donc aménager des unités de prélèvement d'organes. Inspirées de celle de Sacré-Coeur.

Trois, les médecins doivent faire preuve d'empathie et d'humanité envers les familles d'un donneur potentiel. Ça inclut impérativement de «découpler» les gestes à faire dans le lien avec les familles. Dans un premier temps, on annonce que l'être aimé ne survivra pas. Plus tard - j'insiste: PLUS TARD -, on présente le don d'organes comme une option à considérer. Et on ne sort pas le crayon tout de suite en indiquant la ligne pointillée du formulaire: on laisse encore du temps à la famille pour encaisser le choc.

Car les études scientifiques sont formelles, note le Dr Marsolais: découplez et vous mettez les familles du bord du don d'organes. Parce qu'au final, consentement du donneur ou pas, c'est la famille qui a le dernier mot. Et présentement, seulement 60% des familles acceptent, alors que 90% des Québécois ont manifesté leur volonté de donner leurs organes.

Explication de cet écart: trop de médecins présentent encore l'option du don d'organe tout croche, dans les minutes suivant l'annonce de la mort imminente de l'être aimé. Non seulement c'est insensible, mais ça fait piquer du nez les taux de consentement des familles, qui sont hautement variables. «Certains hôpitaux obtiennent des taux de consentement de 85%; d'autres, de moins de 40%», dit le Dr Marsolais.

Bref, le don d'organes, c'est plus compliqué que de signer ou pas sa carte de don d'organes et que d'imposer le consentement présumé. Si on veut que le maximum d'organes soit prélevé pour sauver le maximum de Québécois en attente d'une greffe, il va falloir aborder ce que le Dr Pierre Marsolais évoquait plus haut.

La solution passe par deux trucs.

D'abord, du fric, pour former tous les médecins québécois susceptibles de se retrouver dans une position pour prélever des organes. Et, accessoirement, pour leur enseigner les vertus du découplage, évoqué par le Dr Marsolais.

Et du fric, encore, pour aménager dans tous les hôpitaux ne serait-ce qu'une petite unité pour accueillir les donneurs potentiels. J'entends par là des gens qui vont mourir, et qui ne meurent pas sur commande.

Du fric et du fric.

On n'en sort jamais.

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