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La génuflexion de Céline Galipeau

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Pour un ou une journaliste, Marc Ouellet est un sujet fascinant. L'homme, d'abord, a multiplié les déclarations sévères à l'égard de ce Québec qui lui déplaisait manifestement, lors de son bref passage parmi nous. Le religieux, ensuite, représente une institution rétrograde qui pourfend officiellement les homosexuels, l'avortement et la contraception.

Voici un homme qui a rappelé qu'une femme ne doit jamais se faire avorter, même en cas de viol. Voici un homme qui a sommairement et stupidement réduit un profond débat sur la fin de vie à «une culture de mort». Voici un homme totalement divorcé du réel, tel qu'il se vit au XXIe siècle au Québec.

Voici un membre haut placé d'un Vatican qui pourfend les homosexuels et le mariage entre personnes du même sexe. Ce membre de haut rang aurait manoeuvré en coulisse pour écarter un cardinal écossais accusé d'inconduite sexuelle... Alors que son propre frère a été reconnu coupable d'actes de pédophilie.

Bref, Mgr Ouellet, maintenant qu'il est papabile, est un sujet encore plus fascinant à interviewer. Il pourrait devenir le chef des catholiques du monde entier. Ses vues pourraient avoir un effet sur des millions de personnes.

Pour toutes ces raisons, j'ai haï l'entrevue de Céline Galipeau, chef d'antenne du Téléjournal, avec Ouellet, lundi soir. Quand on prend la peine de mentionner que plus d'une centaine de médias désiraient une entrevue avec lui, quand on n'a que 23 questions à lui poser, c'est du gaspillage que de ne pas le décoiffer un peu avec des questions qui dérangent.

J'ai beau relire les 23 questions de Galipeau, je n'en vois que des mièvres et des tièdes. La plus difficile fut probablement: «Le prochain pape va avoir de gros défis devant lui, qu'on pense à tous ces scandales sexuels, aux problèmes qu'il semble y avoir au Vatican, on a vu ces allégations de scandales financiers, sexuels... C'est énorme quand même, non?»

Wow, tu parles d'une question qui tue, toi.

Mais il est vrai que Céline Galipeau a abordé avec Ouellet ce qu'elle a elle-même qualifié de «question sociale»...

En entendant «question sociale», je m'attendais à une question sur les vues de l'Église touchant l'ordination des femmes, le droit à l'avortement, la fin de la condamnation de l'homosexualité, le port du condom...

Non. Rien, absolument rien de cela.

Céline Galipeau... (Archives La Presse) - image 2.0

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Céline Galipeau

Archives La Presse

On a eu droit à ceci: «Je pense juste à une question, les couples divorcés, les catholiques ne peuvent pas se remarier à l'Église... C'est dur, pour les catholiques, alors est-ce que c'est le temps pour l'Église de s'ouvrir à quelque chose de nouveau, à avancer dans ces questions-là?»

À ce moment-là, j'ai échappé un juron référant à cette petite armoire qui abrite le ciboire. À ce moment-là, j'ai compris pourquoi Ouellet n'a jamais perdu son sourire béat.

Vraiment, Céline? De toutes les «questions sociales» qu'on puisse lancer à la gueule du peut-être futur pape, celle qui vous sautait aux yeux comme étant la plus pertinente était la «brûlante» question du remariage des catholiques?

Puis-je rappeler que le journalisme est à peu près incompatible avec la génuflexion? L'entrevue a été à ce point mièvre que j'ai demandé à Radio-Canada si le cardinal Ouellet avait exigé de ne pas se faire poser certaines questions comme condition préalable à l'entrevue. Réponse: non.

Eh bien... c'est pire!

Il ne manque pourtant pas de bons interviewers à la société d'État. Je pense à Anne-Marie Dussault, par exemple. Mais être lecteur, ou lectrice de nouvelles, ça ne fait pas de soi un bon interviewer. Même si on vous affuble du titre pompeux de «chef d'antenne».

Quand Mme Galipeau a hérité en permanence du poste de chef d'antenne du Téléjournal, sa nomination a été accueillie comme une avancée pour les femmes. Et c'est une avancée, en effet. J'en suis.

Mais c'est ici que le bât blesse: plusieurs des positions arriérées de l'Église catholique touchent les femmes au premier chef. Surtout dans des pays en voie de développement, où les diktats de l'Église ont encore beaucoup de poids. L'avortement, la contraception: ce sont les femmes qui écopent quand les intégristes comme Ouellet et ses sbires imposent leurs vues sur ces sujets. Et là, une femme a la chance d'interviewer un obscurantiste comme Ouellet, un obscurantiste qui pourrait fort bien devenir pape, et elle lui demande quoi?

Elle lui demande s'il était ému quand il a vu le pape quitter le Vatican. Elle lui demande si c'est la fin des pontificats à vie. Elle lui demande s'il tweete.

Tab...




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