Amir et les moutons

Il y a des fois où Amir Khadir me désespère. Quand il s'éparpille, par exemple, quand il commente tout et n'importe quoi comme s'il était un simple chroniqueur d'humeur ou, pire, comme s'il était un blogueur hyperactif.

J'ai dit tout le bien que je pense de Khadir. Ça tient à sa conviction, en acier trempé, que le bien public ne doit pas être subordonné aux intérêts privés. À ce verbe haut, à ce «O» plissé que fait sa bouche quand il emmerde les puissants, qu'ils soient pharmaciens, ex-boss de la Caisse de dépôt ou PDG anonymes de géants miniers.

Mais le député de Mercier m'énerve quand il s'éparpille.

Quand il va lancer un soulier sur une effigie de George W. Bush.

Quand il appuie de sa personne ce stupide boycottage d'un marchand de la rue Saint-Denis pour délit de vente de chaussures israéliennes.

Quand il commente tout et, surtout, rien: la visite prochaine du couple princier au Québec, par exemple.

Amir, camarade, dites-moi, refusez-vous parfois les invitations? Vous devriez. Vous donneriez moins de munitions à vos adversaires.

Mais le député de Québec solidaire me fait tripper, justement, quand il emmerde les puissants. Quand il les bouscule. Quand il ne fait pas devant eux les courbettes auxquelles ils s'attendent.

Ce Khadir-là, on l'a vu à l'oeuvre, hier, en commission parlementaire, quand il s'est colleté avec Lucien Bouchard, le porte-parole de l'industrie du gaz. Un beau moment. S'il s'était agi de sport, RDS aurait montré la séquence au ralenti.

Quand Khadir a apostrophé l'ancien PM en lui disant sa déception de le voir passer de la gestion de la chose publique à la promotion des intérêts gaziers, le bouillant Bleuet a réagi avec la fougue qu'on lui connaît bien.

Mais ça sentait le réchauffé: M. Bouchard savait bien qu'il allait se faire cuisiner par Khadir. Je suis sûr que sa parade était apprise par coeur. Ça ne jaillissait pas de son fond, à la «C'est qui, c'gars-là?».

Mais le plus décevant, hier, était cette déférence complètement déplacée des éminents membres de la commission parlementaire, péquistes et libéraux, envers le porte-parole des intérêts du gaz. La job des députés, dans un forum semblable, est de s'assurer que le bien public soit bien géré. Pas de ménager l'humeur de M. Bouchard.

En serrant la main du grand homme, avant les travaux, ils avaient tous dans l'oeil cet éclat qu'ont les jeunes filles lorsqu'elles s'approchent de Justin Bieber. La suite a été à l'avenant.

Quand Lucien Bouchard a été interrompu par Amir Khadir, Nathalie Normandeau, ministre des Ressources naturelles, outrée, a offert de lui céder son temps de parole. Un peu plus et elle offrait d'aller lui chercher une tisane!

Absolument déprimant de voir le président de la Commission, autre anonyme avantageusement connu dans les soupers spaghettis de sa belle région, s'excuser auprès de M. Bouchard de la pugnacité du socialiste de Mercier.

Incroyable. Tous des téteux.

C'est pour ça que Khadir irrite tant la plupart de ses collègues parlementaires. Tellement habitués à toujours marcher en troupeau sur la ligne de parti, péquistes comme libéraux, ils sont rouges de confusion quand ils voient un député dire ce qu'il pense et penser ce qu'il dit. Doivent se demander comment un député peut avoir une opinion alors que son parti n'a même pas de whip!

Ainsi Monique Gagnon-Tremblay qui, à la télé, avec l'air de celle qui vient d'être frôlée par le monstre du Loch Ness, a affirmé hier que Khadir «incite à la violence» en dénonçant avec force le couple de parasites royaux qui va venir nous visiter! Vous avez besoin d'une tisane, Mme Gagnon-Tremblay. Faites signe à Mme Normandeau.

Très drôle de voir les libéraux s'empourprer devant un député solitaire sans pouvoir, comme s'il s'agissait de l'antéchrist à un congrès de télévangélistes. C'est la même bande qui a applaudi Tony Tomassi la veille de son éjection du PLQ. Jamais ils n'ont eu de mots aussi durs envers ce grand argentier de Saint-Léonard.

J'écris ces mots et, à la télé, live from les inondations, il y a Laurent Lessard, ministre des Affaires municipales. Je ne l'entends pas. Le son est coupé. Et je ressens la même chose que quand M. Lessard parle et que je l'entends.

Rien.

PARLONS DE SEXE - Tu lis le journal, des fois, et tu te demandes si t'es normal. Je parle de cette affaire de godemiché qui s'est rendue à la Cour suprême, qui a forcé mon auguste camarade Boisvert à écrire le mot an*s (voyez, j'en suis moi-même incapable) dans sa chronique d'hier.

Est-ce ainsi que les hommes et les femmes baisent, de nos jours? En s'asphyxiant? En s'aidant d'objets oblongs? En se menottant? Ouf. Quelle époque.

Personnellement, je ne fais ça que le samedi soir, toutes lumières éteintes, sous les couvertures, dans des positions respectables qui n'exigent aucun échauffement préalable et en m'assurant du consentement éclairé et constant de ma partenaire. Je lui fais même passer l'alcootest, avant.

Comment? Ma vie sexuelle est plate? You bet! Mais jamais des juges un peu coincés sous leur toge rouge n'auront à poser une loupe dessus. C'est déjà ça de pris.

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