La mauvaise enveloppe, svp...

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À midi hier, soit plus de 15 heures après la plus grosse bourde de l'histoire des Oscars, personne ne savait ce qui s'était passé. Ce qui s'était passé, VRAIMENT, s'entend. Erreur humaine? Sabotage? Complot?

Personne n'était en mesure d'expliquer pourquoi, au moment fatidique d'annoncer l'Oscar du meilleur film de l'année, on a remis aux présentateurs la mauvaise enveloppe, les poussant à couronner La La Land plutôt que Moonlight.

À midi hier, plusieurs médias américains avaient beau titrer qu'ils allaient nous raconter ce qui s'est vraiment passé, aucun d'entre eux n'avait de détails pertinents sur la vraie histoire, contribuant avec un peu trop d'empressement, et sans doute au bonheur de Donald Trump, à la légende des fake news.

À midi hier, tout ce que nous savions avec certitude, c'est que la firme comptable PriceWaterhouseCoopers assumait la pleine responsabilité de l'erreur et s'en excusait. Mais encore. Qui a commis l'erreur et comment diable est-ce possible d'être à ce point mêlé dans ses cartons quand la seule job qu'on a à faire pendant toute la soirée, c'est de remettre la bonne enveloppe au bon moment?

C'est la question à laquelle Martha Ruiz et Brian Cullinan, les deux comptables chargés de distribuer les enveloppes, vont devoir répondre franchement au cours des prochains jours.

Debout aux deux extrémités de la scène, les deux comptables sont munis chacun d'une valise contenant 24 enveloppes. À noter que les comptables, qui ont eux-mêmes compilé les votes, inscrit les noms des gagnants sur les cartons et cacheté les enveloppes, arrivent séparément et sous forte escorte policière dans une mise en scène digne d'un film de braquage hollywoodien.

Une fois installés chacun à son extrémité, Martha et Brian n'ont qu'une seule tâche à accomplir pendant la soirée. La tâche est simple et consiste à alterner la distribution des enveloppes, de sorte qu'à la fin de la soirée, chacun se retrouve avec une douzaine d'enveloppes non distribuées qui seront détruites après la cérémonie.

Or, ce qui semble émerger de ce cafouillage, c'est qu'alors qu'un des deux - Martha, selon le Daily Mail - a remis à Leonardo DiCaprio l'enveloppe de la meilleure interprète féminine pour l'Oscar décerné à Emma Stone, Brian a oublié d'éliminer cette enveloppe, désormais caduque, de sa pile. Lorsque Faye Dunaway et Warren Beatty, ces Bonnie and Clyde du troisième âge, ont tendu la main pour l'enveloppe du meilleur film, par distraction ou par folie, Brian (toujours selon le Daily Mail) leur a remis l'enveloppe de l'Oscar déjà accordé à Emma Stone.

Mais peu importe le coupable, de la part de ces comptables professionnels qui martèlent depuis des semaines aux médias qu'une erreur est impossible, la bévue est inadmissible. Et d'autant plus qu'ils ont erré doublement : non seulement en remettant la mauvaise enveloppe, mais en ne courant pas après les présentateurs en découvrant la méprise.

Les comptables ont le mauvais rôle dans cette histoire, mais les présentateurs ne sont pas entièrement innocents, non plus. Car en ouvrant l'enveloppe, Warren Beatty a bien vu qu'il y avait quelque chose qui clochait. L'acteur de 79 ans a-t-il perdu ses moyens et égaré ses réflexes autrefois plus aiguisés ? 

Au lieu de hisser le drapeau rouge et de signaler qu'il y avait un problème, Houston, il a lâchement pelleté le problème dans la cour de sa partenaire. Il a tendu l'enveloppe à Faye Dunaway, l'air de lui dire : «Arrange-toi avec ça.»

L'actrice ne s'est pas une seconde posé la question de savoir pourquoi le nom d'Emma Stone était en gros caractères sous le titre en petits caractères de La La Land. Avec toute l'inconscience d'une actrice de Hollywood habituée à avoir toujours raison, elle n'a pas hésité à proclamer La La Land grand vainqueur de la soirée.

Des heures plus tard, lors d'une des nombreuses réceptions qui suivent la cérémonie, des journalistes ont rapporté que Faye Dunaway n'avait pas l'air le moindrement mortifiée par cette bourde à laquelle elle avait quand même participé.

Dans ses excuses publiques, la direction de PriceWaterhouseCoopers a affirmé que ses employés avaient agi promptement pour corriger l'erreur. Promptement? De longues minutes se sont écoulées pendant que deux des trois producteurs de La La Land remerciaient Dieu, leur femme, leurs parents et leur chien. Quant à Fred Berger, le troisième producteur, lorsqu'il a pris le crachoir, la lumière avait été faite et il savait pertinemment que Moonlight était le vainqueur. Mais il a continué ses remerciements comme si de rien n'était avant d'admettre qu'il avait perdu. Si ce n'est pas de l'usurpation de temps d'antenne, je ne sais pas ce que c'est.

L'erreur est humaine, c'est vrai, mais il y a quelque chose d'affreusement symbolique dans cette fin cafouilleuse qui a privé Moonlight du triomphe éclatant que le film méritait. Un peu comme si les astres (trop blancs) s'étaient ligués contre un des rares films à mettre de l'avant la cause des Noirs issus de la communauté LGBTQ. Tout ce qu'il reste à espérer maintenant, c'est qu'il ne faille pas attendre encore 20 ans avant que le film d'un Afro-Américain triomphe pour vrai aux Oscars.




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