Adieu, monsieur Momo

André Montmorency en 2003.... (PHOTO MICHEL GRAVEL, ARCHIVES LA PRESSE)

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André Montmorency en 2003.

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La vie, me disait André Montmorency, c'est comme une grosse semaine de vacances dans le Sud. En naissant, tu débarques de l'avion avec tes bagages. De 0 à 20 ans, t'apprivoises la place. Entre 30 et 60 ans, tu t'installes et tu profites de tes vacances. À partir de 60, tu sais qu'il ne te reste plus grand temps avant le départ. Et puis, un jour, t'embarques dans l'avion du retour.

Mardi à l'unité des soins palliatifs de l'hôpital Notre-Dame de Montréal, André Montmorency, Momo pour les intimes, a pris l'avion du retour: celui dont on ne revient jamais.

Il avait 77 ans et si ce qu'il me disait en 2003 est vrai, alors il est embarqué dans l'avion sereinement en sachant que son heure était venue et ses vacances, finies à jamais.

C'est un cliché de le dire, mais c'est tout un personnage que la scène québécoise perd. Un personnage fou, flamboyant, plus grand que nature, plus talentueux et cultivé qu'il ne le laissait paraître, une sorte de monstre magnifique, magnifié parfois jusqu'à la caricature, mais jamais terne ni morne, toujours incroyablement allumé et vivant.

Pendant 77 ans, le Friponneau de La Ribouldingue aura vécu sa vie avec une formidable frénésie et un appétit insatiable, passant d'un rôle, d'un projet, d'un rêve à l'autre, se cassant parfois, souvent, la gueule pour mieux se relever avec la résilience du plus coriace des combattants.

Même ces dernières semaines, alors que des pleurésies répétées l'avaient laissé faible et diminué, il se disait que c'était impossible qu'il n'aille pas voir une dernière comédie musicale sur Broadway, impossible qu'il ne cuisine pas un ultime spaghetti alle vongole ou ne donne pas une ultime caresse à ses chats adorés. Et dans ses moments passagers de démence à l'hôpital, il racontait à ceux qui voulaient l'entendre qu'il était en retard pour une répétition au théâtre et qu'il devait y aller parce que ses comédiens l'attendaient.

Tous se souviennent d'André Montmorency, le comédien, qui excellait autant dans la comédie que dans le drame et dont les rôles marquants vont du fameux Friponneau de La Ribouldingue jusqu'au monsieur Jourdain du Bourgeois gentilhomme, sans oublier l'Édouard de La duchesse de Langeais, le roi Bérenger du Roi se meurt ou le Christian Lalancette de Chez Denise. Mais Montmorency fut aussi un metteur en scène de talent qui, dès 1964, a remporté un prix à Paris remis par nul autre qu'André Malraux pour sa mise en scène de L'heureux stratagème de Marivaux, avant de triompher des années plus tard à Toronto, puis à Québec, avec À toi, pour toujours, ta Marie-Lou de Michel Tremblay ou encore avec Le malade imaginaire qu'il a monté au TNM et au Centre national des arts à Ottawa.

Mais comme le racontait mardi son ami Michel Duchêne, Momo se nuisait souvent à lui-même. Même au plus fort de son succès de metteur en scène, il n'hésitait pas à affirmer sur les plateaux de télé que la mise en scène au théâtre, c'était l'enfer et qu'il ne voulait plus en faire, avant de se surprendre quelques mois plus tard qu'on ne l'engage plus.

Je me souviens encore de notre dernière entrevue en 2003 où Momo, devenu le peintre Pablo Van Momo, m'avait juré qu'il se retirait pour de bon comme comédien et comme metteur en scène pour se consacrer à la peinture. Il venait de terminer les représentations de La veuve joyeuse à l'Opéra de Québec. Tout s'était bien passé. Presque trop dans la mesure où il s'était rendu compte qu'il ne voulait plus travailler que dans des conditions idéales, ce qu'il savait impossible.

Aussi, malgré son triomphe à Québec, il se voyait revenir à Montréal et se remettre à attendre à côté du téléphone sans travailler pendant des mois. Assez, c'est assez, s'était-il dit avant de se lancer dans un projet de resto-théâtre sur le Plateau Mont-Royal. Actionnaire du Pazzi, il m'avait vendu son nouveau rôle d'aubergiste et de directeur artistique avec un tel enthousiasme et une telle conviction que je n'avais pas douté un instant du projet. Pourtant, trois mois plus tard, le Pazzi fermait ses portes et Montmorency prenait ses cliques et ses claques pour aller s'installer à New Carlisle en Gaspésie, y ouvrir un gîte touristique et artistique.

Une fois de plus, la poisse s'est abattue sur lui. Après avoir mis toutes ses économies (et toutes ses billes) dans ce rêve et passé l'été à planter des arbres et à installer des tonnelles et des bassins sur son terrain bordant l'eau, il découvre qu'une usine de déchets toxiques est en train de se construire de l'autre côté de la rive et que son projet est voué à l'échec.

Encore une fois, il perdra de l'argent, se refera en animant une émission d'affaires publiques à la radio locale et jurera de finir ses jours en Gaspésie avant de s'empresser de revenir à Montréal. Moins sollicité comme comédien, il continuera de peindre et se mettra à l'écriture de quelques ouvrages dont sa biographie, tout en regrettant amèrement d'avoir mis fin à l'émission Sorties gaies qu'il a animée de 1998 à 2003 à Canal Vie.

Le 30 mai dernier, jour de ses 77 ans, quelques amis dont la chanteuse Renée Claude sont venus célébrer avec lui son anniversaire. On a oublié le champagne, mais pas les biscuits au pot. Et une fois de plus, tel le phoenix qui renaît de ses cendres, Momo est revenu à la vie et à la fête, sachant trop bien, tout en refusant de l'admettre, que l'avion du retour allait bientôt l'emporter à jamais. Bonnes vacances éternelles, mon vieux Momo et merci d'avoir mis autant de magie et de folie dans nos vies.

André Montmorency en cinq temps

Le comédien

Il a joué des dizaines de rôles: Friponneau dans La Ribouldingue, Belzébuth le chat dans Grujot et Délicat, Christian Lalancette dans Chez Denise... Il a atteint les sommets de son art en Monsieur Jourdain dans le Bourgeois gentilhomme.

Le metteur en scène

Il a signé plusieurs mises en scène au Rideau Vert, au TNM (Le malade imaginaire), au Centre National des Arts, au TPQ (À toi pour toujours ta Marie-Lou) et même à Paris où il monte au début des années 60, L'heureux stratagème de Marivaux et Le songe d'une nuit d'été de Shakespeare.

L'animateur

Il anime la première émission québécoise ouvertement gaie, Sorties gaies, sur Canal Vie à partir de 1998. Il y mettra fin lui-même en 2003 en affirmant qu'il a fait le tour du jardin, décision qu'il regrettera.

Le peintre

Il se rebaptise Pablo Van Momo et se met à peindre des toiles éclaboussées de couleurs qui connaîtront un certain succès et trouveront preneur, lui permettant de boucler certaines fins de mois plus difficiles.

Le polémiste

Il avait une opinion sur tout et n'hésitait jamais à sauter à pieds joints dans la controverse que ce soit pour pourfendre les propos jugés méprisants de Jean-Louis Roux lors du référendum de 1995, pour renier la religion catholique et se déclarer apostat de la foi catholique ou pour pourfendre le milieu du showbiz ou encore le Chez Nous des artistes qui l'aurait mis à la porte contre son gré.

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