Le bonheur est au Beachclub...

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Ce n'est pas pour me vanter, mais j'ai déjà posé le pied dans un beach club. Oui, mes amis. Ce n'était pas à Miami ni à Ibiza. C'était à Istanbul au beau milieu du Bosphore.

Le Suada Club est une île entre deux continents, creusée d'une immense piscine turquoise, cernée de trois magnifiques restos et meublée d'une forêt de parasols et de matelas blancs.

Le lieu est non seulement d'une beauté à couper le souffle, mais il est d'un chic fou. Tellement chic que bien des vedettes occidentales l'ont gratifié d'une visite: des vedettes comme Monica Bellucci, Madonna, Duran Duran, Zaz, Kylie Minogue, Kevin Costner et U2. Rien de moins.

Ne manque à la liste que Justin Bieber, «Monsieur beach club» en personne. Mais si je me fie à YouTube, l'animal préfère le beach club de Vegas où il était en juin, ou alors celui des frères Primeau, le désormais célèbre Beachclub de Pointe-Calumet qui fera l'objet d'une série de dix reportages à Ztélé à compter de jeudi. Bieber y débarque aujourd'hui même pour y faire la fête.

Une chose est assurée: je n'y serai pas. D'abord, j'ai déjà vu le Bieber au Centre Bell en 2012, un spectacle qui n'avait rien de mémorable, livré par une sorte de mutant mi-enfant mi-robot.

Et puis, je n'ai pas tout à fait le profil pour fréquenter le Beachclub. Il me manque le body, le bikini, les seins siliconés et le Monsieur Muscle gonflable à mes côtés. Cela n'est pas un jugement de valeur, mais un constat anthropologique: à chaque génération sa culture de douche bag.

La mienne était dans les années 80, et à bien y penser, les choses n'ont pas tellement changé. Par exemple, je me souviens que dans les années 80, des vedettes de la radio privée comme Alain Montpetit ou même Douglas Coco Leopold étaient payées 1500$ sous la table pour faire une apparition de dix minutes dans une disco. Elles n'avaient strictement rien à faire sinon serrer quelques mains, esquisser quelques sourires et passer à la caisse.

Depuis, autant dire que le concept d'apparition payante a pris du galon. Il y a à peine une semaine, Kylie Jenner a été payée 100 000$ pour faire la plante verte (ou le parasol) au Beachclub de Pointe-Calumet.

OIivier Primeau, un des proprios, m'a avoué sa déception face au manque d'enthousiasme de la cadette du clan Kardashian. Pendant l'heure et quart de sa présence, c'est tout juste si Kylie n'est pas restée cachée dans les toilettes. Quand on pense qu'elle était payée environ 1333$ la minute, disons qu'elle aurait pu faire un effort.

Bieber coûtera tout aussi cher, mais au moins il travaillera un peu. Selon le plan de match, il arrivera avec 11 de ses amis, son wakeboard, sa casquette, son gérant et son micro. S'il n'est pas trop saoul ou gelé, il poussera deux ou trois tounes, dont peut-être même une primeur.

Ses fans, qui seront sans doute nombreux, auront chacun déboursé 60$ pour fouler le même sable et la même piste de danse que lui.

Or, depuis que le Beachclub de Pointe-Calumet défraie la chronique avec ses célébrités, dont le seul mérite est d'être célèbres, des voix s'élèvent pour dénoncer la culture du vide dont elles sont issues et pour déplorer le monnayage outrancier de leur présence.

Sur ce dernier point, permettez que je diverge un peu. C'est vrai que les sommes accordées aux célèbres plantes vertes sont un brin outrancières. Ce qui l'est un peu moins, c'est l'électricité et l'euphorie que leur présence génère.

Je peux très bien comprendre qu'on soit excité à l'idée de se retrouver dans la même salle, plage ou sphère que quelqu'un qu'on aime et admire.

Si George Clooney venait faire une apparition au Beachclub de Pointe-Calumet, je serais la première en ligne à vouloir fouler le même sol et respirer le même air que lui. Idem pour n'importe quel grand écrivain ou cinéaste dont je vénère l'oeuvre. Et si le philosophe Alain Finkielkraut venait au Beachclub de Pointe-Calumet, ma main au feu que même Mathieu Bock-Côté s'y précipiterait.

Dans le fond, la vraie question, c'est de savoir qui nous inspire et ce que l'on est prêt à payer pour s'en approcher.

Aujourd'hui, ceux qui tripent sur Justin Bieber auront quand même la rare chance de se retrouver à quelques mètres de leur idole, de lui serrer la pince et de l'entendre chanter. Ils pourront partager le même rayon de soleil que lui, et tout cela pour la moitié de la somme que coûtaient ses billets au Centre Bell.

En plus, ils n'auront pas à se farcir son spectacle. Ce n'est pas seulement une aubaine, c'est une bénédiction! Alors, cessons de faire les fines bouches et rendons-nous à l'évidence: le bonheur est au Beachclub...

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NOTE AUX LECTEURS: Ce texte est publié tel qu'il apparaissait sur La Presse papier et La Presse+ de samedi 22 août, soit juste avant l'annulation de l'apparition que devait faire Justin Bieber au Beachclub de Pointe Calumet samedi après-midi.

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