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Un dîner avec... Philippe Couillard

Philippe Couillard... (Photothèque Le Soleil)

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Philippe Couillard

Photothèque Le Soleil

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Les politiciens sont des bibittes très douées pour parler tout en limitant au maximum l'effet boomerang que leurs paroles pourraient avoir sur leur vie politique. Ça donne souvent un discours plein de formules creuses. Tu les interviewes, tu relis ton calepin de notes plus tard et tu te dis: «Mon Dieu, comment se fait-il que je ne me sois pas endormi pendant qu'il parlait?»

Je pense à Jean Charest, bien sûr...

Philippe Couillard, c'est l'anti-Charest. Tu repasses tes notes d'entrevue, tu réalises qu'il a fait ici et là une pirouette pour éviter une question (mais pas tout le temps), bien sûr, mais ce qu'il a lancé comme écran de fumée était quand même diablement intéressant, parce qu'il patine sur la glace d'une considérable érudition...

Prenez l'Arabie saoudite. Il a pratiqué la médecine dans ce pays. Il y a conseillé le ministre de la Santé. Mais l'Arabie saoudite est une théocratie islamiste dans la même catégorie obscurantiste que l'Iran, et cela appelle des questions délicates: comment un humaniste comme le bon docteur Couillard a-t-il accepté, un jour, de s'associer à ce pays qui n'envoie pas de femmes aux Jeux olympiques?

«Écoute, c'est plus compliqué que ça», commence par répondre Philippe Couillard, avant de se lancer dans une passionnante explication sociopolitique où s'entrecroisent sa propre affection pour le peuple arabe et ses séjours dans le désert, les tensions entre les autorités civiles et religieuses dans le royaume, et la soif de modernité des milliers de Saoudiens formés à l'étranger, «dont 800 étudiants en médecine au Canada seulement», en ce moment même.

«Il y a un attachement profond, chez moi, qui n'a rien à voir avec une adhésion au système politique. Est-ce que j'adhère à la charia? Voyons donc! Mais quand je vais là-bas, je parle à des gens qui me montrent d'autres facettes que ça. J'ai un attachement pour le peuple. C'est différent de dire que j'ai un attachement pour le pays. Je suis un humaniste et, quand je vais là, je côtoie des gens qui pensent comme moi, qui veulent que leur pays progresse, qui sont convaincus de la nécessité d'éloigner la religion de l'administration de l'État...»

L'écran de fumée? Je ne l'ai pas suffisamment questionné sur son rôle de conseiller du ministre de la Santé, qui est, lui, un rouage de cette dictature.

Des sables saoudiens, je le ramène aux sables mouvants de la commission Charbonneau. Ce qu'il attend du rapport de la Commission, c'est qu'on lui explique «l'anatomie» d'un système qui commence avec un don à un parti, «tous partis confondus», et qui culmine «avec un avantage dans l'obtention d'un contrat». Lui jure qu'il n'a jamais reçu de demande directe, quand il faisait du financement pour le PLQ, en tant que ministre.

Sans que je le pousse dans cette direction, il défend l'ex-ministre Line Beauchamp, qui s'est retrouvée à la même table qu'un membre de la mafia lors d'un petit-déjeuner de financement à Laval. Ces gens qui paient pour rencontrer le ministre dans des activités de financement, «t'as aucune idée de qui c'est», plaide-t-il.

O.K., tant qu'à parler d'ex-ministres, parlons de Nathalie Normandeau. Mme Normandeau, qui se tétait - y a-t-il un autre choix de verbe possible? - des billets de spectacle auprès de Lino Zambito, alors que ce dernier finançait le PLQ et avait tout à gagner d'une décision ministérielle favorable (et qui fut finalement favorable) pour une usine de traitement des eaux à Boisbriand...

Mais au sujet de Mme Normandeau, le candidat Couillard devient laconique: «Elle s'est expliquée publiquement. Elle va continuer à le faire.»

Quand j'évoque les leçons qu'un homme politique peut tirer des mobilisations comme Occupy Wall Street ou le Printemps québécois, l'ex-ministre de la Santé me dit que cette image du 1% de privilégiés qui écrase les 99% de monde ordinaire «est une caricature, car tout le monde s'estime victime d'une injustice».

Je n'ai pas le temps de lui dire que je trouve son explication caricaturale: il se lance dans une (intéressante) ellipse qui commence avec les dangers de l'égalitarisme, se poursuit avec la nécessité de pondérer l'attribution des bourses d'excellence aux étudiants selon des critères socioéconomiques et qui se termine sur cette phrase-choc: «Il y a un concept chez nous - je caricature à dessein - qui est celui-ci: si tout le monde ne peut pas l'avoir, personne ne va l'avoir. C'est une fausse égalité.»

Sur les relations Québec-Canada, Philippe Couillard est, disons, ambitieux: «Le discours souverainiste est dans une comparaison inégale: il compare l'indépendance du Québec, un idéal, un rêve qui par définition est lisse, à la réalité du fédéralisme canadien qui, par la nature de sa réalité, est fait de frictions, de tensions et d'imperfections. Mon intention, c'est de rehausser le discours fédéraliste au même niveau que le rêve souverainiste. Je veux que le discours fédéraliste se situe au même niveau d'idéal que le discours souverainiste.»

Au téléphone quelque temps après ce dîner, Philippe Couillard ajoute qu'il veut «trouver un consensus sur l'identité québécoise» dans une «conversation» avec les Québécois, et présenter ce consensus au Canada.

Mais, dis-je, vous parlez de rouvrir le débat constitutionnel, là...

«C'est un premier pas. Il faudra, un jour, refermer la boucle ouverte en 1982 avec le rapatriement de la Constitution, avec Meech, la création du Bloc et le référendum de 1995. Elle n'a pas été refermée.»




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