Le méli-mélo de Mélanie Joly

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La ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly

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Vous n'êtes pas tannée de toujours répéter la même chose? a demandé un journaliste que je connais bien à Mélanie Joly vendredi dernier. Réponse textuelle de la ministre : «C'est ce qu'ils nous apprennent à faire en politique.»

Autrement dit, malgré les critiques qui continuent de fuser de toutes parts, la ministre Joly ne semble pas sur le point de remettre en cause une stratégie de communication désastreuse qui a failli rendre tout le monde fou lors de sa récente tournée des télés et des radios du Québec.

Partout où elle a pris la parole, la ministre a tenté de nous convaincre que le fait de ne pas imposer de TPS à Netflix, alors qu'elle est imposée aux services similaires comme illico, CraveTV et Tou.tv, n'est pas de l'iniquité fiscale, mais un cadeau à la classe moyenne. Manque de chance, elle n'a convaincu personne, notamment parce que si la classe moyenne a les moyens de s'abonner au service standard de Netflix à raison de 131,88 $ par année, c'est qu'elle n'est pas si moyenne que ça... Et qu'elle a certainement les moyens de payer 20 $ de TPS de plus.

Si Mélanie Joly a déjà eu un capital de sympathie au Québec, il a été anéanti dimanche soir lors de sa pitoyable performance à Tout le monde en parle.

«On a l'impression que vous ne nous entendez pas », lui a lancé avec une pointe d'exaspération le journaliste Gérald Fillion. Comme il avait raison. Sauf que ce n'est pas tout à fait vrai que la blonde ministre aux airs d'ingénue et au sourire un brin insolent n'entend pas les questions que nous lui posons depuis plusieurs jours. C'est plutôt qu'elle ne VEUT pas les entendre.

Comme un enfant qui plaque ses mains sur ses oreilles et qui chantonne pour ne pas entendre ce qui le dérange, Mélanie Joly fait comme si elle n'avait jamais entendu ses détracteurs ni réfléchi à l'injustice qu'ils lui reprochent d'encourager.

S'accrochant désespérément à sa cassette prédigérée, la ministre semble pratiquer une sorte d'autisme politique. Peu importe la question ou l'interlocuteur, peu importe si on lui crie après, comme l'a fait Paul Arcand, ou si on y va plus poliment, à la manière de Gérald Fillion, sa pensée figée dans des formules toutes faites ne déroge pas de sa trajectoire. 

Elle répète ad nauseam la même bonne nouvelle Netflix comme on lui a appris à le faire, bonne nouvelle qui, à force d'aveuglement volontaire, finit par devenir un tissu de fausses informations, pour ne pas dire de mensonges pétris de démagogie.

Premier gros mensonge : l'entente soi-disant historique que Mélanie Joly prétend avoir conclue avec Netflix. À l'entendre, ce serait grâce à sa grande dévotion que Netflix aurait consenti à investir 500 millions dans des productions canadiennes.

Grâce à elle? Vraiment? Dans une lettre adressée à la ministre, datée de 2016 et disponible sur le Net, le chargé des politiques globales chez Netflix, Joshua Korn, écrit : «Netflix est un investisseur actif dans le secteur du cinéma et des séries télé et nos investissements au Canada sont substantiels.» Il n'évoque pas de chiffres précis, mais il affirme que Netflix compte investir des centaines de millions dans des productions au Canada, certaines considérées comme du contenu canadien, d'autres comme des contenus américains mais produits au Canada.

Bref, Mélanie Joly n'a fait que chiffrer une intention qui s'était déjà concrétisée bien avant qu'elle ne fasse le voyage à Palo Alto et qu'elle vante les mérites de trois grands cinéastes québécois de langue française... qui tournent tous en anglais et qui n'ont pas besoin de Netflix pour le faire.

Deuxième fait alternatif : un studio Netflix verra le jour au Canada, encore une fois, grâce aux talents de persuasion de la ministre. Dans les faits, ce studio doit déjà probablement exister, puisque Netflix a à son actif huit séries originales tournées et produites au Canada, dont Anne, Alias Grace, Travelers, Frontier, Orphan Black, etc. S'ajoutent à cette liste une quinzaine d'autres productions qui ne se qualifient pas comme du contenu canadien, mais qui ont néanmoins été tournées en partie ou entièrement au Canada.

Mélanie Joly essaie de nous convaincre qu'elle a joué un rôle majeur face à Netflix, alors que rien n'est moins sûr. 

Non seulement l'argent de Netflix était-il sur la table, mais la ministre a été incapable d'obtenir la moindre concession du géant américain, que ce soit sur le plan de la TPS, du contenu original francophone ou même du doublage.

D'ailleurs, dans la lettre du chargé des politiques globales de Netflix, nulle part n'est-il question de doublage. En revanche, Netflix se vante d'avoir 5000 heures de contenu avec des sous-titres français. «Ce qui signifie, écrit Joshua Korn, que les abonnés Netflix qui ont un handicap visuel ou auditif peuvent profiter d'émissions canadiennes comme Trailer Park Boys et Degrassi

Quant aux Québécois de langue française, ils ne semblent pas exister aux yeux du chargé des politiques globales de Netflix, qui ne les mentionne nulle part.

Mélanie Joly avait pourtant un sourire aussi imperturbable que triomphant sur le plateau de Tout le monde en parle, comme si elle avait réussi un coup fumant. Du haut de son olympe ministériel, elle parlait avec l'assurance d'une femme qui se croit entourée d'une bande d'imbéciles et qui est convaincue qu'elle détient le monopole d'une vérité qui n'a rien à voir avec la vérité mais qui, à force d'être répétée, finira par le devenir.

Si c'est ça, faire de la politique autrement, c'est désolant.




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