Une file et deux films interminables

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La visiteuse du cinéaste Mehmet Eryilmaz revisite le thème du secret de famille en racontant l'histoire d'une femme qui revient au chevet de sa mère se mourant du cancer après avoir été mise à la porte dix ans plus tôt.

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Le soleil resplendissait comme il n'avait jamais resplendi de l'été. Les fontaines de la place des Festivals explosaient en gerbes étincelantes de fraîcheur. Montréal donnait envie de rester alangui dans l'herbe tout l'après-midi. Et pourtant, il y avait file devant l'Impérial pour Neckan, un film espagnol présenté hors concours au FFM. Une longue file jusqu'à la rue Sainte-Catherine. Du jamais vu depuis longtemps.

Carte au cou, les cinéphiles piaffaient d'impatience, imperméables au beau temps tout comme aux problèmes financiers du FFM et à ses chèques de paie sans fonds, la dernière calamité à s'abattre sur le Festival.

Les cinéphiles semblaient tous de bonne humeur, sauf cette dame qui m'a accrochée pour se plaindre de l'organisation déficiente du Festival et lui reprocher ses changements de programme de dernière minute et ses projections annulées et annoncées sans cérémonie sur un écriteau à l'entrée de l'Impérial.

J'ai compati avec la dame en ajoutant mes propres reproches: erreurs dans le sous-titrage de certains films, erreurs d'impression dans le programme et parfois même erreur sur la personne. C'est arrivé pas plus tard qu'hier au réalisateur turc Mehmet Eryilmaz venu présenter en compétition officielle La visiteuse.

La photo sous son nom dans le programme nous présente un jeune cinéaste d'à peine 30 ans, cheveux bouclés, lunettes fumées et l'air baveux. Mais le vrai réalisateur de La visiteuse a 50 ans passés, des cheveux gris et rien à voir avec le type sur la photo. Des sources me disent qu'il a piqué une crise en voyant l'erreur. Pourtant, rien n'y paraissait en conférence de presse où il est venu nous expliquer calmement le sous-texte de son interminable film campé dans une famille pauvre de la périphérie d'Istanbul.

Nur, la fille aînée de la famille, revient au chevet de sa mère se mourant du cancer après avoir été foutue dehors dix ans plus tôt. Même si ce n'est jamais dit, plus jeune, elle a été agressée sexuellement par son père, un sinistre et désagréable tyran qu'on a envie d'étriper. Au coeur de ce film, un vilain secret de famille, thème usé s'il en est un, mais aussi thème universel qui, sous la touche d'un grand cinéaste, peut donner un grand film. Ce n'est pas le cas pour La visiteuse.

Habituellement, pour décrire un film moyen, mal scénarisé et platement filmé, on parlera d'un téléfilm. Mais dans ce cas-ci, on n'est même plus dans le téléfilm. On est carrément dans le téléroman, et pas de la meilleure eau.

Le plus enrageant, c'est que le film est pompeusement dédié à la soeur du réalisateur et à toutes les femmes. Or, pour qu'une telle dédicace soit justifiée, il aurait fallu que le personnage de Nur affronte son père détestable et incestueux et lui règle son cas une fois pour toutes. Il n'en est rien. Nur demande pardon à sa mère et retourne vers sa famille sans que son salaud de père soit tenu responsable de quoi que ce soit. Je ne sais pas si ce film est une radiographie juste du machisme à la turque. Si c'est le cas, la Turquie n'est pas sortie du bois.

Sept jours, du réalisateur chinois Xing Jian, est... (PHOTO FOURNIE PAR LE FFM) - image 2.0

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Sept jours, du réalisateur chinois Xing Jian, est une fable sur la solitude tournée au sommet d'une montagne en pleine tempête de neige.

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Sept jours, c'est long longtemps!

La Chine présentait en compétition hier Sept jours, fable sur la solitude tournée au sommet d'une montagne dans le nord de la Chine en pleine tempête de neige.

Certains diront que Sept jours est une grande et forte oeuvre cinématographique, un poème puissant et silencieux, qui mérite un prix. Je partage leur jugement, mais pas leur enthousiasme.

Question de sensibilité ou de tempérament: je n'aime pas les films où il ne se passe rien, strictement rien, où un agriculteur laboure son champ pendant une éternité comme dans Le cheval de Turin, de Bela Tarr, ou alors comme Sept jours, où un vieil ermite vit seul avec ses souvenirs et mange des patates dans sa cabane pendant cent ans alors que la tempête dehors se déchaîne.

Pourtant, je reconnais que cette histoire est belle et bien racontée. Les scènes où le vieux apprivoise un oiseau sont touchantes. Elles le deviennent encore davantage quand il perd l'oiseau et que le volatile est remplacé dans son coeur par un adorable gamin. Tout cela est magnifique: du grand art et, en plus, du grand art qui ne dure pas trois heures comme Le cheval de Turin. Xing Jian, le réalisateur de Sept jours, a eu la bonne idée de terminer son film au bout de 78 minutes. Mais le croiriez-vous? J'ai compté chacune de ces 78 minutes tellement je m'emmerdais. Vous m'en voyez désolée. C'est la vie et c'est le cinéma. Tous les films sont dans la nature. Tous les goûts aussi.

Film cochon

À 8 h 45 hier matin, un grand Jack de six pieds faisait le pied de grue devant l'Impérial en tenant une liasse de passes de cinéma gratuites qu'il tentait désespérément de donner aux passants. Personne n'en voulait. Qui était donc cet hurluberlu? David Uloth, réalisateur canadien de La Voce, un bijou de court métrage présenté en compétition hier. Scénarisé par Chloé Cinq-Mars, La Voce raconte l'histoire d'un boucher amateur d'opéra. Un jour, il surprend sa fiancée dodue dans une partie de jambes en l'air avec son patron. Le choc lui fait perdre sa voix d'opéra et lui donne plutôt une voix de... cochon. C'est bien écrit, magnifiquement filmé et délicieusement joué. Ce film mérite un prix à tout prix!

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