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La fripouille est un symptôme, pas une cause

Ce n'est rien de nouveau. Et pourtant, c'est nouveau. Ça ne devrait pas choquer. Et pourtant, ça choque.

Il y a deux ans, Enquête avait exposé les dessous de l'attribution d'une subvention de 11 millions pour une usine de traitement des eaux à Boisbriand par le ministère des Affaires municipales.

On alléguait déjà, à l'époque, que la firme de génie Roche avait tout arrangé avec le gars des vues.

L'appel d'offres de la Ville de Boisbriand pour les travaux.

Les cocktails de financement pour Nathalie Normandeau, ministre des Affaires municipales.

La subvention de 11 millions qui, après plusieurs refus des fonctionnaires, est finalement attribuée.

Et là, l'UPAC débarque avec des noms, avec des faits, avec des citations. Les déclarations assermentées des flics mettent de la chair sur le squelette exhumé par Enquête. Et des muscles. Et de la peau.

Et c'est laid.

Si ce que les flics avancent est vrai, la firme de génie Roche a été récompensée pour avoir pompé de l'argent dans les coffres du Parti libéral du Québec. La subvention a finalement été attribuée (MAGIE !) par des fonctionnaires qui ont senti une pression politique anormale au sein du cabinet de Nathalie Normandeau.

L'argent des taxes comme levier servant à verser de l'argent dans la caisse d'un parti politique. Classique.

Classique, mais là, on a des faits, on a des citations. On a des extraits de courriel (détruisez ce courriel, les boys !). On a l'arborescence du copinage, qui connaît qui, qui a travaillé avec qui.

La justice décidera s'il y a lieu de porter des accusations. Un juge - j'imagine mal ces gens-là choisir un procès devant jury - décidera s'ils sont coupables, le cas échéant.

Mais parlons de l'immoralité de cette atmosphère que respiraient, autour de 2006, 2007, 2008, 2009, les honorables employés de Roche et le cabinet de Nathalie Normandeau. Pour cela, il faut parler de Marc-Yvan Côté.

Marc-Yvan Côté, c'est une fripouille.

C'est d'abord un poids lourd du cabinet de Robert Bourassa (ministre de 1985 à 1994).

Mais on a parfaitement le droit de dire d'un gars qui a avoué au juge Gomery avoir distribué 120 000 $ cash en 1997 dans des circonscriptions fédérales de l'est du Québec en parfaite contravention des lois électorales qu'il est une fripouille.

D'ailleurs, le Parti libéral du Canada a reconnu que Côté était radioactif : il l'a expulsé à vie du parti, après son témoignage chez Gomery.

Eh bien, Nathalie Normandeau n'avait aucun scrupule à accepter que Roche finance ses cocktails de financement tout en sachant que Marc-Yvan Côté y travaillait.

Le chef de cabinet de Mme Normandeau, Bruno Lortie, non plus : c'était un ancien employé de Côté, et un ami personnel. C'est Lortie qui parlait à Côté pour la subvention qui ne débloquait pas et pour les cocktails à 1000 $ la tête (ou 500 $, on ne sait plus...).

Ces gens-là savaient que Côté était radioactif. Qu'ils ne s'étonnent pas, aujourd'hui, de se découvrir un cancer de la morale. L'erreur, c'est de penser que Côté est l'une des causes de ce cancer. Faux : c'est un symptôme.

On verra si Nathalie Normandeau sera accusée. Mais c'est réjouissant, d'un simple point de vue hygiénique, de voir les policiers inquiéter le pouvoir. On verra si les procureurs de la Couronne auront les coudées franches : on a trop chuchoté d'histoires sous le règne Charest pour penser que ces gens-là se distinguent par leur courage à emmerder le politique.

Nathalie Normandeau, maintenant. Son communiqué de presse d'avant-hier est un émouvant spin de gestionnaire de crise. Elle dit assumer « pleinement » ses actes dans l'affaire de la subvention à Boisbriand. Elle dit avoir « tranché » après des « échanges rigoureux » avec les fonctionnaires.

Sauf que c'est faux : trois hauts fonctionnaires du ministère des Affaires municipales ont dit que le suivi fait par le cabinet Normandeau de la subvention de Boisbriand était hautement inhabituel.

Qu'une ministre talonne ses fonctionnaires, c'est dans l'ordre des choses : c'est du choc des idées que jaillit la lumière. Mais quand Nathalie Normandeau insistait de façon inhabituelle pour que les fonctionnaires débloquent 11 millions pour un projet qui va profiter à des gens qui mettent de l'argent dans les coffres du PLQ, on peut penser que la ministre avait « tranché » avant le début du débat.

On verra si la justice considère que cette corruption était de nature criminelle. Pour ma part, j'en ai assez entendu : cette corruption était de nature morale.

Oui, ces histoires sont vieilles, mais elles ne datent pas du paléolithique. Il n'y a pas longtemps, les libéraux nous disaient sans rire que des gens d'affaires qui donnaient le maximum permis au PLQ le faisaient par conviction démocratique. Ben oui.

Oui, les ministres de Charest se faisaient imposer des quotas de financement qui les transformaient en quêteux (terme de Pierre Paradis) auprès d'industriels. Qui, au PLQ, dénonce ça ?

Oui, ces histoires sont le fait de quelques libéraux, pas tous. Mais qu'est-ce qu'il faut pour qu'un parti finisse par se sentir responsable d'un climat ? Ça prend combien de perquisitions ? Ça prend combien de topos à Enquête ? Ça prend combien de Marc-Yvan Côté ? Ça prend combien de centaines de milliers de dollars dont on a perdu la trace ?

Et essayez de trouver, pour voir, des libéraux qui vont condamner aujourd'hui Nathalie Normandeau ou Tony Tomassi, dire que ces ministres-là, naguère, se sont comportés tout croche.

Vous n'en trouverez pas.

Ces gens-là n'ont même pas été capables de se tenir loin d'une fripouille comme Marc-Yvan Côté.




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