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PKP, le bonheur et les journalistes

Michael Fortier... (Photo David Boily, archives La Presse)

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Michael Fortier

Photo David Boily, archives La Presse

«Sera-t-il heureux?» Michael Fortier, ex-sénateur conservateur, nommé ministre (non élu) par Stephen Harper en 2006, est un ami de PKP. Je l'ai appelé, hier, pour discuter de celui qui est au centre de toutes les discussions politiques, depuis ce dimanche ensoleillé à Saint-Jérôme.

«Sera-t-il heureux? J'ai mes doutes. Pour la première fois depuis longtemps, Pierre Karl va devoir travailler avec des gens qu'il ne connaît pas. Dans ses relations avec les ministres, par exemple, il va devoir, s'il est élu, travailler avec des gens qui n'ont pas le même coffre à outils que lui.»

Michael Fortier, revenu au monde des affaires après avoir échoué dans sa tentative de se faire élire en 2008, croit qu'une sorte de choc culturel attend PKP à Québec, s'il devient membre d'un gouvernement péquiste.

«Pierre Karl n'a pas reçu tout le crédit pour la qualité de son recrutement chez Québecor. Il a recruté des gestionnaires exceptionnels à tous les échelons de la compagnie. S'il est ministre, il devra composer et travailler avec des gens qu'il n'a pas choisis. Ses collègues ministres et les fonctionnaires. Ce fut un défi pour moi, à Ottawa. Et je suis moins impulsif que Pierre Karl. Sa patience va être mise à l'épreuve et je ne suis pas sûr qu'il sait, à cet égard, dans quoi il s'embarque.»

Ça fait plus de 20 ans que Michael Fortier connaît Pierre Karl Péladeau. Il était avocat au bureau londonien d'Ogilvy Renault; PKP dirigeait une filiale de Quebecor World en France. Ils n'ont jamais vraiment parlé de politique, même quand Michael Fortier était ministre conservateur.

«Je suis surpris de le voir faire le saut. J'avais entendu les rumeurs, comme bien du monde. Mais je ne les croyais pas. Quand on m'en parlait, dans mon entourage, je les niais avec une certaine véhémence! Je crois que j'ai perdu de la crédibilité», dit-il, sourire en coin dans la voix.

Le PQ n'est pas une pantoufle naturelle pour Pierre Karl Péladeau, fais-je remarquer à Michael Fortier. La droite dont se réclamait PKP, le patron, était à peu près unique en son genre. Juste sur la question des syndicats, il est davantage un républicain à la Reagan qu'un ministre péquiste traditionnel, mettons...

«Les débats au Québec s'articulent sur les thèmes fédéralisme et souverainisme, ce qui m'irrite, dit Michael Fortier. J'aimerais que ce ne soit pas le cas, mais ce l'est. Enlevez la souveraineté, et je ne crois pas que Pierre Karl serait au PQ. Tout comme bien des fédéralistes, si vous enlevez la souveraineté, pourraient voter PQ.»

Il est content de voir son ami faire le saut dans la vie publique, il trouve que c'est un «recrutement remarquable» pour Mme Marois. Mais il note que PKP pouvait facilement contrôler ses interventions publiques, avant dimanche dernier...

Ça, dit Michael Fortier, c'est fini.

«Il va être appelé à intervenir sur un paquet de sujets. Pierre Karl va être sous les feux de la rampe, plus que n'importe qui en politique, de mémoire d'homme. Chaque geste, chaque parole seront décortiqués... Et je ne suis pas certain qu'il va être heureux là-dedans. L'avenir le dira.»

Les journalistes

De 1999 à 2006, j'ai travaillé au Journal de Montréal, dans le bonheur. J'y ai rencontré un boss qui allait devenir rédacteur en chef, Dany Doucet, qui a été mon mentor et qui a façonné le journaliste que je suis.

Et quand j'ai été moins heureux, je suis passé à l'ouest, à La Presse. Ça arrive dans toutes les boîtes.

Jamais on ne m'a dit sur quoi écrire. Même quand j'étais chroniqueur télé, au début de la convergence. J'ai été dur avec des émissions de TVA et même avec le service de câble de Vidéotron quand j'estimais que c'était nécessaire. Ça n'a pas empêché que je sois promu chroniqueur dans la section générale.

Au Journal comme à La Presse, j'ai toujours évité d'écrire sur les propriétaires de mon journal. Rien à gagner. Tu vas déplaire à tout le monde, qu'importe ce que tu dis.

Et dans un monde idéal, les propriétaires des médias qui m'emploient, je veux les croiser le moins possible. Je ne veux pas aller souper avec eux ni même qu'ils m'écrivent, ne serait-ce que pour me féliciter. Moins je vois leur ombre, mieux l'idée que je me fais de mon indépendance journalistique se porte.

Ce qui m'amène à M. Péladeau, qui souhaite rester actionnaire de contrôle de ce géant culturel et médiatique qu'est Québecor, malgré son arrivée en politique. Et peut-être même y retourner, après la politique.

Je relis mes chroniques de 2009, 2010, 2011 et 2012 sur le gouvernement de Jean Charest, qui trempait dans toutes sortes de saloperies. J'ai écrit des choses très, très, très dures sur le PLQ.

Je ne regrette rien.

Aurais-je écrit la même chose si un ministre important du PLQ - ou le PM Charest lui-même - avait été l'actionnaire de contrôle de l'entreprise qui m'emploie, Gesca? Si cet actionnaire de contrôle avait pu, un jour, redevenir mon boss?

La réponse, c'est que je suis content de ne pas avoir eu à me poser la question, à l'époque.

Je suis content de ne pas me la poser, aujourd'hui.

Et j'espère ne jamais avoir à me la poser.

Ceux qui, chez Québecor, claironnent leur absolu confort devant la perspective de devoir couvrir un PKP qui pourrait redevenir leur boss un jour, eh bien, bravo, ils doivent être plus braves que moi.




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