L'inéluctabilité du mariage gai

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Ce sont des publicités de type intérêt public, pour nous «sensibiliser» à quelque chose. À quelque chose de bien, de souhaitable, bien sûr. Et devant ces deux pubs télévisées du gouvernement du Québec pour nous dire que l'homophobie, c'est mal, où on voit des couples de même sexe s'embrasser, j'ai eu un malaise.

Mais non. Pas le même genre de malaise que l'animateur de webradio Jeff Fillion, qui a dit ne pas vouloir expliquer à ses filles pourquoi deux gars s'embrassent à la télé.

Le même malaise que j'ai d'ordinaire face à toutes ces pubs qui veulent faire la promotion du bien. Un malaise s'exprimant sous forme de question silencieuse: ça sert vraiment à quelque chose?

Disons que toi, les gais, c'est pas ton fort. C'est à toi que s'adresse cette pub. Toi, qui n'as pas hésité à souiller Facebook de tes commentaires d'arriéré pour fustiger ces pubs...

Donc, tu vois la pub où des couples gais s'embrassent. Vas-tu être plus «sensibilisé», dans la seconde suivante?

Pendant la pub qui suit, disons celle de Guy Lafleur qui se stimule la circulation sanguine, seras-tu moins dégoûté par ces images, par cette réalité?

Non, évidemment.

C'est ici que ces pubs sont tordues: ceux qui sont sensibilisés à une cause n'ont pas besoin de ces messages d'intérêt public. Ceux qui sont hermétiques au message non plus.

Alors, on fait quoi?

On attend. Le temps fait bien les choses.

Oublions le Québec, une seconde. Pour les gais en Occident, l'époque est très intéressante: la question du mariage gai est au premier plan de l'actualité en France et aux États-Unis, deux pays où cet enjeu est une «patate chaude» politique et législative.

Le cas américain est fascinant: l'appui à la légalisation du mariage gai est passé, en 10 ans, de 37% à 58%. Une hausse stupéfiante, qui ne peut certainement pas s'expliquer uniquement par des publicités gouvernementales disant aux Américains que l'homophobie, c'est mal.

Un changement de mentalité qui passe peut-être par la proximité. Prenez le cas de Rob Portman. Ce sénateur américain, membre du parti républicain, s'opposait - comme la plupart des élus de son parti - au mariage des homosexuels.

Puis, il y a deux ans, son fils Will a fait son coming-out.

Soudainement, le droit des gais à accéder à l'institution du mariage n'était plus une question théorique pour le sénateur de l'Ohio. C'est ce qui l'a convaincu d'appuyer - au niveau des États, pas par une décision de Washington - le mariage entre homosexuels.

Dans sa lettre au journal The Columbus Dispatch, Portman explique que son conservatisme est en parfait synchronisme avec cette nouvelle vision: nous, conservateurs, croyons à la liberté individuelle et à une intervention étatique restreinte, écrit-il, en plus de voir la famille comme la pierre angulaire de la société.

Mais dans la lettre de Portman, le passage le plus révélateur sur l'évolution des mentalités évoquait l'ancien président Ronald Reagan, «pour qui tous les grands changements en Amérique ont commencé à table».

«Le processus de citoyens qui convainquent d'autres citoyens, voilà comment un consensus se bâtit et que le changement durable s'effectue, écrit le sénateur Portman. Et comme une majorité écrasante de jeunes appuient le mariage des homosexuels, cet enjeu est devenu plus générationnel que partisan.»

Bref, les années aidant, la proximité aidant, la légalisation du mariage des gais est inéluctable aux États-Unis.

Oublions les australopithèques qui ont profité de ces pubs québécoises pour vomir leur haine des gais. Ceux-là sont des cons. Ne perdons pas de temps avec les cons.

Je pense aux autres parents, peut-être encore décoiffés par la nouveauté qu'est la vision de deux hommes, deux femmes s'embrassant publiquement, que ce soit chez IGA ou dans leur télé 60 pouces, pendant un téléroman.

Personnellement, je trouve que c'est un prétexte extraordinaire pour parler de la complexité et de la diversité du monde avec nos enfants. Leur dire que ça existe, des gars qui embrassent des gars. Des femmes qui aiment des femmes.

En parler calmement, mais en parler, c'est aussi envoyer un message subliminal aux enfants. Malgré notre propre frilosité. Vous me voyez venir?

Si vous pestez et que vous changez de chaîne, si vous êtes choqué par la seule vue de deux gais qui s'embrassent à la télé «devant les enfants», ça envoie un bien drôle de message aux enfants.

Ce message, c'est pas seulement que l'homosexualité, c'est dérangeant. C'est que vos enfants vont vous déranger s'ils sont homosexuels.

Parce que, je vous le signale, l'enfant gai n'est pas toujours celui du voisin.

(Finalement, je me relis: peut-être qu'elles servent à quelque chose, ces pubs...)

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