Merci, monsieur Morneau

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Bill Morneau, ministre des Finances, a annoncé mardi le plus important investissement fédéral en culture depuis 30 ans, soit 1,9 milliard au cours des cinq prochaines années.

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On aura rarement vu un budget fédéral faire autant le bonheur du milieu culturel québécois. Et pour cause! Il s'agit du plus important investissement fédéral en culture depuis 30 ans!

Les porte-parole des divers organismes ont été unanimes à saluer le nouvel élan que le ministre des Finances vient de leur donner. Merci, monsieur Morneau, ont-ils entonné en choeur.

«C'est un investissement historique pour les arts, a jubilé Simon Brault, président du Conseil des arts du Canada. C'est fantastique pour le Conseil des arts, pour les artistes et pour les organisations artistiques.»

Même enthousiasme chez Stanley Péan, du Mouvement pour les arts et les lettres au Québec, un porte-parole habituellement très critique à l'endroit des gouvernements et qui n'hésite pas à leur reprocher tous les maux de la Terre, mais pas cette fois.

«Le soutien à la création artistique redevient une priorité dans les politiques du gouvernement fédéral, ce qui est très positif», a-t-il renchéri.

Les compliments étaient du même acabit de la part de l'Union des écrivains comme du Conseil québécois du théâtre, qui a salué «le déploiement d'une vision réelle pour les arts et la culture».

Nul besoin d'en rajouter. Les chiffres parlent d'eux-mêmes: réinvestissements en cinq ans de 550 millions au Conseil des arts, dont 40 millions cette année, de 22 millions à Téléfilm, de 13,5 millions à l'ONF et de 675 millions à Radio-Canada, dont 75 millions cette année et 150 millions les années subséquentes. Un investissement quinquennal de 1,87 milliard dans les arts. Wow!

Ce premier budget de l'ère Trudeau m'a rappelé feu Marcel Côté, qui affirmait que lorsque les gouvernements refusent d'augmenter le budget de la culture, ce n'est jamais par manque d'argent, c'est par manque de volonté politique. Et comment!

On en a eu l'illustration pendant 10 ans sous les conservateurs, qui ont sabré, sabordé, saboté les budgets alloués à la culture avec la volonté ferme de laisser le milieu s'arranger par lui-même ou crever.

Cette fois, la volonté politique de Bill Morneau et de Justin Trudeau, doublée, ne l'oublions pas, de la force de persuasion de Mélanie Joly, qui n'a pas attendu le budget en se tournant les pouces, va dans le sens contraire afin que les artistes de ce pays puissent mieux vivre, mieux créer, s'épanouir, rayonner et ne plus passer pour des quêteux.

Pour l'instant, l'opposition s'est gardée de tout commentaire sur la manne providentielle. Ses membres ont sans doute d'autres braises sur lesquelles souffler leur ressentiment. Reste que des questions tout à fait légitimes se posent. Dans le genre: qu'allez-vous faire de tout cet argent? Comment allez-vous redistribuer et répartir ces millions avec discernement afin que les rendements soient à la hauteur de l'investissement?

J'ai posé la question à Simon Brault, le président du Conseil des arts du Canada et sans doute le gars le plus heureux à Ottawa ces temps-ci. Il savait déjà tout ce qu'il allait faire de cette nouvelle manne.

D'abord aider les voix autochtones à s'exprimer et à se tailler une réelle place dans la société et sur les scènes. Rattraper le temps perdu sur le plan numérique pour que des institutions comme le TNM aient un site si beau, si bien fait et si accueillant qu'il nous donne envie d'aller au théâtre rien qu'en le consultant. Stimuler les coproductions internationales entre les troupes, les groupes, les compagnies d'ici et celles de l'étranger, pour que le Canada cesse d'être celui qui est invité partout et donne rarement la réciproque, ce qui lui a été souvent reproché. Et finalement augmenter le montant des bourses accordées aux artistes pour que ceux-ci ne soient pas obligés de s'éparpiller et de courir mille feux pour vivre. Leur donner du temps et de l'oxygène pour créer des oeuvres qui auront ainsi de meilleures chances d'être de qualité supérieure.

Quant au diffuseur public qui cesse d'être saigné à blanc pour redevenir un des piliers de l'identité culturelle, les choses sont plus floues. D'un côté, le PDG Hubert Lacroix de CBC/Radio-Canada se félicite de voir que le gouvernement a retrouvé confiance en ses émissions et son plan pour l'avenir.

Pourtant, une clause du budget semble contredire le président. Le gouvernement demande en effet au diffuseur public, en échange de 675 millions (sur cinq ans), de se doter d'une nouvelle vision, d'un nouveau mandat et d'un nouveau plan de reddition des comptes. Est-ce à dire que la vision de l'avenir de l'actuel président ne fait pas l'affaire? Qu'il devra retourner à sa table de dessin? Ou peut-être même céder sa place avant la fin de son mandat? Le mystère demeure.

En attendant de l'éclaircir, le milieu des arts et de la culture respire à nouveau. Après 10 ans de traversée du désert, une oasis fraîche et luxuriante vient d'apparaître à l'horizon. Et pour une fois, ce n'est pas un mirage.

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