Séropositif boogie

Charlie Sheen, à droite, était interviewé mardi sur... (NBC, Peter Kramer via AP)

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Charlie Sheen, à droite, était interviewé mardi sur les ondes de NBC.

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Lorsque Séropositif boogie des Colocs est sortie au début des années 90, les journalistes voulaient tous connaître la source de cette chanson de Patrick Esposito di Napoli, l'harmoniciste du groupe. Plutôt que d'esquiver la question ou de raconter des bobards, Dédé Fortin a choisi la vérité et admis que la source d'inspiration, c'était le VIH de Patrick Esposito, qui en est mort un an et des poussières plus tard.

Au lieu de faire leurs choux gras de cette information pour le moins sensationnelle, les médias québécois ont opté pour la retenue, glissant l'info au milieu de leurs textes sans en un faire un plat ni un gros titre.

L'acteur Charlie Sheen n'a pas eu cette chance. Depuis plusieurs semaines, les éditeurs du National Enquirer menaçaient de publier une enquête révélant sa séropositivité. L'acteur les a battus à leur propre jeu mardi matin en passant aux aveux et en avouant au journaliste Matt Lauer de NBC qu'il était effectivement séropositif depuis maintenant quatre ans.

Celui qui fut autrefois un grand acteur de cinéma (Platoon, Wall Street), avant de devenir l'acteur le plus payé de la télé grâce à la sitcom Two and a Half Men (1,2 million par épisode de 21 minutes), n'est pas passé aux aveux par souci d'honnêteté et de transparence.

Sheen cherchait avant tout à se libérer de la prison du chantage et à clouer le bec de tous les maîtres chanteurs qui, depuis quatre ans, lui auraient soutiré plus de 10 millions de dollars. «À partir d'aujourd'hui, je suis libre», a dit Charlie Sheen.

Malgré ce cri du coeur, il y avait quelque chose de terriblement triste, hier matin, à le voir obligé de déballer en public ses antécédents médicaux et de convenir qu'il est atteint d'une affection qui relève avant tout de l'intime et du privé.

C'était triste, gênant, et Charlie Sheen avait beau répéter qu'il espérait que son aveu serve d'exemple et aide à se manifester ceux qui vivent encore dans la honte de leur secret, on le croyait à moitié.

C'est que jusqu'à mardi matin, Charlie Sheen n'avait rien d'un homme exemplaire ni d'un modèle pour l'humanité. Reconnu pour ses frasques éthyliques, sa consommation de montagnes de cocaïne, son penchant prononcé pour le saccage de chambres d'hôtel et les orgies avec des armées de putes et de stars de la porno, Charlie Sheen avait la défonce assez rock'n'roll, merci.

Il ne s'en cachait pas. Que non! C'était presque un motif de fierté, le gage d'un jusqu'au-boutisme qu'il portait comme une médaille. Il s'en était ouvert dans une longue entrevue à ABC en 2011, affirmant que les noceurs à la Mick Jagger ou à la Keith Richards, c'était de la petite bière à côté de lui.

Puis, s'adressant directement à la caméra, il avait lancé: «Sorry, middle America.» Désolé, Amérique moyenne, l'air de dire: jugez-moi autant que voulez, je m'en fous. Je suis comme je suis et vous ne me changerez pas.

Voir le même type, quatre ans plus tard, demander à l'Amérique moyenne de le réhabiliter et de reconnaître maintenant son courage est un brin paradoxal. D'autant que pendant l'entrevue, Sheen a juré que depuis son diagnostic de séropositivité, il avait divulgué son état à toutes ses partenaires sexuelles - toutes sans exception.

Or, à peine une heure après son passage à NBC, l'ex-star de la porno Bree Olson, qui fut sa partenaire en 2011 au moment du diagnostic, affirmait le contraire à la radio. «Jamais, jamais, pendant les mois où nous avons vécu ensemble et fait l'amour tous les jours, jamais il ne m'a informée qu'il était séropositif. Je le voyais s'enfermer dans la chambre avec son médecin. Il me disait que c'était à cause des stéroïdes qu'il prenait et qu'il était clean, clean, clean

Qu'on la croie ou non, Bree Olson a fait naître un doute et froissé la version trop lisse que l'acteur a livrée à un journaliste un brin complaisant, trop heureux d'avoir la primeur de sa confession et ne cherchant pas trop à relever certaines contradictions.

Par exemple, Sheen a juré à plusieurs reprises qu'il n'avait infecté personne, mais comment peut-il en être certain alors qu'il a passé une large partie des dernières années gelé, égaré et incohérent?

Chose certaine, il n'y a rien de mieux que la confession d'une star déchue pour changer le mal de place et nous distraire des guerres, des massacres et des attentats terroristes. Mais quelle leçon en tirer? Que le VIH n'est souhaitable pour personne, mais que désormais, grâce aux avancées médicales, on n'en meurt plus. On peut même vivre longtemps avec le VIH.

Quoi d'autre? Que Charlie Sheen n'est pas le meilleur porte-parole pour une vie saine et équilibrée avec le VIH. Qu'à cause de l'image du bad boy qu'il a trop longtemps incarnée, il réactive tous les clichés et les préjugés à l'égard des séropositifs.

La bonne nouvelle, c'est que maintenant qu'il a avoué publiquement son état, il n'y a plus de retour en arrière, plus de mensonges, plus de conquêtes innocentes qui vont sauter dans son lit au péril de leur santé. C'est déjà ça de pris, séropositif boogie.

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