Le festival fantôme

Claude Gagnon jure qu'il a une admiration sans... (PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, ARCHIVES LA PRESSE)

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Claude Gagnon jure qu'il a une admiration sans bornes pour Serge Losique et qu'il ne l'abandonnera jamais, surtout pas au plus fort de la tourmente. Sur notre photo, le cinéaste reçoit un prix pour Karakara lors du 36e FMM, en 2012.

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Serge Losique persiste et signe: il y aura un 40e FFM coûte que coûte. Même si la vaste majorité des employés a démissionné en bloc. Même si les invités internationaux n'ont plus de chauffeurs ni de chambres d'hôtel après que le Hyatt, chargé de l'hébergement officiel depuis des lustres, s'est retiré de l'opération. Même si les quelque 300 films et des poussières qui devaient être présentés dans une demi-douzaine de salles au Cineplex Forum n'ont désormais plus de salle ni d'écran à la suite de la décision de la chaîne Cineplex de se dissocier du festival.

Le festival aura lieu coûte que coûte, continue de marteler Serge Losique lorsque les médias arrivent à le coincer entre deux tuiles et trois annulations.

Déni? Folie? Mirage? Mégalomanie? Un peu de tout cela, sans doute, sauf qu'en dépassant les apparences et en creusant un peu, on trébuche sur un drôle de scénario.

C'est un truc inattendu et presque psychotronique qui est en train de se profiler. Celui d'un festival qui va avoir lieu malgré tout, envers et contre tous: un festival fantôme, sans public ni invités, qui existera, dans les faits, sans exister.

L'idée semble folle et pourtant le FFM dispose déjà de quelques atouts majeurs pour la réaliser. Ses atouts? Une salle de cinéma, l'Impérial, qui appartient au FFM même s'il est lourdement hypothéqué. Une compétition officielle constituée de 22 longs métrages et de 12 courts métrages, lesquels ont été envoyés et pourront être projetés comme prévu. Au moins un membre du jury, le cinéaste Claude Gagnon, qui mercredi encore m'a affirmé qu'il sera fidèle au rendez-vous vendredi matin pour voir le premier film et tous les autres films de la compétition.

Le cinéaste et lauréat du Grand Prix des Amériques pour Kenny en 1987 jure qu'il a une admiration sans bornes pour Serge Losique et qu'il ne l'abandonnera jamais, surtout pas au plus fort de la tourmente. Il est même prêt à héberger un ou plusieurs membres du jury s'il advenait que ces derniers, en débarquant à Montréal, se retrouvent tout nus dans la rue et sans hébergement.

Mieux encore: le cinéaste s'engage à écrire une lettre, sans doute pas très gentille, aux membres du jury, tous des cinéastes primés, qui annuleront leur participation au FFM.

Dernier atout et non le moindre: 1 million de dollars offerts aux films primés par un gros commanditaire chinois qui semble être le seul et le dernier partenaire du FFM, autant dire le partenaire du désespoir. Connaissant la fidélité de l'esprit chinois, ces financiers de la dernière chance ne risquent pas de revenir sur leurs promesses.

Qu'on ne s'y trompe pas: avec ces atouts en main, Serge Losique peut effectivement tenir un festival fantôme, avec ou sans le public, peu importe. Ce qui compte, c'est qu'au bout de l'exercice, des prix vont être remis à des films étrangers dont le couronnement sera célébré dans les médias étrangers, surtout si les prix sont assortis d'un chèque de 100 000 ou de 250 000 $.

Contrairement aux médias d'ici, les médias étrangers se foutent éperdument des problèmes du FFM et ne chercheront pas à entrer dans le détail de la débâcle. Ils se contenteront de célébrer la victoire cinématographique de leur pays.

C'est ainsi que même si le ciel est tombé sur la tête de Serge Losique, même si son festival a touché le fond du baril et que sa désorganisation a atteint des sommets d'absurdité, la fiction d'un festival montréalais va continuer d'exister dans le monde. Pour combien de temps?

C'est la grande question, encore que tant que Serge Losique sera là pour alimenter la fiction, elle risque de durer un temps encore.

Claude Gagnon croit que nous sous-estimons tous Serge Losique et qu'il est beaucoup plus intelligent et rusé qu'on ne le pense. Si ça se trouve, il a peut-être raison. La suite de l'histoire vendredi.

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