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Je prends pour le salaud

Robin Wright dans le rôle de Claire Underwood... (Photo Associated Press)

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Robin Wright dans le rôle de Claire Underwood et Kevin Spacey dans le rôle de Frank Underwood.

Photo Associated Press

Nuit de mardi à mercredi. Il devait bien être 1h du matin. J'aurais dû dormir depuis longtemps, mais un homme me gardait éveillé.

Un salaud, en plus.

Mais non, ce n'est pas ce que vous pensez...

Ce salaud est en fait un personnage fictif, Francis J. Underwood, ex-représentant démocrate du 5e district de la Caroline-du-Sud, «actuel» vice-président des États-Unis et héros de House of Cards, la série créée par et pour Netflix, le fournisseur américain de contenu sur demande.

Eh oui, voici une autre chronique élogieuse sur House of Cards. La tribu branchée à laquelle j'appartiens ne se peut plus, depuis le 13 février dernier, date de la sortie de la saison 2. L'unanimité des fans devant la duplicité de Frank et de sa perfide femme Claire est à ce point assourdissante que mon camarade Hugo Dumas nous a tous calmé le pompon, dans sa chronique de samedi...

Frank Underwood était donc, dans la saison 1, le whip du Parti démocrate à la Chambre des représentants. Le whip, c'est celui qui s'assure que les élus votent du «bon» bord, ce qui n'est pas forcément le côté lumineux des choses, comme chacun le sait.

Underwood est un salaud fini, sans scrupules, sans honneur, prêt à tout pour garder le pouvoir et en gagner encore davantage. Sa femme est taillée du même bois...

Quand sa réélection est compromise par la mort d'une adolescente qui textait au volant - longue histoire -, Frank sait qu'il doit amadouer les parents de la défunte, qui sont furieux contre lui...

Il réussit à se faufiler jusqu'à l'église, le jour des obsèques de la victime. Il a préparé un discours, voyez-vous, un discours touchant, à faire pleurer une pierre, discours qui évoque sa propre enfance, son propre père...

Discours qui fait mouche.

Et la crise meurt dans l'oeuf.

Sauf que tout ce qui est sorti de la bouche de Frank, ce jour-là, est faux. Il ne pense rien de ce qu'il a dit. Les anecdotes personnelles? Inventées. Il le dit lui-même en nous regardant dans les yeux...

«La route vers le pouvoir est pavée d'hypocrisies et de victimes, se confesse-t-il dans la saison 2, alors qu'il est maintenant vice-président. Il faut n'avoir aucun regret.»

Ai-je dit que Frank était le héros de House of Cards?

Je devrais dire qu'il en est l'antihéros. C'est un salaud, un psychopathe, un tueur - au sens propre -, un manipulateur, un menteur. Et pourtant, tu regardes la série et...

Et tu veux qu'il gagne!

(Avez-vous remarqué que quelque part dans cette chronique, j'ai commencé à l'appeler Frank?)

C'est le génie de cette série: on est du bord du salaud. Ça tient sans doute au génie de cet immense acteur qu'est Kevin Spacey.

Je n'ai jamais embarqué dans l'«autre» grande série sur la politique américaine, The West Wing. Et c'est grâce à House of Cards que j'ai compris pourquoi. The West Wing, c'est la version Disney de la politique made in USA, avec ses protagonistes vertueux qui ne veulent que faire triompher le côté de lumineux des choses...

La politique, telle qu'on la souhaite.

House of Cards nous montre la corruption du système dans toute sa splendeur, avec ses compromissions et ses pactes avec le diable. Dans House of Cards, il y a toujours un lobbyiste ou un milliardaire qui impose ses vues aux élus. Ils tirent des ficelles. Ils exigent des amendements législatifs...

La politique, telle qu'elle est.

Ce qu'on retient de House of Cards, c'est le côté sombre de Frank. Ses mensonges, son ambition débridée, sa duplicité, sa froideur quand il assassine quelqu'un, au sens propre ou figuré. Il y a quelque chose, là-dedans, comme une métaphore du pouvoir, n'en déplaise aux fans de The West Wing.

Mais la réelle saloperie décrite par House of Cards, c'est l'influence de l'argent sur la politique américaine. Les riches et les puissants ont de tout temps tenté d'influencer le politique. Mais aux États-Unis, de nos jours, les riches et les puissants peuvent littéralement acheter le politique, sans que la chose ne soit illégale.

Je finance ta campagne - et les campagnes sont désormais perpétuelles -, tu votes là où sont mes intérêts. Tu te rebiffes? Je vais financer la campagne de tes adversaires. C'est ainsi dans la série. C'est ainsi dans la vie.

La violence de Frank dans sa route vers le pouvoir m'effraie moins que le poids du fric qui pèse sur les législateurs: je sais qu'une partie de cette violence est inventée...

Ceux qui ont le fric sont dépeints dans House of Cards comme des protagonistes totalement à leur place. Pourtant, un lobbyiste assis dans le bureau d'un législateur, à l'aider à trouver les arguments pour convaincre d'autres législateurs de voter du «bon» bord, c'est l'équivalent d'envoyer des BPC dans l'eau du robinet: je sais que ça, ce n'est pas inventé...

Comme dit Frank, qui joue la game qu'importe les règles du jeu ou leur moralité: «Quand on t'envoie du fric, tu ne poses pas de questions.»




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