De la guerre et du tricot

Solstice d'été se déroule dans un petit village... (PHOTO FOURNIE PAR LE FFM)

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Solstice d'été se déroule dans un petit village polonais fictif, à la lisière d'un camp de la mort qu'on ne voit jamais.

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À quoi ça sert, un film de guerre? C'était la question d'un festivalier hier matin à l'issue de la projection de Solstice d'été, coproduction germano-polonaise présentée au 7e jour de la compétition officielle. Voilà une excellente question.

Pourquoi en 2015, 70 ans après les événements, encore un film sur la Seconde Guerre mondiale? Le réalisateur Michal Rogalski avait une réponse, ou plutôt, il avait la bonne réponse.

«D'abord parce que la Seconde Guerre fut un concentré d'expériences humaines que la plupart d'entre nous ne vivront pas de toute notre vie et qu'on y trouve encore un riche matériau dramatique», a-t-il répondu avant d'ajouter: «Parce qu'on continue de se battre pour la liberté et la démocratie encore aujourd'hui et parce que plus on s'éloigne de la date historique de cette guerre, plus la perspective change et plus des vérités inconfortables ressortent grâce à de nouvelles sources.»

Non seulement ce cinéaste polonais né en 1970 a raison, mais son film est aussi la preuve éclatante de ce qu'il prêche. Autant je me suis ennuyée pendant le film russe sur le même sujet, autant celui-ci m'a captivée.

Solstice d'été se déroule dans un petit village polonais fictif, à la lisière d'un camp de la mort qu'on ne voit jamais. Tout ce que l'on voit, c'est le train qui y mène et, entre les rails, des vêtements épars et des valises éventrées.

D'un côté, il y a ce jeune Polonais qui travaille dans le train avec son beau-père antisémite. De l'autre, il y a ce jeune Allemand qui fait partie de la gendarmerie nazie qui surveille le passage des trains: deux jeunes hommes sur des côtés opposés de la clôture et qui, fatalement, connaîtront des destins différents. Pour le jeune Polonais, Rogalski raconte s'être inspiré d'un chauffeur polonais qui avait travaillé dans les trains des camps et qui a été interviewé à ce sujet dans le film Shoah de Claude Lanzmann.

Pour le jeune nazi et ses compagnons, le cinéaste a cherché à éviter les clichés et les stéréotypes des monstres blonds. Son jeune Allemand est un ado qui a juste envie de danser, d'écouter de la musique et de draguer les filles et qui n'a aucune aptitude pour le combat. Quant à ses compagnons, ce sont la plupart du temps des types ordinaires, pompiers, plombiers, mécaniciens, bedonnants et sentant la transpiration. Le résultat, c'est un film tout en nuances qui évite le piège du manichéisme sans pour autant dénaturer les faits ni tenter d'atténuer l'horreur de la situation. Il nous fait comprendre et ressentir à quel point les choses étaient compliquées et les héros, rares.

Signe des temps, Solstice d'été est une coproduction de la Pologne et l'Allemagne qui, pour une fois, avaient la même vision des choses sur le sujet. Comme quoi des films sur la Seconde Guerre - de bons films, s'entend -, ça sert non seulement à jeter un nouvel éclairage sur une réalité dont on croyait connaître tous les aspects, mais ça sert aussi parfois à rapprocher d'anciens ennemis.

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La punk aux cheveux rouge flamboyant du film autrichien Chucks est une sorte de Christiane F.

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Guérilla du tricot

Vous vous souvenez du célèbre livre adapté pour le cinéma Moi, Christiane F., 13 ans, droguée, prostituée? Eh bien, si Christiane F. était une ado autrichienne vivant à Vienne aujourd'hui, elle s'appellerait peut-être Mae et son best-seller serait: Moi, Mae, 18 ans, punk, tagueuse et tricoteuse.

La punk aux cheveux rouge flamboyant du film autrichien Chucks, présenté hier au FFM, est en effet, une sorte de Christiane F.

Révoltée, délinquante, en guerre avec sa mère, vivant dans des squats sales, s'amusant à gribouiller des graffitis sur les murs des édifices la nuit, Mae est une âme en peine. Elle ne s'est jamais remise de la mort de son frère qui a succombé jeune à un cancer et se balade dans Vienne avec les Converse rouges de ce frère perdu, source de son mal de vivre. Et puis voilà qu'en faisant des travaux communautaires dans un centre de lutte contre le sida, elle rencontre Paul, photographe séropositif à qui il reste peu de temps à vivre. L'amour naît entre ces deux esseulés dans une version contemporaine et électro-pop de Love Story.

Le film est l'adaptation du roman à succès de Cornelia Travnicek Chucks, référence aux Converse de Mae qui, en Autriche, s'appellent des Chucks.

L'auteure, qui était au FFM, a tenu à souligner à quel point elle endossait le travail des deux réalisateurs - Sabine Hiebler et Gerhard Ertl - qui, loin de trahir son oeuvre, l'avaient bonifiée.

Il y a en effet de fort jolies choses dans Chucks, en commençant par la chevelure incandescente de l'actrice principale Anna Posch, qui crève l'écran. La musique électro-pop, indie, hip-hop est un personnage en soi, judicieusement intégrée à la trame dramatique. Le travail sur la couleur qui éclate autant dans les cheveux de Mae que dans ses immenses écharpes qu'elle tricote frénétiquement et qui participent à une guérilla du tricot (un mouvement né au Texas) est réussi.

Bref, sur le plan du langage cinématographique, Sabine et Gerhard savent ce qu'ils font. Leur faille, c'est un scénario convenu, très tendance, qui veut à tout prix pogner et qui, par moments, finit par lasser. Mais c'est la critique, ici, qui parle. Le public, lui, a plus qu'aimé.

Selon une source, la première projection dimanche de Chucks s'est terminée par une ovation spontanée et enthousiaste. Ce n'est pas étonnant. Chucks est un film grand public comme l'était, en 2012, Coming of Age. Ce film sur l'amour à 80 ans, du même tandem, avait remporté le Prix du public cette année-là. Et quelque chose me dit que, malgré mes réserves, il se pourrait fort bien que Chucks ne reparte pas de Montréal seulement avec une paire de Converse. À suivre.

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