Fou d'amour remporte le Grand Prix des Amériques

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Fou d'amour

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Pour la deuxième année consécutive, c'est un film sur un prêtre tordu et dépravé qui remporte le Grand Prix des Amériques. Le jury du 39e FFM présidé par Dany Laferrière a en effet accordé le plus grand honneur au film français Fou d'amour du réalisateur Philippe Ramos.

L'an passé, c'est La parfaite obéissance, un film sur un célèbre prêtre pédophile mexicain, ami de Jean-Paul II, qui avait remporté le prix: un prix amplement mérité. Idem pour Fou d'amour, un film d'une grande maîtrise cinématographique et dont chaque scène est cadrée comme le tableau d'un grand maître.

Tiré d'un fait divers qui s'était passé dans un petit village de la France à la fin des années 50, le film trace le portrait d'un curé de campagne jeune et séduisant qui fait craquer toutes les femmes du village avant de s'enticher d'une jeune aveugle. Fou d'amour, le curé déchante lorsque la jeune aveugle tombe enceinte et refuse de se débarrasser de l'enfant. Son entêtement fera du curé fou d'amour un homme fou de rage qui l'assassinera.

Je n'avais pas prédit cette victoire, mais je l'avais souhaitée et le jury, sans doute séduit par le jeu tout en ambiguïtés de Melvil Poupaud et par le mélange de poésie et de cruauté de la mise en scène, a choisi de le couronner. Bravo!

En revanche, le Grand Prix spécial du jury est une surprise. C'est le film La visiteuse, du réalisateur turc Mehmet Eryilmaz, qui l'a remporté: un choix discutable tant la mise en scène et le traitement de cette histoire d'inceste jamais nommé et jamais réglé laissent à désirer.

Quant au Prix de la mise en scène, il a été accordé ex aequo au film finlandais 2 Nights Till Morning et au thriller politique bulgare Le dossier Petrov, deux films très différents, mais intéressants chacun à sa façon et dont les deux réalisateurs étaient présents dans la salle, contrairement à plusieurs autres lauréats qui brillaient par leur absence.

Rien à redire aux prix d'interprétation. Celui de la meilleure actrice a été remis à Malin Buska pour son interprétation de la reine Christine de Suède dans The Girl King d'Aki Kaurismäki, d'après un scénario de Michel Marc Bouchard. La jeune actrice suédoise est en effet tout à fait convaincante dans le rôle de cette reine rebelle, atypique, féministe avant l'heure et en avance de quelques siècles sur son pays. Mais en allant chercher son prix, la belle enfant émue et à court de mots semblait passablement plus fragile que son personnage.

Quant au Prix d'interprétation masculine, il a été attribué à l'acteur autrichien Wolfram Berger. Avec Ryder Jack, ce délicieux film suisse, l'acteur livre une performance éclatante dans le rôle d'un père atteint d'alzheimer qui tente de renouer avec un fils qu'il a abandonné enfant.

Le Prix du meilleur scénario a été accordé à Solstice d'été, un film polonais campé pendant la Seconde Guerre mondiale dans un village traversé par les trains des camps de la mort. Évitant les clichés et les visions manichéennes, le scénario fait ressortir avec beaucoup de finesse toute la complexité des rapports humains pendant cette sale période de l'Histoire.

Le Prix de la meilleure contribution artistique a été remis à Seven Days, un film chinois quasi muet sur un vieil ermite réfugié au sommet d'une montagne où déferle la tempête. Vivant au milieu de ses souvenirs, le vieil homme se lie d'amitié d'abord avec un oiseau, puis avec un gamin. Artistiquement, ce film lent, contemplatif et pauvre (le jeune réalisateur y a englouti toutes ses économies) méritait tout à fait ce prix même si plusieurs spectateurs se sont endormis à son contact. Quant au Prix de l'innovation, il est allé à la coproduction cubano-mexicaine A Havana Moment du réalisateur cubain Guillermo Ivàn.

Mes ennemis, le seul film canadien de la compétition, réalisé par Stéphane Géhami et mettant en vedette Louise Marleau, est reparti les mains vides. En revanche, le savoureux court métrage canadien La Voce, de David Uloth, a remporté le 1er Prix des courts métrages. Cette fable sur un boucher chanteur d'opéra qui se retrouve avec une voix de cochon a aussi remporté le prix du public du meilleur court métrage canadien. Et finalement, Chucks, un film autrichien, a gagné le prix du public, tandis que The Girl King a obtenu le prix du public du film canadien le plus populaire. Grâce à ce film-événement, le FFM a renoué vendredi avec la belle époque où une foule nombreuse, bigarrée et de tous les âges se pressait dans ses salles.

Une année avant ses 40 ans, le FFM est toujours vivant. Par moments, cette année, j'avais l'impression qu'il était peut-être même en train de renaître de ses cendres. Les festivaliers étaient plus nombreux à l'Impérial que l'an passé. L'ambiance était meilleure et la sélection officielle, toujours trop abondante, présentait quand même plusieurs belles prises et quelques bons coups publicitaires, notamment le film d'ouverture iranien sur Mahomet. Le beau temps fut aussi un précieux allié de cette 39e édition.

Il reste que certains signes inquiétants ne trompaient pas. La crise déclenchée par des chèques de paie sans provision a été évitée de justesse grâce à la sagesse du personnel, mais tout de même. L'image du festival auprès des invités étrangers en est ressortie un brin ternie. Le manque d'argent se fait de plus en plus sentir à mesure que le temps passe. Le FFM n'a pas les moyens d'inviter la presse étrangère comme le font les autres festivals. Résultat, il n'y a pratiquement pas de journalistes étrangers et de moins en moins d'équipes qui viennent présenter leur film, même quand il est en compétition. Les conférences de presse ressemblent à des quais désertés, fréquentés par toujours les six mêmes personnes. Quant à l'Impérial, il a besoin d'un grand coup de pinceau sinon d'un sérieux coup de balai.

Malgré cela, le FFM a de l'avenir. À cause de ses dates qui coïncident avec la belle effervescence de la rentrée, de son volet compétitif et de son rayonnement, qui perdure à l'étranger.

Avec tous ces atouts en main, le FFM devrait passer le cap de la quarantaine sans trop de problèmes. C'est du moins ce qu'a annoncé son président, Serge Losique. Après un discours particulièrement inspiré de Dany Laferrière sur le cinéma et les cinéphiles et un poème visuel rigolo envoyé par le grand lauréat Philippe Ramos, Serge Losique est apparu sur la scène de l'Impérial pour nous donner rendez-vous l'an prochain. Si Dieu, Denis Coderre et quelques autres importants bailleurs de fonds institutionnels le veulent, il y aura un 40e FFM du 26 août au 6 septembre. Et même s'ils ne le veulent pas, il y a fort à parier que le festival aura lieu quand même.

Le palmarès

LONGS MÉTRAGES

Grand Prix des Amériques: Mad Love (Fou d'amour) de Philippe Ramos (France)

Grand Prix spécial du jury: Misafir (The Visitor/La visiteuse) de Mehmet Eryilmaz (Turquie)

Prix de la mise en scène ex aequo: 2 Nights Till Morning de Mikko Kuparinen (Finlande/Lituanie) et Dosieto Petrov (Petrov File/Le dossier Petrov) de Georgi Balabanov (Bulgarie/Allemagne)

Prix d'interprétation féminine: Malin Buska pour The Girl King d'Aki Kaurismäki (Canada/Finlande/Allemagne/Suisse)

Prix d'interprétation masculine: Wolfram Berger pour Rider Jack de This Lüscher (Suisse)

Prix du meilleur scénario: Letnie Przesilenie (Summer Solstice/Solstice d'été) de Michal Rogalski (Pologne/Allemagne)

COURTS MÉTRAGES

1er prix: La Voce (La voix) de David Uloth (Canada)

Prix du jury: Honeysuckle de Lucy Lumsden (Royaume-Uni)

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