FFM: Charmants cowboys, samouraïs soporifiques

Rider Jack est un road movie doublé d'un film sur la... (PHOTO FOURNIE PAR LE FFM)

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Rider Jack est un road movie doublé d'un film sur la relation père-fils: une relation qui a mal tourné et a fait du fils, Jack, un loser, un alcoolo et un bedonnant, et de Paul, un mauvais père, irresponsable et vaguement cinglé.

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Certains films sont douloureusement prémonitoires. À peine conçus, la réalité rattrape ceux qui les avaient imaginés. C'est ce qui est arrivé à This Lüscher, le réalisateur de Rider Jack, une production suisse de langue allemande présentée en compétition officielle au FFM hier.

Pendant six ans, le cinéaste a travaillé avec son coscénariste un scénario sur la maladie d'Alzheimer sans savoir que sa mère en était atteinte. Lorsque le diagnostic est tombé, la réalité a vite rattrapé la fiction, poussant le réalisateur un peu malgré lui à étoffer plusieurs scènes du film de faits qu'il venait tout juste de vivre.

Étonnamment, le résultat final n'est ni triste, ni noir, ni larmoyant. Tout le contraire. D'abord, Rider Jack n'est pas à proprement parler un film sur l'alzheimer. C'est un road movie doublé d'un film sur la relation père-fils: une relation qui a mal tourné et a fait du fils, Jack, un loser, alcoolo et bedonnant, et de Paul, un mauvais père, irresponsable et vaguement cinglé. Raconté ainsi, le film n'est pas très appétissant. Mais en réalité, Rider Jack est un feel good movie comme on les aime: drôle, un brin délinquant, toujours juste, mené rondement et très touchant. À un point tel qu'un prix du public ou un prix d'interprétation ne me surprendrait pas.

Les deux acteurs - des inconnus pour nous, des vedettes en Allemagne et en Autriche - sont formidables. On s'y attache d'emblée malgré leurs failles et leur sale caractère. Et puis, il y a quelque chose de délicieusement universel dans ce tandem qui se retrouve après des années de silence et dont le seul bon souvenir remonte à l'enfance, quand le père et le fils jouaient aux cowboys.

Par universel, j'entends aussi qu'on n'a pas l'impression d'être devant un film suisse parlant de la société suisse. On est devant un bon petit film qui nous atteint tous en plein coeur. Et rendu au huitième jour du FFM, plus qu'à mi-chemin d'une sélection officielle qui laisse souvent à désirer, ça fait du bien.

Je ne suis pas un écrivain japonais

Contrairement au président du jury Dany Laferrière, je ne suis pas un écrivain japonais, je ne suis pas même une journaliste japonaise. Je fais cette précision pour expliquer en partie pourquoi je n'ai rien compris, mais surtout pas apprécié Gassoh, le film de samouraïs et le seul film japonais de la compétition.

Pourtant, le communiqué publié par la maison de production Shochiku, l'une des quatre multinationales du Japon, nous promet que «le public sera transporté par l'atmosphère vibrante de jeunesse d'un film dont l'impact sera inégalé». Allô? Ai-je vu le même film? Si oui, comment se fait-il que je n'aie été transportée nulle part, sinon au pays du sommeil et de la confusion?

À bien y penser, il y a plusieurs raisons à mes égarements, le premier étant l'incapacité du jeune réalisateur Tatsuo Kobayashi à communiquer adéquatement avec un public occidental peu friand des mangas en général, et du manga dont est tiré ce film en particulier.

En fait, c'est comme si le réalisateur avait tenu pour acquis que tout le monde connaissait le manga de Hinako Sugiura, célèbre dessinatrice et historienne japonaise, morte d'un cancer à 47 ans. Ce n'était pas mon cas ni celui de plusieurs festivaliers. Il nous manquait les codes pour comprendre cette histoire qui se déroule à la fin du shogunat en 1868 et qui raconte le périple de trois jeunes samouraïs pris dans le piège des luttes de transition.

Sauf que j'ai le sentiment que même en maîtrisant les codes, je n'aurais pas plus apprécié le film. Parce que rien n'y est clair et que deux des trois samouraïs se ressemblent trop, et donc se confondent aisément. Parce que le réalisateur fait des effets de style qui tombent à plat. Au beau milieu d'une scène, par exemple, il nous balance par la tête une chanson de pop japonaise, chantée en anglais, par-dessus le marché. Ridicule! Il affirme avoir voulu filmer un fait historique en y posant un regard contemporain, mais il lui manque le talent ou la maîtrise d'une écriture cinématographique universelle pour y parvenir.

Reste que n'étant pas une journaliste japonaise, je suis sans doute mal placée pour juger ce film qui, en passant, n'a pas soulevé le public, à l'exception d'une personne: le plus grand spécialiste du cinéma japonais au Québec, le professeur Claude R. Blouin. Il m'a affirmé qu'il avait beaucoup aimé Gassoh, que visuellement, c'était une merveille et qu'historiquement, le souci d'authenticité était aussi rare qu'impressionnant. Mais il comprend que certains Occidentaux, peu férus de samouraïs ou de mangas, aient de la difficulté à suivre. En effet. N'est pas écrivain japonais qui veut.

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