Film de gars, film de filles

Desde allà raconte la rencontre entre un jeune... (PHOTO FOURNIE PAR LE TIFF)

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Desde allà raconte la rencontre entre un jeune homme de 17 ans se révélant être le leader d'un gang criminel et Armando, interprété par Alfredo Castro, qui refuse d'être touché, au sens propre et au sens figuré.

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(Toronto) Ce matin, au TIFF, ce sera un peu Venise en Toronto. Même si le festival vénitien est un rival du TIFF et que les deux se disputent les primeurs, leurs directions font parfois la paix au nom du cinéma. C'est pourquoi, ce matin, le festival présente Desde allà, gagnant du Lion d'or de Venise cette année. Le film a un passeport vénézuélien, un réalisateur vénézuélien aussi (Lorenzo Vigas), dont c'est le premier film, et un acteur chilien (Alfredo Castro) dans le premier rôle.

Le titre du film, que l'on pourrait traduire par De loin, fait référence au refus d'Armando, personnage principal, d'être touché, au sens propre et au sens figuré.

De jour, Armando fabrique des dentiers. De soir, il ramasse des jeunes garçons dans la rue, les ramène chez lui et les paie à prix fort pour qu'ils baissent leur froc pendant qu'il se soulage manuellement sans jamais les toucher.

Un jour, il rencontre Elder, un jeune paumé qui déteste les homosexuels et dont le père est en prison. Malgré l'aversion d'Elder pour les homosexuels, le jeune voyou et le fabricant de dentiers vont nouer une relation ambiguë de père et de fils, et plus tard d'amants.

Le film porte à la fois sur les blessures provoquées par l'absence d'un père, mais aussi sur l'exploitation de la jeunesse pauvre du Venezuela par une petite bourgeoisie qui la maintient dans sa misère.

Sur papier, c'est un film d'autant plus courageux qu'en plus de traiter de frustration, d'aliénation et de manque d'humanité, il traite ouvertement d'homosexualité au sein d'un pays ultramacho, où les gais sont encore ostracisés.

Mais en salle, le film est long longtemps. Il est lent, dur, brutal et, par moments, franchement pénible. Le film a beau avoir remporté le plus grand honneur à Venise, c'est un film sans lumière dont on attend la fin avec impatience.

Film de filles

Autant Desde allà est un film de gars, autant Maggie's Plan, de Rebecca Miller, est un film de filles. Ici, la préoccupation de la paternité a été remplacée par une obsession pour la maternité. C'est le cinquième long métrage de Rebecca Miller, actrice, auteure et réalisatrice, fille du dramaturge Arthur Miller et femme du grand acteur Daniel Day Lewis. Rien de moins.

Maggie's Plan met en vedette la craquante Greta Gerwig, la Diane Keaton, pour ne pas dire la Annie Hall, des millenials, tendance hipster.

Maggie, comme bien des trentenaires, veut un bébé, mais, persuadée qu'elle ne pourra jamais avoir de relation durable, décide de procéder par insémination avec l'aide d'un ex-mathématicien devenu artisan fabricant de cornichons.

Le hic, c'est qu'au même moment, elle tombe follement amoureuse d'un écrivain (Ethan Hawke), marié à une universitaire ambitieuse et névrosée (Julianne Moore). Ce qui devait arriver arrive: l'écrivain quitte sa femme, épouse Maggie et ils ont une petite fille.

Peu de temps après, pourtant, les vieux démons de Maggie refont surface et viennent gâter la sauce, poussant la belle à concevoir un nouveau plan avec l'aide de l'ex de monsieur. Nous sommes ici dans une comédie romantique ou peut-être même domestique, drôle, fine et intelligente avec, en prime, quelques scènes très amusantes dans un chalet typiquement québécois enseveli sous une neige typiquement québécoise.

Du moins, c'est ce que prétend Ethan Hawke lors d'une randonnée dans la neige où il implore tous les Canadiens français de bonne volonté de l'aider à retrouver son chemin.

Maggie's Plan ne mérite sans doute pas un Lion d'or ni même un Oscar, mais c'est un film qui fait du bien: il en faut aussi.

Recherche crise de la quarantaine

La crise de la quarantaine est une expression consacrée qui décrit le doute s'emparant de certains individus, majeurs et vaccinés, arrivés à la moitié de leur vie. Ce doute peut parfois mener à la dépression, mais il peut aussi déclencher des changements sains et salutaires.

Comme le TIFF célèbre sa 40e édition cette année, j'ai cherché des signes témoignant d'une certaine remise en cause de ce festival devenu trop riche et obèse avec le temps. En vain.

Comprenez-moi bien: ce festival est un succès et une grande fierté. Il est le deuxième festival de cinéma au monde après Cannes. Mais y travailler comme journaliste, c'est l'enfer: un enfer pavé de bonnes intentions et de milliers de bénévoles qui, en raison de la couleur de leurs t-shirts, ressemblent à des cônes orange chargés de créer, à l'entrée des théâtres, une ambiance d'État policier.

Les interdictions de passer sont partout. Les files de spectateurs s'allongent pendant des kilomètres et, surtout, tenez-vous droit et ne dépassez pas d'un cheveu votre place sur le bitume.

Dimanche, j'ai attendu en file sous la pluie et le vent pendant une heure pour voir le film de Deepa Mehta. Une heure! Tout ça parce qu'il fallait laisser les gens remplir la salle de manière ordonnée. Au TIFF, on ne jure que par l'ordre, quitte à vous le faire avaler de force.

Les files sont un inconvénient majeur qui n'existe pas ailleurs, à Berlin, à Montréal ou même à Cannes, où on laisse les journalistes entrer normalement. Mais ces files ne sont rien en comparaison de la mainmise des grands studios américains sur le festival. Ce sont eux et leurs relationnistes qui font la loi et qui profitent de la présence massive des journalistes pour organiser tous les jours des junkets, ces séances d'entrevues à la chaîne.

Résultat, il y a peu de conférences de presse publiques. Tout se déroule en circuit fermé dans des suites d'hôtel. Les journalistes se retrouvent à 15 autour d'une table devant, disons, Naomi Watts, et lui parlent un total de trois secondes chacun. Et au suivant! Si Barry Hertz du Globe and Mail s'en plaint ouvertement et écrit que ce système n'a plus de bon sens, le festival vient peut-être d'atteindre un point de non-retour.

«Si les studios et leurs assistants zélés continuent d'exclure et de traiter comme des moins que rien tous les scribes, sauf ceux du Vanity Fair, du New York Times et du Hollywood Reporter, alors le public d'ici et d'ailleurs n'aura plus à se mettre sous la dent que de la copie prédigérée et régurgitée 100 fois», a-t-il écrit.

Lundi, un collègue a perdu une heure dans une suite d'hôtel à attendre Johnny Depp qui n'est jamais venu. Idem pour Michael Keaton. Pourtant, l'acteur est une des vedettes de Spotlight, le film à la gloire des journalistes... qui posent des questions. Mais ce jour-là, Michael Keaton ne voulait rien savoir de ceux qu'il interprète si bien à l'écran. Ironie, quand tu nous tiens...

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