Chanter plus fort que le feu

L'incendie qui a ravagé lundi le Théâtre de... (Archives La Presse canadienne, Marc-Antoine Dufresne)

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L'incendie qui a ravagé lundi le Théâtre de la Vieille Forge, en Gaspésie, a déclenché un élan de sympathie et de solidarité partout au Québec.

Archives La Presse canadienne, Marc-Antoine Dufresne

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C'est Michel Rivard qui a le mieux résumé l'élan de sympathie et de solidarité déclenché par l'incendie qui a ravagé lundi le Théâtre de la Vieille Forge, en Gaspésie. « Ici, on a souvent chanté plus fort que la mer, a lancé le chanteur, en entrevue avec Le Soleil. Maintenant, on va chanter plus fort que le feu. »

Le Théâtre de la Vieille Forge a été... (Photo Évelyne Desaulniers, fournie par le Village en chanson de Petite-Vallée) - image 1.0

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Le Théâtre de la Vieille Forge a été une maison de naissance et une rampe de lancement pour une constellation d'artistes talentueux comme Louis-Jean Cormier, Marie-Pierre Arthur et Émile Proulx-Cloutier.

Photo Évelyne Desaulniers, fournie par le Village en chanson de Petite-Vallée

Depuis, « chanter plus fort que le feu » est devenu le cri de ralliement de la petite équipe d'irréductibles du Festival en chanson de Petite-Vallée, qui va lancer, au cours des prochains jours, une vaste campagne de financement afin de rebâtir ce que le feu a détruit.

Cela dit, que les choses soient bien claires : le théâtre qui a brûlé n'était pas une ancienne forge ni un édifice patrimonial. Dans les faits, il a été construit il y a 16 ans à l'emplacement exact de l'ancienne forge du grand-père de Louis-Jean Cormier, qui est aussi celui d'Alan Côté, l'âme dirigeante du festival de Petite-Vallée.

L'auteur-compositeur-interprète Pierre Flynn se souvient de la petite cabane de forgeron toute croche où il a chanté pour la première fois à la fin des années 80. Arrivé à l'aube, encore somnolent, ignorant tout de ce petit festival, il avait aperçu la petite cabane face à la mer devant lui en se demandant, avec une pointe d'inquiétude, sur quelle drôle de planète il avait atterri. 

Quelques heures plus tard, devant une centaine de personnes tassées comme des sardines mais d'un enthousiasme et d'une chaleur à faire fondre le plomb, il y a vécu un des moments les plus émouvants de sa carrière. Depuis, il est retourné à Petite-Vallée des dizaines de fois, pour y donner des ateliers d'écriture avec Edgar Bori ou pour y chanter.

Chanter plus fort que le feu : l'image est belle et parfaitement de circonstance. 

Car ce n'est pas seulement un théâtre qui a brûlé lundi : c'est le coeur et les poumons de ce précieux festival fondé en 1983 et qui, au fil du temps, a été une maison de naissance et une rampe de lancement pour une constellation d'artistes talentueux, comme Louis-Jean Cormier, Marie-Pierre Arthur et Émile Proulx-Cloutier. 

Cet été, malgré des vents contraires, c'est sa 35e édition que le festival a fêtée. Bientôt 35 ans pour un festival de la chanson francophone qui se déroule à des centaines de kilomètres des grands centres urbains, c'est un exploit. Mieux encore : c'est un miracle.

D'autant que ce festival, accablé depuis deux ans par un déficit d'un quart de million, avait réussi, comme l'ont si bien écrit Les soeurs Boulay, « à se relever dignement tout en restant fragile ».

En fait, ce n'est pas seulement ce festival qui est fragile, c'est la chanson francophone québécoise dans son ensemble, cette belle et folle entreprise qui, autrefois, ne se posait même pas la question de son existence et qui, aujourd'hui, se retrouve de plus en plus coincée entre les affres de la mondialisation et les désirs légitimes de beaucoup d'auteurs-compositeurs de chez nous d'atteindre un public plus vaste, plus universel et, forcément, de plus en plus anglophone.

Pas étonnant que le Festival en chanson de Petite-Vallée occupe une place aussi singulière dans le coeur de nombreux artistes québécois.

Ce festival apparaît un peu comme un des derniers refuges d'une expression artistique qui peine à maintenir sa pertinence, sa légitimité, quand ce n'est pas sa survie financière.

Les organisateurs du Festival en chanson de Petite-Vallée - qui, cette année, a uni ses forces avec le Festival de la chanson de Tadoussac - ne sont évidemment pas les seuls à croire en l'importance de la pérennité de la chanson d'expression française. Ceux du Festival de Granby, des FrancoFolies, de Coup de coeur francophone, du ROSEQ (le réseau des organisateurs de spectacles de l'est du Québec) et, dans une moindre mesure (et malgré son amour pour Metallica), du Festival d'été de Québec croient, chacun à leur manière, à cette chanson et contribuent à son rayonnement. 

Mais Petite-Vallée a ce petit quelque chose de plus. Son éloignement y est pour beaucoup, tout comme le fait que le festival a lieu en Gaspésie, une région magnifique, mais aux prises avec le chômage, l'exode des jeunes, le vieillissement et la dépopulation, bref une foule de facteurs qui auraient dû avoir raison du festival au bout de quelques années. Mais non. 

Ses organisateurs ont tenu bon, comme les irréductibles Gaulois dont ils descendent. Leur exemple devrait être, pour tous les amoureux de la culture québécoise, une source d'inspiration et la preuve que tant qu'on continue à chanter, fort ou tout doucement, on peut faire une différence.

À ce sujet, un premier spectacle-bénéfice aura lieu mardi prochain à Petite-Vallée avec Paul Piché et Daniel Boucher. J'ose espérer que d'autres suivront, y compris à Montréal, où il ne manque pas d'amis de Petite-Vallée ni de chanteurs qui chantent plus fort que le feu.




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