Dire oui, dire non

Patrick Lagacé
La Presse

Je me mets à la place d'un entrepreneur, disons d'un grand bâtisseur. Le genre à ensemencer des condos sur des terres fraîchement dézonées ou à ériger des usines de traitement des eaux usées. Je me mets à sa place et je me dis que s'il décide de gâter un élu pour obtenir sa part du gâteau municipal, tout ça, c'est entre lui et sa conscience.

Il y a l'éthique, oui, bien sûr. La droiture, l'honnêteté. Et s'il se fait prendre, qu'il paie pour ses crimes. Mais le grand bâtisseur n'est redevable qu'à lui-même, au fond. Et à ses actionnaires. Le grand bâtisseur n'a pas de relation particulière avec le public, avec le bien commun.

Un élu, si.

C'est pourquoi l'arrestation de Richard Marcotte, maire de Mascouche, est si importante.

Parce qu'un élu croche, comme on accuse Richard Marcotte de l'être, c'est un élu qui a utilisé la confiance du monde à son propre avantage. Parce qu'il a usurpé la confiance du monde pour trahir le bien commun. Pour s'enrichir. Pour se maintenir au pouvoir.

Tony Accurso?

Tony Accurso est un homme d'affaires. Et à voir ce que le fisc lui reproche, ainsi que les accusations criminelles déposées hier, il a décidé, un jour, de mener ses affaires comme un croche. C'est répréhensible. Mais il ne trahit personne.

Que des hommes d'affaires véreux tentent de se positionner favorablement auprès d'un élu en mesure d'influencer la machine municipale en sa faveur - contrats de déneigement de bornes-fontaines, dézonage de terrains à des fins de développement -, je ne dis pas que c'est normal, mais c'est inévitable.

Pour les contrer, ces ratoureux, il y a des mécanismes: une fonction publique indépendante, des processus transparents d'octroi des contrats et de financement politique, des leviers de vérification interne forts.

Mais tout ça est inutile si les élus tendent la patte et espèrent que celle-ci soit graissée. Il y a mille façons de graisser la patte d'un élu. Un élu corrompu a son prix, parfois élevé, parfois pas si élevé.

Le meilleur rempart contre la corruption, c'est un élu qui dit... non.

Marcotte a-t-il dit non? Ce que l'accusation assène, c'est que le maire de Mascouche disait plus souvent oui...

Dans le cas de Richard Marcotte, les reportages médiatiques ont levé le voile sur des cadeaux et des avantages que le procès criminel révélera peut-être intégralement. Mais voici ce qu'on sait:

- des contributions à sa caisse électorale en échange de contrats de la Ville de Mascouche;

- voyage en Suisse payé par des promoteurs immobiliers;

- deux condos obtenus sous la valeur marchande, d'un promoteur immobilier... à qui le maire a revendu ces deux unités, avec profit.

Autre avantage, ce voyage sur le luxueux yacht de Tony Accurso, le légendaire Touch (qui a un rôle à jouer dans les accusations déposées hier!), sous les tropiques: le maire Marcotte s'est marié sur le Touch de M. Accurso. Normand Trudel, entrepreneur local, fut son témoin. Cette croisière fut hautement symbolique: Trudel, Accurso et Marcotte ont été arrêtés dans la même rafle policière.

À Mascouche, depuis des années, des citoyens posaient des questions au conseil municipal, ruaient dans les brancards. Il ne se passait rien. Le copinage se poursuivait. Jean-Daniel Cossette, célèbre dans le coin pour ses interventions au conseil municipal, est un de ceux-là.

Celui-là, hier, était surpris et soulagé de voir la rafle de la police dans ce Mascouche dont il dénonçait les relations incestueuses depuis 2002.

«Ça confirme, dit M. Cossette, qu'on avait raison.»

Ironie savoureuse: le maire Marcotte avait menacé de poursuivre M. Cossette en diffamation pour ses critiques portant sur le copinage avec les grands bâtisseurs du coin.

Qui payait les avocats du maire Marcotte pour le bullying de M. Cossette?

Eh oui, les contribuables de Mascouche.

LAFRENIÈRE SOURIANT - J'ai souvent écrit et dit qu'on prendrait l'UPAC au sérieux le jour où l'UPAC coffrerait de gros poissons. On approche de ce jour! Avec l'arrestation de Tony Accurso, l'UPAC ne se nourrit plus uniquement de plancton. En cela, Robert Lafrenière, commissaire de l'UPAC, avait raison de sourire, hier matin.

Ne manquerait plus que des membres de la classe politique provinciale soient coffrés dans une enquête policière qui ne serait pas lancée par une enquête journalistique...

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