Ne vous taisez pas, Madame B!

Denise Bombardier est romancière, essayiste, commentatrice. Un phare intellectuel qui illumine les masses québécoises et françaises depuis des décennies. Relations hommes- femmes, les Français, sa famille, la politique, Céline Dion : rien n'échappe à sa pugnace curiosité.

Depuis peu, sa carrière télévisée et radiophonique est en veilleuse. Mme Bombardier a donc plus de temps pour écrire: «L'écriture, c'est ma vie», a-t-elle confié à Catherine Perrin, hier, à Radio-Canada.

C'est justement parce que Denise Bombardier est ce phare intellectuel inestimable qu'elle doit s'expliquer sur ce qui ressemble à une vulgaire affaire de plagiat, relevé dans un livre qu'elle a récemment cosigné avec son amie Françoise Laborde, Ne vous taisez plus!, sur l'affaire DSK, les femmes, le sexisme.

En effet, tel que rapporté en premier par le site français Acrimed, il semble que Ne vous taisez plus! ait «emprunté» des passages d'un article de la journaliste Claire Levenson, sur l'affaire DSK, publié dans la version française de Slate, bien avant la publication du livre du tandem Laborde-Bombardier.

Dans Ne vous taisez plus!, publié en septembre dernier, on peut lire un passage écrit par Mme Laborde:

«L'attitude française serait liée à une tradition intellectuelle qu'a soulignée récemment dans le New York Times l'historienne Joan Scott. Celle-ci indique que, pour les Français, l'"alternative à l'égalité entre les sexes est l'acceptation d'un jeu érotisé des différences". Ainsi, la femme acquerrait du pouvoir en étant désirée par les hommes et pourrait de la sorte rééquilibrer le rapport de force. Le féminisme serait, de ce point de vue, "un apport étranger", en décalage avec les moeurs françaises. Et, surtout, il mettrait en danger la galanterie française.

«Le modèle - celui d'une "galanterie française" - est à distinguer du combat égalitaire des féministes américaines, accusées de forcer les femmes à nier leur féminité. Pour ce courant, il s'agit d'opposer le "commerce heureux entre les sexes" à la judiciarisation excessive des rapports hommes-femmes aux États-Unis. Ce discours de l'exception française a d'ailleurs été construit en réaction à la politisation des questions sexuelles en Amérique à la fin des années 1980.»

Or, trois mois plus tôt, en juin, Claire Levenson a publié son analyse comparée des sexismes made in France et in ze USA, dans Slate.fr:

«L'attitude française, elle, est en partie liée à une tradition intellectuelle qu 'a examinée l'historienne de Princeton Joan Scott. Celle-ci soulignait récemment dans le New York Times que pour certains historiens et sociologues français, l'"alternative à l'égalité entre les sexes est l'acceptation d'un jeu des différences érotisé". L'idée est que la femme acquiert du pouvoir en étant désirée par les hommes, et que grâce à cela elle parvient à rééquilibrer le rapport de forces. Scott ajoute que pour ces intellectuels (elle cite Claude Habib, Mona Ozouf et Philippe Raynaud), le féminisme est vu comme "un apport étrange", en décalage avec les moeurs françaises.

«Le modèle défendu est celui d'une "galanterie française", à distinguer du combat égalitaire des féministes américaines, accusées de forcer les femmes à nier leur féminité. Pour ce courant, il s'agit d'opposer le "commerce heureux entre les sexes" (Mona Ozouf) à la judiciarisation excessive des rapports aux États-Unis. Ce discours de l'exception française a d'ailleurs été "construit en réaction contre la politisation des questions sexuelles aux États-Unis à partir de la fin des années 1980", souligne le sociologue Éric Fassin.»

On lit les deux versions. Et il faut vraiment faire un double salto arrière intellectuel pour ne pas voir là des similitudes révélant un plagiat pur et simple. Mêmes thèmes, mêmes sources, mêmes mots. La différence tient à des détails.

Jointes par Quebecor Media en février, les auteures ont tout nié. Mme Laborde a tiré sur le proverbial messager: «Acrimed est une association en mal de publicité.»

Madame B a eu ces mots: «Je ne circule pas sur ces sites ou ces blogs, je ne les connais même pas.» Et: «Il n'y a pas eu de plagiat!»

Devant une négation si virile, on doute, plein de bonne foi, bien sûr, et on va relire les deux passages, côte à côte, encore une fois...

L'attitude française...

tradition intellectuelle...

L'historienne Joan Wallach Scott...

Le modèle de galanterie française...

La journaliste Sciolino...

Ouf. Ça fait beaucoup, beaucoup de ressemblances, à peu près dans le même ordre.

Je veux bien croire à un malentendu, mais il faudrait me convaincre que la télépathie existe. Ou que Mme Laborde a écrit ces mots et que Mme Levenson les a subtilisés à son insu: le cas échéant, la coauteure de Ne vous taisez plus! ne s'est pas empressée de nous le démontrer...

Hier, au micro de Catherine Perrin, Denise Bombardier a catégoriquement refusé de s'expliquer. Elle a invité l'animatrice à prendre contact avec les avocats de Fayard, sa maison d'édition, poursuivie dans cette affaire...

Quand on a baigné dans les idées et dans les livres toute sa vie, quand on a fait un doctorat à la Sorbonne, comme Denise Bombardier, on sait que le plagiat est un délit moral gravissime.

L'honneur de Madame B commande qu'elle s'explique avec sa clarté légendaire. Et là, elle se réfugie derrière un bouclier avocassier.

Ça ne lui ressemble pas.

Ne vous taisez pas, Madame B!




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