Justin Trudeau, Monsieur Positif

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Justin Trudeau est-il fait de ce métal rare qui permet de résister aux attaques conservatrices? Malgré la campagne de publicités négatives qui l'a accueilli dès le premier jour de son job de chef du Parti libéral du Canada, selon CROP, il y a une sorte d'effet Trudeau dans les sondages.

Il faut dire que ces campagnes de pubs des conservateurs ont atteint le rang de légende dans le folklore politique fédéral: Stéphane Dion et Michael Ignatieff, les prédécesseurs de M. Trudeau, ont goutté au supplice de la goutte publicitaire de Stephen Harper. On sait ce qu'il est advenu d'eux.

Personnellement, j'ai trouvé Trudeau assez habile dans sa réponse à cette attaque publicitaire. On voit le début de cette pub conservatrice, puis le fils de Pierre Elliott Trudeau lui coupe le sifflet. Positif, souriant dans cette salle de classe - qui rappelle son passé de prof -, il dit que «les Canadiens méritent mieux».

Mais bon, il n'y a pas d'élection fédérale au menu avant 2015, et je me souviens de sondages qui donnaient 100 sièges à la Coalition avenir Québec de François Legault, il n'y a pas deux ans...

Est-ce qu'à force d'efforts, la machine publicitaire conservatrice qui a croqué et digéré les chefs libéraux Dion et Ignatieff pourra bouffer Justin Trudeau?

J'ai posé la question à John Parisella. Vous connaissez Parisella: stratège libéral provincial, il fut chef de cabinet de Robert Bourassa et contribua à la renaissance d'un Jean Charest minoritaire en 2008. Sans oublier son passage en publicité, à l'agence BCP. La politique infusée dans la pub (ou vice-versa), il connaît.

«Le jury délibère encore au sujet de l'effet de ces publicités sur Justin, m'a-t-il dit. L'impact souhaité, je dirais, n'a pas été celui souhaité par le Parti conservateur. Il y a en publicité une notion, le love brand, la marque aimée, poursuit Parisella. Le Canadien de Montréal en est une. Ce sont des marques qui transcendent les autres, dans lesquelles les gens se reconnaissent. En politique, il y en a eu très peu. Robert F. Kennedy aux États-Unis. Pierre Elliott Trudeau au Canada. Obama, en 2008.»

Je vois, John... Justin Trudeau est-il une «marque aimée» ?

«Trop tôt pour le dire...»

Mais «c'est un élément à surveiller», dit-il, du fait de l'histoire personnelle du chef libéral: les Canadiens le connaissent depuis sa naissance, ils ont admiré son père PM, éprouvé de la sympathie pour sa mère bipolaire, été attristés par la mort de son frère Michel et émus aux larmes par l'éloge funèbre de Justin aux funérailles de son père, en 2000.

«C'est quelqu'un qui a connu des épreuves et, malgré tout cela, donne le portrait d'un homme de famille équilibré. Je ne dis pas que Justin est un love brand... Mais il y a quelque chose.»

Or, dit l'ancien délégué général du Québec à New York et actuel directeur de la campagne de financement de Campus Montréal, il peut être dangereux de s'attaquer à ces marques aimées. À preuve, ce sondage EKOS publié dans le Toronto Star récemment qui évoquait un effet boomerang dans l'électorat: 70% des répondants estimaient que la campagne conservatrice «Il n'est pas à la hauteur» dénigrant Trudeau était «injuste».

En visionnant les publicités d'attaque des conservateurs, j'ai eu deux flashs.

Primo, si on compare les pubs d'attaques politiques canadiennes à celles des Américains, on dirait des dessins animés de Pixar. Les publicités made in USA sont cent fois plus vicieuses. Pour s'en convaincre, voir les entrées Wikipédia pour «Daisy Ad» et «Willie Horton Ad», qui ont respectivement contribué à planter Barry Goldwater (1964) et Michael Dukakis (1988).

Deuzio, si une pub ment toujours un peu, une publicité politique négative est, elle, carrément mythomane. Dans le cas de Trudeau, c'est fou comme la pub conservatrice lui met dans la bouche des mots qu'il n'a pas dits (et qu'il a pourtant dits). Dans la version anglaise, on le voit en 1999 (!) disant que «les Québécois sont meilleurs que les autres»...

En fait, Justin citait son père! On n'est même plus dans la citation hors contexte. On est dans l'invention.

Au fond, les pubs négatives, c'est comme la lutte WWE: si tu y crois, eh bien, tu mérites d'y croire...

Mais la réponse «positive» de Justin Trudeau aux attaques publicitaires de Stephen Harper est peut-être moins naïve qu'on le pense. On aurait tort de sous-estimer le segment démographique qui apprécie le positivisme en politique.

Pour s'en convaincre, voir la fiche Wikipédia de Jack Layton...

 

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