Ghomeshi, espoirs réduits

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Jian Ghomeshi à sa sortie du tribunal, à Toronto.

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D'abord, elles étaient quinze. Quinze à raconter leur triste histoire de coups, de baffes et de bleus reçus des mains rageuses de l'ex-animateur-vedette Jian Ghomeshi. Leur nombre a fondu à huit, puis à six. Et depuis lundi, elles ne sont plus que trois. Trois femmes prêtes à affronter la cour, le juge, les avocats et la meute de journalistes venus couvrir le procès de la décennie à Toronto.

Une quatrième s'ajoutera dans un procès séparé, en juin, mais, en attendant, c'est sur les épaules de ces trois femmes que repose l'espoir de voir l'ex-animateur-vedette de la CBC condamné.

Or, bien franchement, depuis lundi, ces espoirs semblent plus fragiles et vacillants que jamais. 

D'abord, le fait qu'il n'y ait plus que trois plaignantes, alors que les médias canadiens-anglais ont rapporté depuis un an des dizaines de témoignages d'agressions de la part de Ghomeshi, est décevant. Et si l'on peut comprendre la réticence de ces femmes à se soumettre à l'épreuve du feu en cour et à déballer leur vie privée sur la place publique, on comprend aussi que certains témoignages ont été écartés parce qu'ils ne tenaient tout simplement pas la route.

Ajoutez à cela une avocate dite d'une efficacité redoutable et comparée à Hannibal Lecter, au sens où Marie Henein a la réputation de dévorer ses ennemis, et vous avez une cause qui penche dangereusement vers l'acquittement.

Parmi ses faits d'armes, Marie Henein a sauvé de la condamnation un entraîneur de hockey, accusé de l'exploitation sexuelle de ses joueurs, le procureur en chef de l'Ontario, accusé de négligence criminelle et de conduite avec les facultés affaiblies ayant entraîné la mort d'un coursier à vélo, et l'ex-premier ministre de la Nouvelle-Écosse, Gerald Regan, qui faisait face à des accusations d'agressions sexuelles contre plusieurs plaignantes.

Or, si, l'avocate a remporté ses causes dans ces trois cas, on peut imaginer qu'elle puisse en faire autant pour Jian Ghomeshi.

Dès lundi après-midi, on a vu ses talents se déployer. Elle a en effet sérieusement miné la crédibilité de la première plaignante en faisant ressortir ses trous de mémoire et sa confusion au sujet de la voiture de Ghomeshi dans laquelle elle a pris place avant qu'il lui tire brutalement les cheveux.

Dans le rapport de police, la plaignante jurait qu'elle portait des extensions capillaires. En cour, elle a été obligée de concéder que si cela avait été le cas, Ghomeshi les aurait arrachées en tirant dessus, ce qui ne fut pas le cas.

Une source très au fait du dossier m'a affirmé que, lundi matin, elle était convaincue que Ghomeshi serait reconnu coupable. À la fin de la journée, elle n'y croyait plus.

Mardi, les choses ne se sont pas arrangées. La plaignante a été interrogée au sujet d'un autre faux témoignage où elle aurait juré aux policiers n'avoir plus jamais cherché à contacter Ghomeshi après l'assaut qu'elle a subi chez lui.

Pour prouver qu'elle avait menti, Marie Henein a brandi les copies de deux courriels et une photo de la plaignante en bikini, envoyés à Ghomeshi un an plus tard. La plaignante s'est défendue tant qu'elle a pu en affirmant qu'elle cherchait à relancer l'animateur pour lui demander des comptes sur ses comportements violents, un argument à moitié convaincant.

À la fin de la journée, la jeune fille s'est dite soulagée et heureuse d'avoir pu livrer sa version des faits. Elle a invité les autres femmes à le faire. Aussi bien dire qu'après le contre-interrogatoire musclé qu'elle a subi et qui ne l'a pas montrée sous son meilleur jour, peu de femmes voudront suivre son conseil.

Le procès de la décennie n'en est qu'à ses débuts. D'ici trois semaines, il peut y avoir des surprises et des rebondissements. Le témoignage de l'actrice Lucy DeCoutere, la seule qui accepte de témoigner à visage découvert et surtout la seule plaignante qui a l'habitude des caméras et de leur éclairage violent, pourrait faire toute la différence du monde.

N'empêche. Il n'est pas impossible qu'à l'issue du procès, Jian Ghomeshi ne soit pas reconnu coupable.

Le cas échéant, il restera le bouquin du journaliste Kevin Donovan du Toronto Star qui sortira d'ici un mois ou deux. Secret Life est le fruit d'une longue enquête sur les relations troubles de Ghomeshi avec les femmes, mais aussi sur ses relations avec le diffuseur public qui l'a mis au monde et qui, après avoir trop longtemps fermé les yeux, a été obligé de les ouvrir et de se défaire de celui qui faisait la pluie et le beau temps lorsqu'il était le petit roi des ondes publiques.

Le livre offrira une consolation à toutes celles qui n'ont pas pu ou pas voulu témoigner. Quant à Jian Ghomeshi, même s'il n'est pas condamné par la justice, il ne pourra plus jamais retrouver le succès et l'estime qu'il a connus au faîte de sa gloire. Il ne pourra pas non plus travailler dans le domaine qu'il chérissait tant. Peut-être en sera-t-il réduit à aller vendre des chaussures ou des voitures usagées, ce qui, pour Jian Ghomeshi, sera sans doute la plus cruelle des condamnations.

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